Le pinard durant la grande guerre

Le vin a été un des principaux acteurs de la première guerre mondiale. Dès les premières semaines, en Août 1914, le vin devient un des éléments essentiels de l’armée Française. Mais ce n’est pas forcément glorieux…

Issu de la lecture de l’article du Monde Diplomatique d’Août 2016  » Le pinard ou le sang des poilus  » par Christophe Lucand, docteur en Histoire à l’Université de Bourgogne.

*****

Saint_Pinard

Qu’est-ce que le « Pinard » ?

Plus important que le café, il est appelé « Saint Pinard » ou « Père Pinard ». C’est l’armée elle-même qui organise l’approvisionnement en vin des troupes. Le vin est produit à très gros débit, et en plus il est coupé, trafiqué. Il arrive d’Algérie par cargos pinardiers et du Languedoc où on a passé la crise du phylloxéra pour produire en grosses quantités. Les trains qui acheminent ensuite le vin par wagon-réservoirs jusqu’à proximité des troupes sont prioritaires, car il ne doit jamais manquer de vin au front.

Durant toute la guerre le front ne manquera pas de pinard. Ce sont pas moins de 12 à 17 millions d’hectolitres qui sont consommés chaque année de guerre, sachant qu’une partie provenait aussi des circuits annexes à celui de l’armée elle-même. Avant la guerre la France produisait environ 60 millions d’hectolitres par an (aujourd’hui la France produit 44 millions d’hectolitres).

 

Pourquoi tant de vin ? Parce que tant de haine !

Le conflit est d’emblée marqué par une brutalité nouvelle et terrifiante; Finie la guerre au corps à corps, voilà la grande boucherie qui surprend et déchire le moral comme les chairs. Avec une stratégie de guerre qui mène de déroute en déroute, la guerre commence très mal et dès le début cette guerre n’a aucun sens (quelle guerre en a ?) et est perçue comme absurde. Avec l’enchaînement des défaites le désordre menace, les soldats étant le plus souvent issus des classes les plus populaires, et les soldats étant la seule variable d’ajustement d’un commandement aveugle. L’enivrement est très vite massif, et le pinard devient très vite une arme; Celle du commandement pour mobiliser les troupes, et celle des soldats pour tenir sur le terrain et durant les périodes d’inaction. C’est une politique d’alcoolisation intentionnelle qui est mise en place, car associé à la gnôle elle aussi coupée à l’éther ou à l’alcool à brûler, le cocktail est destiné à rendre les hommes agressifs, et s’établit une cynique relation entre la consommation d’alcool et le niveau de violence attendu.

 

Une image préservée

Oui, mais le pinard est devenu un héros de guerre. Durant tout le conflit ont germé affiches et autres instruments de propagande louant les bienfaits du vin comme bon compagnon du soldat Français, et à la fin de la guerre (« gagnée ») il est hors de question de dégrader l’image de ce breuvage. Le pinard « prolonge une mémoire culturelle nationale et patriotique », et la grande guerre achève la nationalisation de l’image du vin en lui ouvrant la porte de tous les foyers, notamment dans les régions non-viticoles qui n’en consommaient pas ou peu avant.

Quelques exemples de slogans plus ou moins heureux …  » L’homme tout comme un sac ne tient debout que s’il est plein » …  » Vive le pinard, l’amour et la bouffarde (pipe)  » …

*****

Un même produit peut revêtir divers usages, celui fait du vin pendant la première guerre mondiale n’est pas des plus glorieux mais il illustre la vulnérabilité normale des hommes dans des situations dans lesquelles aucun être humain ne devrait se trouver, et l’usage officiel et cynique du vin comme drogue à usage massif pour la chair à canon qu’étaient les soldats. Alors quand on me parle de patriotisme … finalement le vin est même ressorti grandit de la grande guerre, comme allié du soldat qui n’aurait souvent pas eu le même comportement en effet …

*****

Christophe Lucand est l’auteur (entre autres) du livre

Le pinard des Poilus : Une histoire du vin en France durant la Grande Guerre (1914-1918)

Publié dans Livres sur le Vin | Laisser un commentaire

Et Arthur Metz réinvente aussi la piquette ???

photo prise le 20 août 2016, en Alsace dans un supermarché

Y’a quelqu’un qui m’a dit :

– Héé dü (= « Voudrais-tu me renseigner je te prie »), c’est quoi le vin de 1ere Presse ? C’est comme pour l’huile d’Olive ?

– euh non, euh … eh bien il me semble qu’autrefois on faisait une première presse pour le vin blanc « normal », puis on rajoutait de l’eau au marc pour faire une seconde presse, ça donnait la « piquette », un vin pas terrible mais faible en alcool.

– Ah hopla (=ok), eh bien figure toi que le vigneron Arthur Metz propose un Riesling « 1 ere Presse ». Il est à 7 euros, c’est déjà cher ! Alors est-ce que ça veut dire que les autres vins d’Arthur Metz, c’est de la piquette ?

 

PS : Il s’agit probablement d’un de ces (trop ?) nombreux artifices commerciaux que les grosses boites comme les Chais de France (et « Arthur Metz » est aussi une marque) inventent régulièrement pour diversifier et réinventer la vente de vin. Les secondes presses n’existent plus, je pense.

Publié dans Appellation -Classifications | Laisser un commentaire

Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – Une révolution Française qui change la donne

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle du livre de Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass », littéralement « le vignoble d’Alsace » ouvrage encyclopédique qui pose les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace publié en 1958 et qui fait référence encore aujourd’hui …

*********************************

D’une part, la Révolution Française mène à la dissolution des grands domaines appartenant aux ordres religieux. C’est là déjà un fait majeur car ils avaient fondé une viticulture de qualité. D’autre part, les lois Napoléoniennes engendrent une fragmentation de la propriété. Les fameux clos et les plus qualitatives des parcelles aussi …

Au 18ème, c’est le cépage Elbling, un « petit cépage » encore dénommé Burger localement, qui domine l’encépagement à Molsheim tout comme à Barr. Et pas qu’un peu ! Il représentait selon Médard Barth ¾ de la surface viticole dans ces zones ! La période napoléonienne déclenchait le déclin de la politique de plantation, dès 1810-1820 le « Lombard » (Blaue Trollinger) s’implantait sur le Kirchberg de Barr, et en 1910, on comptait 5 fois plus de Sylvaner que de cet Elbling sur le ban de Barr, aux côtés d’autres cépages nobles dont le Riesling ou le Chasselas.

(Page 95) Du Riesling, le botaniste Kirschleger dit en 1848 qu’il aime les terrains calcaires situés à mi- coteau orienté au Sud. Le vin du Riesling se bonifie en vieillissant et gagne à être mis en bouteille pour le transport (la mise en bouteille n’était pas systématique à l’époque). Le même Kirschlerger précisait en 1848 fait la distinction entre le vin noble « Edelwein » et le « Konsumwein », ou encore, ce qui correspond de nos jours au vin d’Appellation d’Origine Contrôle AOC et de l’autre côté le vin de pays si l’on veut.

Il dit qu’environ un cinquième du vin produit en Alsace est du vin « noble » « Edelwein » alors que le reste est du « Konsumwein », vin de consommation courante, soit respectivement 120 000 hl et 480 000 hl.

Ces vins nobles sont produits sur deux cinquièmes de la surface viticole, tandis que les vins de table sont produits sur les 3/5èmes restant.

Là aussi, nous sommes en face de niveaux qualitatifs nettement différentiés, bien plus nettement que de nos jours…

On peut déduire des rendements très nettement différents selon la catégorie de vin, avec un rendement du vin dit noble de moitié moindre que celui du vin de consommation courante.

A de nombreuses reprises, on trouve cité le terme de cépage Gutedel, rouge ou blanc d’ailleurs. Il semble que ce terme corresponde à divers cépages importés de France vers l’Alsace et qui ont ensuite conquis l’Allemagne viticole. On ne trouve pas plus de précisions.

Publié dans Histoire du vin d'Alsace, Médard Barth | Tagué , | Laisser un commentaire

Visite au Domaine Sipp Mack – juillet 2016

Après la virée Bourguignonne, nous sommes heureux de revenir dans le vignoble Alsacien. C’est toujours un plaisir de revenir au Domaine Sipp Mack, un véritable exemple dans le vignoble.

*****

Après 10 ans à tourner dans le vignoble, quand on me demande une adresse où acheter du vin, je dis  » va chez Sipp Mack « . Quand on conseille une maison, on ne veut pas voir revenir les gens déçus...

Chauvinisme ou réalité, je suis heureux de retrouver un paysage souriant, des villages soignés, des vignerons joyeux. Quand on revient de Nuits St Georges, Hunawihr est autrement coloré, joyeux, souriant !

Ce village abrite une poignée de bons vignerons qui s’entendent bien pour travailler dans une collaboration ambitieuse. Mader, Mallo, Mittnacht sont d’autres maisons qui prennent une orientation qualitative, qu’on visitera à une autre occasion.

Tout en haut du village, la famille Sipp Mack accueille toute l’année les clients et les hôtes des chambres d’hôtes. Jacky Sipp nous accueillait en ce Samedi matin pour nous faire découvrir les dernières cuvées …

 La maison exploite 24 hectares de vignes, dont 2 Grands Crus. Le domaine est en bio, en premier lieux en raison de la préservation de la santé de ceux qui sont exposés aux produits, à savoir les salariés et les propriétaires. La vinification se fait en cuve inox, avec quelques cuvées en fut comme le Pinot Noir.

Quand les matières premières sont soignées, quand la vendange est faite au bon moment, le potentiel est superbe; C’est ensuite un travail en cave sérieux et peu interventionniste qui permet de tirer des matières finales de grand vin. Enfin, on l’oublie trop souvent, la mise en bouteille et le choix du bouchage sont importants pour que le vin puisse voyager et vieillir. Et le domaine Sipp Mack maitrise tous ces aspects. Mais la démarche qualitative ne s’arrête pas là, car chez Sipp-Mack, les vins ne sont mis en vente que lorsqu’ils ont acquis un minimum de maturation, car on veut ici conserver un niveau minimal de dégustabilité. Démarche logique en fait, car c’est dommage de boire un vin trop jeune, et quand il est mis en vente c’est bien pour que le vin soit bu…est-ce que l’amateur de fromage fait l’affinage chez lui ? non…donc merci à la maison Sipp Mack pour cette attention.

Jacky est un vigneron redoutable, et sa fille Caroline a rejoint l’exploitation après des études d’œnologie. Le domaine exporte beaucoup et sur le long terme vers les pays très exigeants sur la qualité, notamment les pays d’Europe du Nord, ce qui est une garantie de qualité. Et on a plaisir à voir que les prix ne s’envolent pas pour autant que l’export domine, et que l’accueil est chaleureux.

La carte est élaborée de façon claire entre les vins de cépage, les Grands Crus et les vins de surmaturité. Les vins de cépage restent en-dessous de la barre des 10 euros, et les Grand Crus en-dessous de la barre des 20 euros. Tout va bien, donc, et l’amateur de vin peut encore s’offrir du bon vin ici.

Ici, on peut tout acheter, les yeux fermés. Chacun aura ses préférences évidemment, mais les vins sont dans les standards de ce à quoi on s’attend en Alsace. Pas de cuvées  » Hollami  » ou de vinaigre raté, ni de sucrettes déguisées. Les Grand Cru sont secs, mais ils sont aussi nets, droits, avec beaucoup de mineralité et d’expression.

Comme d’habitude nous avons été « obligés » de goûter beaucoup de vins (on recrache svp), nous nous sommes donc attelés à la tâche avec courage et détermination.

Les appréciations sont représentatives des sensations à un moment donné et ne sont pas un jugement. Les appréciations (selon l’échelle de Meyer) sont proratées aux catégories respectives. Je ne vais pas tout commenter. Les vins non cités ne sont pas des vins que je n’ai pas trouvés bons (aucun de correspondait à un « BOF » ni « BEURK » selon l’échelle d’appréciation de Meyer), simplement certains sortent du lot.

 

Jacky Sipp est un vigneron qui se dit heureux, ça fait plaisir

 

Quelques mises en bouche

 

Pinot Blanc 2014 Domaine Sipp Mack : Un très bon vin de soif, miam comme dirait Pierre, on en reprendra sans réfléchir. Un vin anti-prise de tête. TRES BIEN

 

Riesling Vieilles Vignes 2012 et 2013 Domaine Sipp Mack. Je reviens toujours vers ce vin de cépage plein et charnu qui est un excellent exemple de ce qu’un Riesling peut offrir. A moins de 10 euros il reste toujours une pépite. EXCELLENT

 

Pinot noir Tradition 2014 Domaine Sipp Mack je devrais le garder pour moi, voilà une bombe de vin rouge alsacien ! La maison produit souvent un Pinot Noir plus léger et un autre élevé en barrique. Cette année, l’élevage en barrique n’a pas été à la hauteur de l’ambition des Sipp-Mack, les deux vins seront donc assemblés pour donner un excellent vin rouge alsacien, gourmand et pourtant sans esbroufe. Super ! pas encore en vente. TRES BIEN

 

Focus sur le Grand Cru Rosacker

Les critères de dégustations du Rosacker sont des arômes de menthe et muscatés, une minéralité qui donne l’impression de lécher du calcaire, une bouche qui s’ouvre au milieu en largeur et profondeur et sur une élégance de fruit à chair blanche, donc sans rugosité au côté caillou. Rosacker est aussi un vin plutôt puissant mais jamais agressif, il doit toujours rester accessible, c’est une des meilleures « écoles » pour aborder le beau vin de terroir en Alsace. Puissance et élégance réunies. Chez Sipp Mack, on trouve quelques-uns des meilleurs Rosacker.

Alsace Grand Cru Rosacker Riesling 2005 Domaine Sipp Mack reste un monument de vin, avec une patine incomparable sur un caillou très fin, on peut le boire maintenant, il a acquis les arômes tertiaires qui lui donnent un plus d’expressivité. Epuisé. TRES BIEN+++

Alsace Grand Cru Rosacker Riesling 2008 Domaine Sipp Mack. Dans la fleur de l’âge le 2008 s’impose de lui-même en ce moment, il possède une balance superbe entre tout ce que peut offrir le terroir. Epuisé. TRES BIEN+++

Alsace Grand Cru Rosacker Riesling 2010 Domaine Sipp Mack. Le maitre-mot est la puissance, tout en sachant reste élégant je précise. Epuisé. EXCELLENTISSIME

Alsace Grand Cru Rosacker Riesling 2014 Domaine Sipp Mack. Encore tout jeune, il est déjà étonnant et deviendra grand, un des très beaux vins d’une année compliquée qui n’offre pas tant de très bons vins, donc à retenir. Déjà très buvable, pas encore en vente à juste titre car à maturer et prometteur, déjà TRES BIEN.

Alsace Grand Cru Rosacker Riesling 2015 Domaine Sipp Mack. Issu d’une année chaude, cette cuvée donnera aussi un grand vin. Cueilli à parfaite maturité mais sachant conserver du peps, il étonne déjà par sa précision, son expression de Riesling mûr muscatant. Une matière parfaite ! Dégusté en cours d’élevage. EXCELLENTISSIME

Alsace Grand Cru Rosacker Riesling 2011 Domaine Sipp Mack. Actuellement en vente, le 2011 donne un très bel exemple du standard du Rosacker, sur une belle balance. Actuellement en vente. TRES BIEN

 

 

On retrouve bien la patte du terroir sur ces vins, ce n’est pas si compliqué de trouver les ingrédients du Rosacker. Je voudrais le caillou du 2005, la largeur de milieu de bouche du 2008, la puissance du 2010.

Même si certains vins cités sont épuisés, sur un vin de terroir chaque millésime offre une expression différente d’un même profil, comme quand tu fais des mimiques sur ton visage qui ne change pourtant pas. Encore faut-il que ton visage soit visible et que je puisse te reconnaitre, ce qui est le cas pour les vins de vignerons qui ont à coeur de traduire jusque dans le verre les mimiques du terroir ! C’est donc vous l’aurez compris largement le cas ici, et c’est ce qui fait le charme des millésimes.

Conclusion : Des vins biens faits qui présentent un équilibre parfait d’expression et de sérieux, une carte où chacun trouvera son compte, des prix bien étagés et raisonnables, que demander de plus ? Ce que propose le domaine Sipp Mack en plus, justement, c’est la chaleur humaine et un dialogue ouvert. Ce domaine est l’un des mieux placés dans la liste perso et largement dans le top50.

Merci à Jacky pour son superbe accueil !

******

Sipp Mack Vins d’Alsace

http://www.sippmack.com

1 rue des Vosges
68150 Hunawihr
Tel. : +33 (0)3 89 73 61 88

email : contact@sippmack.com

Ouvert du lundi au samedi :
9h à 12h et de 14h à 18h

 

Publié dans Dans le TOP50 Alsacien, Degustation Alsace | Laisser un commentaire

Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – Inventaire des cépages alsaciens selon Georg Heinrich Behr, médecin, en 1753 année de récolte exceptionnelle

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle du livre de Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass », littéralement « le vignoble d’Alsace » ouvrage encyclopédique qui pose les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace publié en 1958 et qui fait référence encore aujourd’hui …

*********************************

Inventaire des cépages selon Georg Heinrich Behr, médecin, en 1753 année de récolte exceptionnelle

 

Behr écrivit une Ode à ce millésime béni de Dieu, et il nomma les cépages avec les commentaires suivants :

Spanische Trauben, blau, schwarz, weiss, sehr süss : Cépages Espagnols bleus, noirs, blancs, très doux

Pariser, Parisien, généralement blanc, viandeux (fleischig)

Burgundertraube, cépage bouguignon, merveilleux, doux, costaud, très aromatique

Auxklebener, probablement notre actuel Auxerrois, de robe de cuir, très aromatique

Zotteltraube, Elbinger, blanc et noir,

Malvausie, (Malvoisie) pourri rapidement,

Geisdutten, très grosse baie, généralement bleue,

Gänserfüll, Sächisches gewächs, cépage Saxon,

Cibebentraube, höchst süss, très doux, d’Espagne,

Veltiner, Hartrot, Feldrot, Kurzrot

Kleiner Wiener, rouge, bon,noir, long, doux et épicé ;

Schönfeyler, un peu vert, fin de peau, assez bon goût,

Kleber Rot = Die kleine braune,

Rüsslinger = Riesling

Alicantentraube, cépage d’Espagne, grosses baies noires donnant un vin assez doux

Raisin de Prune, nommée ainsi à cause de sa couleur et de sa taille, mais ne donnant pas un vin spécialement bon ;

Boteback

Gutedel,

Zeller blanc et rouge,

Verracker,doux, baies bleues-noires ;

Traminer (= Gänsefuss) avec une belle baie blanche, épicée, cependant avec une peau épaisse ;

Jakobstraube,

Zwiebeltraube,

Perltraube ;

Albaner und Prosecker

Burdelas, merveilleux cépage français, doux ;

Napolitaner ;

Beaucoup de ces cépages sont courants en Alsace, lesquels on ne sait pas.

Publié dans Histoire du vin d'Alsace, Médard Barth | Tagué | Laisser un commentaire

Une honte pour le vin d’Alsace et pour l’Alsace

… ICI IL Y AVAIT UNE PHOTO, qui montrait une bouteille de Grand Cru Schoenenbourg à moins de 10 euros sur un rayon de supermarché, exemple pris pour illustrer un billet dont la teneur tournait autour du manque d’ambition qualitative du vin d’Alsace.

Hélas beaucoup d’internautes n’ont pas lu l’article mais se sont arrêtés à la photo, au nom de l’auteur du vin cité en exemple et ont même lu ce que je n’avais pas écrit ! … le tout sans lire l’article, qui n’était pourtant ni long ni en chinois.

Donc je présente mes excuses à l’entreprise concernée si mes propos ont pu la froisser, mais elle n’était pas visée elle particulièrement, on pourrait prendre bien d’autres exemples pour illustrer cette opinion donnée, y compris chez les petits producteurs.

Je reviendrai certainement sur le sujet ultérieurement, d’une autre manière.

 

Publié dans Appellation -Classifications, Chroniques | 4 commentaires

Bourgogne : Peut-on encore rencontrer les vignerons en 2016 ?

La Bourgogne viticole est pleine de contrastes, et l’amateur de vin est parfois en mal d’accueil par les indigènes réputés de plus en plus renfrognés. Mais en cherchant bien, on trouve encore le sourire d’une relation chaleureuse …

Périple Bourgogne Juillet 2016

 ***********

Pour les pressés : Le moment fort fut le jazz au piano à queue du caveau du domaine Gros à Vosne, un grand moment de musique et de vin fins ! voir la vidéo tournée dans ce lieu unique !  Autrement, eh bien les vins dégustés chez Clerget, Gros Frère et Soeur, N Vigot et A&H Sigaut sont incroyablement élégants, on aime prendre l’apéro au bord d’un Grand Cru, et puis on mange très bien et pas cher le midi au Millésime à Chambolle ! Et puis je me lâche un peu ici et là, mais pour ça il faut lire …

photo prise au bas du 1er Cru « Les petits Vougeots », avec « les Amoureuses » sur la droite

 

Il y a l’amateur de vin à qui il suffit de voir et de posséder sa bouteille. Puis il y en a d’autres, comme nous autres qui aimons comprendre le vin, connaître le type – ou la fille – qui fait le vin, d’où vient le vin, ce que raconte son créateur. Les lettres de noblesse du vin, pour exister, ont aussi besoin d’être lues … et nous aimons lire !!!

 

D’abord : où étions-nous ?

Petit 1 : le vignoble de Bourgogne (en bas à gauche la France)

bourgogne1Petit 2 : Nous étions dans la Côte de Nuits, soit entre Dijon et Nuits-St-Georges.

bourgogne2

La Côte de Nuits, autour du village de Nuits-St-Georges (un des villages les plus riches mais aussi moches de la France…), propose parmi les plus grands vins rouges de la planète, aussi les plus chers hélas. C’est entre Vosne-Romanée et Gevrey-Chambertin qu’on est au coeur du coeur des grands vins rouges. Les distances sont riquiqui : Pour donner une idée,  Vosne et Gevrey sont distantes de 8 km.

Voilà, nous retournons depuis quelques années dans ce même coin, à la recherche de vignerons qui veulent bien encore accueillir des clients, car la Bourgogne est devenue hautaine à force d’être convoitée par une clientèle anonyme, lointaine mais … fortunée !

Pour ceux qui s’intéressent, voici un lien vers le site de M Essa « Comprendre les vignobles de Chambolle-Musigny et Vougeot » http://www.degustateurs.pro/article-cote-de-nuits-le-finage-de-chambolle-musigny-121789213.html

 

Millésime vus et dégustés

Nous avons dégusté les 2014 en bouteilles. 2014, on l’a déjà oublié, était une année « difficile » pour les vignerons. Les méthodes actuelles permettent de faire de beaux vins même dans les années difficiles. La différence se fait alors sur le potentiel de garde, mais les vins sont bus jeunes, qu’ils aient ou non 20 ans de potentiel de garde.

Pour l’amateur, ça ne fait donc pas forcément une grande différence, c’est plutôt le « type climatique » qu’il va percevoir. Le vin est soit marqué par la fraîcheur d’une année « froide » (acidités fortes, « vif » en bouche) ou par le plein de soleil des années chaudes (acidités faibles, vins très « glissants », parfois plus forts en alcool). Evidemment, beaucoup de facteurs interviennent, mais on ne va pas tous les énumérer ici, il y aurait trop de courrier. Ceci dit je pense quand même que l’élégance des vins est un facteur de différentiation, liée à l’état sanitaire qui se combine avec la maturité physiologique, ça serait à vérifier…

Tout ça pour dire que 2014 est plutôt un millésime « classique », c’est à dire peu marqué par le climat.

 

 

Nous avons dégusté … les 2015 sur fûts.

Les 2015 sont en cours d’élevage, c’est-à-dire encore dans leurs fûts de bois, et non pas alignés en uniforme avec des tabliers d’écoliers devant un maître à l’œil sévère et à la moustache qui fait des ronds et une règle à la main … Bon, soyons sérieux voulez-vous et poursuivons, vous me déconcentrez avec vos âneries !!!

Les 2015 portent nettement la patte d’un millésime « solaire », avec de grands soyeux, ça glisse, c’est très agréable, prometteur, tout ce qu’on aime pour un Pinot Noir. Nous verrons quand le vin sera en bouteille si cette 2015 tiendra ses promesses notamment en termes d’élégance (de port de tête).

 

Nous avons vu les (quelques) raisins de 2016 dans la vigne…

Le gel du 27 Avril a fait des dégâts énormes selon les autochtones, et en effet l’absence de raisins est visible !  On peut donc voir ce qui n’existe pas, la preuve !!!  Plus sérieusement, c’est une catastrophe pour la vigne et surtout pour les vignerons. En fonction de la localisation de la vigne, elle est plus ou moins exposée au gel. En plus, le printemps plus qu’humide a généré un fort développement de champignons sur un feuillage abondant par l’absence de raisins. En résumé, certains vins seront carrément absents des cartes pour ce qui est des 2016.

 

Le Vignoble de Vosne-Romanée signé par Nathalie Vigot

*****

Domaines Visités en 2016

 

Voici les domaines visités qui nous ont reçus et avec le sourire, ceux dont j’ai envie de parler …(il n’y en a qu’un seul dont je ne parlerai pas mais il n’en a je pense pas envie non plus

)

 

Domaine Christian Clerget à Vougeot

Le domaine Clerget est en bio et sera certifié cette année. Ce mode de viticulture est assez rare en Bourgogne, comparé à l’Alsace par exemple. Parmi les raisons, la situation climatique plus risquée en Bourgogne, et d’autre part une pression financière nettement plus forte.

Avec des méthodes de vinif « classiques » et avec la volonté d’obtenir l’expression du fruit, les vins Clerget ne s’alourdissent pas en boisé et gardent le peps du fruit, et c’est une expression joyeuse et fine qui est présente sur tous les vins, le tout avec élégance dès le premier vin.

 

Coups de cœur pour les …

CHAMBOLLE MUSIGNY 1er cru Les Charmes pour son charme,

VOSNE ROMANEE Les Violettes pour son équilibre entre charme, classe et fruité

VOUGEOT 1er cru Les Petits Vougeot pour sa puissance et sa complexité de grand vin, il est haut, large, long, la bonne affaire par excellence pour ceux qui cherchent encore des grands vins qu’on peut s’offrir pour une grande occasion.

 

Isabelle Clerget, toujours agréable et souriante, nous a fait le plaisir de nous accompagner dans les vignes pour quelques explications fort utiles. Merci beaucoup, c’est la classe ! … c’est autrement la classe que d’autres qui pètent très fort en pérorant « moi mon vin il est tellement cher que des clients comme vous n’en boiront bientôt plus »  … ( ok c’est bon on n’a déjà plus envie, et puis y’en a d’autres des bons vins … ). On note aussi le chouette site internet.

Merci et bravo aux Clerget !

 

 

Domaine Christian Clerget à Vougeot

10 ancienne RN
Gilly Les Cîteaux

21640 VOUGEOT

Tel : + 33 (0)3 80 62 87 37

http://www.christianclerget-vins.fr/fr/domaine/

*******

 Domaine Gros Frère et Sœur – Vosne-Romanée

 On rencontre parfois des pianistes de jazz dans les allées des « pièces » de Bourgogne…

(attention la vanne à venir est facile mais au moins tout le monde pige) Voici le plus « gros » domaine de notre périple, et c’est un privilège d’être encore accueilli dans une telle maison. Evidemment, l’amateur de vin qui se déplace n’est pas celui qui achète des caisses de Richebourg, (ces clients-là ne s’intéressent généralement pas au terroir ni aux vignerons), mais une des vraies noblesses du vin c’est de partager cette part de rêve afin qu’elle reste belle et joyeuse. En contrepartie, le domaine n’est pas seulement connu des amateurs, mais aussi bu par eux, ce qui devient rare pour des domaines viticoles de ce rang.

 

Piano Jazz dans la Roche Bourguignonne

Le caveau de dégustation est creusé dans la roche, le plancher est constitué de plaques d’alu et de blocs de verre rétroéclairées, et au milieu trône un Piano à queue Steinway.

Voyez ce qu’on fait en alliant deux arts, celui du vin et celui de la musique, quand on grand amateur de vin est aussi musicien amateur !  (vous excuserez Stefan qui n’a pas mis sa queue de pie, svp)…

 

La version longue est ICI

Alors, offrir ce lieu à des amateurs qui respectent le lieu, le vin et l’hôte et même la roche et le silence, ça donne des moments uniques, de vrais moments de vie (qu’on n’achète pas)  !!!  Avouez que c’est quand même autre chose que les soirées prout-prout à Beaune, à Tokyo ou à Paname dans le toujours même décor puant le fric facile, avec des pêteux en smoking trop lisse et des pêtasses en robes vulgaires humant le vin avec un rail de coke dans le pif sans prêter attention ni à ce qu’ils ont dans le verre – tellement c’est trop facile de se torcher au Grand Cru de Bourgogne – ni au blablah du sommelier pseudo-érudit qui débite sa prose sur une estrade avec le papillon de traviole pour gagner quelques billets contre ses commentaires éternellement dithyrambiques virgule et respirez, … et tout ce monde – clos – prouve à quel point le désir ne tient jamais ses promesses …

Revenons à nos vins : Les vins Gros Frère et Sœur sont TOUS très élégants, c’est la marque de fabrique, on se trouve immédiatement dans le haut du panier. Tout amateur de vin peut (devrait) aborder les grandes maisons par les « petits » vins, par exemple le Hautes-Côte-de-Nuits. On trouve aussi Vosne-Romanée, Clos Vougeot-Musigni, Echezeaux , Grand Echezeaux et Richebourg, rien que ça !

Coups de cœur (basés aussi sur le rapport Q/P) pour le premier des vins à la carte, le Vosne-Romanée, et surtout pour Clos Vougeot Musigni 2014.

 

Domaine Gros Frère et Sœur

6 Rue des Grands Crus

21700 Vosne-Romanée

http://www.domaine-gros-frere-et-soeur.fr

 

*******

 Domaine Nathalie Vigot

photo ratée…ou pas !

 

Sortir de chez Gros Frère et Sœur pour aborder notre petite nouvelle du séjour est risqué ! et pourtant, nous sommes sortis ravis par cette rencontre !

Nathalie Vigot est une viticultrice-artiste aux pieds bien ancrés dans son terroir grand … de 1 hectare !!!  Oui la viticultrice exploite seule 1 hectare de vigne, dans une petite maison et une cave enterrée de quelques mètres carrés et propose une carte de 4 références. Elle affiche un sourire sincère et un optimisme résolu, bien que de tous les vignerons ce soient les « petits » qui ont le plus à craindre des aléas climatiques. L’absence de désir surfaits désarme la course à la réussite pour se recentrer sur la réalisation de soi …

Coup de cœur pour le Vosne-Romanée 1er Cru Les Petits Monts, un grand vin !!!

Domaine Nathalie Vigot

Adresse : 17 Rue de la Fontaine, 21700 Vosne-Romanée

Téléphone : 03 80 62 39 34

http://vosne-romanee.fr/domaine/nathalie-vigot

Email : vigot.nathalie@orange.fr

*******

Apéro devant Grand Cru Bonnes Mares

L’apéro souvenir était improvisé, c’est ça aussi la magie de la vraie vie … avec un Rangen de Thann 2010 (Pinot Gris) du Domaine Schoffit  devant le Grand Cru Bonnes Mares.

Les oneo-touristes qui passaient par là, britanniques, italiens, danois, s’amusaient de voir cette bande de fous au bord de la route des grands crus un verre de vin … blanc !!! à la main au centre du cœur du vin Rouge de la planète !

Le Rangen de Thann 2010 affiche ici toute sa profondeur, sa puissance et sa tenue sur une grande longueur, qui font ses qualités de grand vin blanc !

Domaine Schoffit

Colmar

Tél. : 0389244114

domaine.schoffit@free.fr

http://www.vinsalsace.com/fr/vignoble-route-des-vins/annuaire-vignoble/schoffit-domaine/

 

 étonnant, non ? 

*******

 

Restaurant le Millésime à Chambolle-Musigny

Allez-y le midi, et prenez le menu du jour ! comme dans tous les beaux endroits de gastronomie, on y mange très bien pour moins cher !

L’endroit est superbe, le cadre soigné, le nombre de couverts est limité, il y a de l’espace, la luminosité est parfaite, les coloris sont discrets, les matières et formes sont modernes sur un fond d’ancien, le niveau sonore est très bien maitrisé, une cave à vin vitrée vous fait de l’oeil, le service est nickel (et la sommelière est magnifique !), l’ensemble donne une très bonne impression. Réservez !

 

Restaurant le Millésime

Tél. : + 33  (0)3  80  62  80  37

info@restaurant-le-millesime.com

http://www.restaurant-le-millesime.com/fr/chambolle-musigny-bourgogne-site-officiel.php

 

*******

 

Domaine Anne et Hervé Sigaut – Chambolle Musigny

 

De grands habitués de nos virées Bourguignonnes. Les vins sont tous bons, sur le fruit, charmeurs, on aime ce bel équilibre qui permet de placer ces vins facilement à table, ça reste des vins de plaisir !!!

Coups de cœur sur le Chambolle Musigny 1er Cru les Sentiers.

Domaine Anne et Hervé Sigaut

Adresse : 12 Rue des Champs, 21220 Chambolle-Musigny

Téléphone : 03 80 62 80 28

*******

 CONCLUSION

 La réponse à la question du titre est OUI on peut encore rencontrer des vignerons en 2016 mais ça devient de plus en plus difficile.

Ce périple 2016 était encore une fois un voyage dans un autre monde, Merci à mes amis pour leur indéfectible amitié et pour l’organisation, à Stefan pour son air(e) de piano dans le « gros domaine », et aux vignerons qui nous ont si gentiment accueillis.

——

 

 

Publié dans Bourgogne, Vignerons | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – L’Alsace Française et le début du tout-réglementé

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle du livre de Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass », littéralement « le vignoble d’Alsace » ouvrage encyclopédique qui pose les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace publié en 1958 et qui fait référence encore aujourd’hui …

*********************************

A la fin du 18 ème siècle un vigneron de Riquewihr, Jean Michel Ortlieb, conseillait la plantation d’un cépage extraordinaire, qui donnait tous les ans un vin merveilleux qui mûrissait plus vite que les autres, et ce en quantité plus grandes que les autres cépages…etc… Il poussa la démagogie à dénommer ce cépage le Ortlieber, et réussi à envoyer son vin à Louis XVI

Ce cépage encore dénommé Knipperlé, ou Kleine Raüschling, est issu d’un des croisements entre Gouais Blanc et Pinot, dont sont également issus l’Auxerrois, le Chardonnay … mais sa qualité était médiocre, il était très sensible au gel et très sensible à la pourriture grise … pourtant cette belle esbroufe avait rempli les bourses du dénommé Ortlieb…

 

Cependant la grande majorité des cultures de vigne de qualité sont celles appartenant aux ordres religieux. Ainsi Metzger écrivit « Au 18ème siècle, la culture de la vigne en Alsace prit un nouvel essor. Les nobles, le clergé surtout, les abbayes, les bourgeois rivalisèrent de zèle dans l’amélioration du vin et la culture mieux entendue de la vigne. Des arrêtés des seigneurs et des magistrats réglementaient avec sagesse la culture, la cueillette et la vente du vin. Les clos des abbayes et des seigneurs surtout se distinguaient par une excellente culture, par des cépages choisis et par des produits de 1er ordre »

La différentiation qualitative est nettement décrite ici, argumentée. C’est cependant aussi les interdictions et les limitations, car la France veut limiter les plantations à tout-va et veut aussi maîtriser les cépages.

C’est une bonne chose, mais c’est aussi le début du tout-réglementé comme on le connaît toujours à l’heure actuelle, où on ne sait jamais où s’arrête l’intérêt commun et – surtout – les intérêts particuliers … forme de corruption officialisée typiquement Française.

En tout cas les repères changent et le vin d’Alsace souffre de cette frontière immédiate du Rhin, alors que jusqu’à présent elle était certes allemande mais a toujours bénéficié des apports Français. De plus, la France étant perpétuellement en guerre avec les nations qui se forment à cette époque, les exportations sont régulièrement interdites et limitées, notamment vers les Pays-Bas qui ont jusque là constitué une forte place d’export (et plaque tournante) pour le vin d’Alsace.

 

******

NOTE : L’ouvrage de Médard Barth est à mettre dans son contexte. Barth bien que très cultivé par passionné, n’était pas un spécialiste du vin. Plus de 50 ans après la parution de ce livre, certains éléments se relèvent inexacts, mais certainement pas plus que ce que nous croyons nous à notre époque comme étant vrai … Pour ma part je n’ai pas prétention à rectifier les vérités.

Publié dans Histoire du vin d'Alsace, Médard Barth | Tagué | Laisser un commentaire

La Moselle Allemande et ses boucles folles

A partir de Trier, la Rome du Nord de l’Empire Romain, et jusque vers Koblenz, serpente la Moselle allemande. Pentes à couper le souffle et virages à en perdre le sens de l’orientation, on aime s’enivrer des boucles de la Moselle

(Vallée de la Moselle – Mai 2016)

****

la Moselle est une rivière de la taille … d’un fleuve ! Large et majestueuse, elle serpente harmonieusement dans une vallée encaissée, creusée de millions d’année d’érosion. Une très jolie rivière dans une belle vallée qui se compose de trois éléments, à savoir des vignes, des pentes raides, et des villages blancs donnant sur la Mosel.

Tourisme facile

L’intérêt de cette vallée réside clairement et essentiellement dans le paysage, ensuite les villages typiques et les curiosités comme les châteaux. Mais on s’émerveille sans cesse de la beauté des courbes de la Moselle et de la raideur des pentes du vignoble omniprésent. La Moselle a des bouclettes folles, et avec ses courbes sont en S, en U, en C, ou même en G parfois, et c’est à en perdre le sens de l’orientation parfois. Le mode panoramique est souvent utilisé, mais ce qui frappe le plus, c’est cette vigne cultivée sur des pentes vertigineuses. L’intérêt résidant surtout dans les paysages, une météo clémente est indispensable pour apprécier cette Moselle. L’essentiel du tourisme se faisant par bateau de croisière, les villages où accostent ces bateaux sont fortement « riquewihrisés », et donc salement amochés. Pour ceux qui sont en quête d’authenticité, on veillera à sortir des nombreuses voies de contournement pour passer par les villages ignorés des croisières.

Pour ce qui est des villes du parcours, on commence par Trier, sa Porta Nigra et le Rheinisches Landesmuseum de Trier (audio-guide en Français) incontournable pour ses collections de l’époque Romaine, Trier ayant été la Rome du Nord. On conservera Bernkastel-Kues et son aspect médiéval au programme, de préférence avant 11h00 quand débarquent les grappes de touristes. Ensuite, Traben-Trarbach qui est une station balnéaire dans le pur style Art-Nouveau. Au début du 20ème siècle c’était la deuxième place d’échange de vin après Bordeaux, ce qui a rempli les caisses. La vue sur la ville est impressionnante mais il faut aimer le style.  Cochem est moyennement intéressante car amochée par les excès du tourisme, il faut entrer dans les petites rues et monter vers le château à pied.

la Moselle aime vous prendre à revers, elle effectue des boucles comme celle-ci

 

Les châteaux et lieux perchés à voir seront notamment le Marienburg d’où on voit la Mosel en boucle partir et revenir sur un seul coup d’oeil (belvédère à large escalier pratique et même pas peur), ou encore le fameux château de Eltz, reconstitué mais très couru, et puis le moins fréquenté et petit château fort de Thurant qui surplombe la vigne.

Le vélo est donc d’autant plus le moyen idéal de découvrir et apprécier ces paysages magnifiques qu’on découvre petit à petit, à mesure des virages nombreux et parfois serrés. Une piste cyclable des deux côtés et en sites propres permet d’être parfaitement à l’aise. En voiture, peu de possibilités de s’arrêter, et même en moto c’est très limité.

certaines fois les pentes sont plus douces

 

Pour l’hébergement, on trouve facilement une chambre d’hôte à 30 à 35 euros, ptit dej compris, propre et fonctionnelle, et avec un bel accueil. La nourriture locale est simple, on ne trouve pas de spécialité locale, mais les salades composées sont bonnes et bon marché, on mange facilement pour moins de 15 euros boisson comprise.

La place du marché de Bernkastel

Comptez un budget hébergement + repas pour moins de 70 euros par jour et par personne, les parkings sont généralement gratuits, on ne dépense rien en carburant car l’allure est très modérée.

Attention, quand on prépare le voyage, on s’aperçoit vite que sites internet et guides touristiques sont à l’allemande, c’est à dire mal organisés et mal ordonnés, en se dispersant sans cesse. Quant à la langue, ça parle anglais plus que chez nous, mais pas Français, ils ne voient jamais de Français pourtant c’est à côté.

La Moselle est aussi une importante voie de transport

Le tourisme est un secteur négligé en Allemagne et la vallée de la Mosel fait partie des régions qui valent le coup d’être visitées, on est loin du cliché de l’Allemagne grise et industrieuse. La Moselle offre un cadre original, verdoyant et souriant, bon marché, et le vélo est hautement recommandé pour profiter.

 Schloss Thuran

 

Un vignoble en pente raide, des vins doux

Le socle du vignoble est cette belle ardoise qu’on voit partout, qui recouvre aussi les maisons. Dans l’intérieur des virages de la rivière, la pente est toujours de forte à vertigineuse, à tel point qu’on utilise des mini-tracteurs sur des rails qui permettent de monter matériel et hommes le long des pentes les plus raides. On a planté de la vigne absolument partout où cela est possible, même si ce n’est que sur quelques mètres carrés entre deux rochers. Vraiment impressionnant ! Evidemment, la main d’oeuvre est plus que difficile, et dangereuse. La viticulture se fait sur des pieds plus ou moins hauts, la rivière et l’encaissement offrent une bonne protection contre le gel. Ce qui est particulier, c’est que la vigne est conduite en échalas, sur les fortes pentes surtout, mais c’est au choix. Ici on choisi la façon de conduire la vigne au profit du vin et du vigneron. Comme on plante la vigne partout, selon l’orientation de la pente, Nord ou Sud par exemple, les différences qualitatives sont probablement fortes. Les jolies boucles de la Mosel offrent des cirques à chaleur, parfois très sensible comme par exemple à Urzig, d’où viennent aussi quelques-uns des meilleurs vins de la vallée. Le cépage roi est le Riesling, on trouve quelques autres cépages. Ici comme ailleurs, la vigne rapporte moins et les héritiers sont moins nombreux à reprendre ce travail harassant, ainsi on voit ici et là des parcelles abandonnées où la nature occupe le vide.

La tradition germanique du vin est celle du vin de plaisir, de copains, pas celle du vin du grand repas avec les tralalas. Les débouchés de ces vins de Mosel sont donc essentiellement le tourisme de croisière, population de loisir et souvent féminine. Comme me le disait un vigneron local, la femme choisit le vin, l’homme le boira.  Il est difficile de gouter du vin sec, en général le vin est demi-sec à doux et spritzig – légèrement pétillant. Le vin coûte ici souvent de 4 à 6 euros la bouteille chez les petits vignerons.

 

Pour voir quelques autres photos

https://goo.gl/photos/osfxncGYKjkLYWdm9

Publié dans Vins Allemands | Tagué | Laisser un commentaire

La malédiction alcooleuse du vin

En France il est de plus en plus souvent bien vu de réduire le vin à sa contenance en alcool. C’est le signe d’une culture en chute libre, pendant qu’à l’inverse le vin bénéficie d’une image de prestige à l’étranger…

******

L’autre jour, dans un vaste restaurant – plutôt cantine – avec plein de gens et plein de bruit, j’entendais des voisins de tablée deviser sur leurs habitudes. « Ah mais moi depuis que je fais du sport je ne bois plus une goutte d’alcool », et un autre complétait : « Moi je ne bois plus que, allez, deux ou maximum trois fois de l’alcool par mois ».  Ces paroles résumaient à elles-seules la considération envers les produits alcoolisés, qui s’arrête à la diabolisation et à la focalisation. C’est l’expression de la culpabilisation systématique entretenue depuis des décennies en France sur tout produit contenant de l’alcool…

Si on voulait faire de la psychologie de bas-étage, on dirait que ce genre de paroles trahit la culpabilité personnelle du rapport – dangereux – à l’alcool de ceux qui les prononcent, car ils parlent d’un produit dont ils ne veulent pas être tentés de toucher … Ouhlàlà le méchant vin, la méchante bière !!! …. en effet, dans ce cas il vaut mieux pour eux ne pas boire d’alcool … mais bon on l’aura compris, c’est surtout « pour faire genre » (bon genre) qu’on partage ce genre de vérités à table, sous-entendu l’alcool est le diable qui les éloignaient d’une saine manière de vivre, avant qu’ils ne fassent du sport ou encore deviennent des bons bobos ou encore de bon vegans … Et finalement on constate surtout le niveau de culture qu’ils possèdent du vin (ou d’autres produits alcoolisés).

 

Culture déficiente

Quand j’étais ado, mon père m’a appris à respecter le vin, dans tous les sens et notamment le respect d’un produit noble et fait avec attention, un produit de terroir qu’on ne fait pas pareil ici que là ; Il m’a aussi appris à respecter le danger que représente le vin, car il contient de l’alcool, aux conséquences de sa consommation, et au fait que ça peut devenir une drogue dure. Mais que raconte à ses enfants le genre de papa ou de maman que j’ai entendus l’autre jour à table ? Rien, sinon de réduire le vin à de l’alcool, sans explications. On ne connaît bien que ce qu’on approche, goûte, sent, ce dont on apprend à connaître les beautés et les dangers. Le discours de l’interdit n’apporte rien à la compréhension, et ne fait que réduire la culture et reculer l’échéance d’une prise de risque.

Mais revenons à notre « café du commerce » …  Si on considère le vin uniquement par sa nature alcooleuse, pourquoi ne pas bannir aussi tous les produits riches en mauvais sucres, en acides gras saturés, en ceci ou en cela qui est « mauvais » ? Alors, nommons tous les produits de notre alimentation par leurs compositions, et de là on consomme jamais avec le palais, avec l’envie, le goût !

 

Traite vocabulaire

Le vocabulaire nous trahit. On ne dit pas « ah, chouette ce soir on se fait un afterwork et on va picoler un verre d’alcool  » … on dit qu’on va partager un verre de bon vin sur la terrasse du bar à vin d’Isabelle (au hasard) ;  On ne dit pas qu’on « se réjouit de faire découvrir le liquide alcoolisé sélectionné avec mon caviste », mais on se réjouit de faire découvrir une bouteille d’un bon vin à ses amis … Donc, « alcool » quand le vin est le danger, et « vin » quand on parle du produit qu’on apprécie et qu’on aime ?

D’ailleurs, dit-on qu’on a bouffé 260 gr de produit protéiné d’origine bovine ou bien dit-on  » ouah l’excellente entrecôte de Blonde de Galice maturée 30 jours dont le persillé était à fondre sur sa chaise tellement elle était bonne, j’en ai encore le souvenir et la salive qui me vient je voudrais te la faire goûter un jour  » …

 

Amalgames plombés par la culture des raccourcis

Le problème c’est qu’on parle là de choses différentes. Oui le vin contient de l’alcool et il fait partie des produits alimentaires qui n’apportent rien à notre équilibre corporel direct. Oui on n’a pas besoin de manger de la viande tous les jours (mais sans viande on sera carencé, nous sommes des mammifères omnivores ).

Mais ces produits ne sont pas que ça !  Le vin apporte aussi le plaisir de sensations, et les mille sensations qu’on peut ressentir au nez et au palais sont une richesse, une culture, sont autant d’instants présents qui se gravent dans le vécu. Pour certains, le vin est aussi une relation au terroir, c’est un miroir du travail du vigneron, et fait partie de leur art de vivre.

Et ceux qui ne connaissent pas ces autres visages du vin ou de la viande (on peut parler de bien d’autres produits) sont seulement en manque de culture alors qu’ils se croient détenteurs des nouvelles vérités, en s’arrêtant à son aspect dangereux (et potentiellement mortel). Demain ils arrêteront peut-être aussi la viande parce que la société le réclamera sur les mêmes réseaux dis sociaux ? …

Si on faisait le même patacaisse à propos des saloperies industrielles que la campagne anti-alcool qu’on mène depuis 20 ans, sans là non plus éduquer les gens au bon produit, on ne ferait qu’éliminer les produits sans distinguer le bon grain de l’ivraie. Bon, il faut dire que le monde vini-viticole ne fait vraiment pas grand chose (à titre collectif, car à titre individuel oui !) pour cultiver une belle image du vin en France, mais c’est un autre problème…

 

Des choix qui n’ont pas à être jugés

Ne pas manger de mauvaise viande dans les cantines ou restaurants de surgelés ET manger une viande de qualité le week-end est un plaisir des yeux, du ventre et du palais, mais aussi celui d’une certaine manière d’aborder l’alimentation.

Ne pas boire de vin de supermarché mais pas non plus d’autres boissons industrielles ET s’offrir un verre d’un bon vin le week-end sur un air de jazz de Stan Getz après une séance de jardinage ou une balade à vélo c’est une manière de voir qui n’est pas forcément moins bonne parce qu’elle n’est pas à la mode sur les réseaux dits sociaux …

Car ce n’est pas la consommation de ce vin-là qui tue et qui rend malade, c’est justement le manque de culture et le mauvais usage qu’on en fait ! et réduire le vin au seul alcool est un mauvais usage, car il empêche une bonne approche de ce produit.

 

Incohérences bien … humaines

Et puis, j’ai jeté un oeil aux assiettes qu’ingurgitaient ces voisins de tablée ce jour-là … des morceaux de gras vaguement enrobés de « viande » industrielle provenant de vache réformée qui baignait dans une sauce grasse au glutamate, avec soit de frites dont on sent la mauvaise huile à 100 mètres, ou alors des pâtes qui luisaient d’huile; pas ou peu de légumes; Du pain blanc ; Des desserts pleins d’arômes artificiels et de sucre raffiné ; le tout arrosé de coca cola pour les uns, d’eaux trop sucrées pour les autres … mais ! mais ouf, ils sont sauvés, ils ne boivent pas d’alcool !🙂

Publié dans Chroniques | Laisser un commentaire

Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – Encépagement à Riquewihr aux 16ème et 17ème siècles

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle du livre de Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass », littéralement « le vignoble d’Alsace » ouvrage encyclopédique qui pose les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace publié en 1958 et qui fait référence encore aujourd’hui …

*********************************

 

Déjà en 1575, Riquewihr ne tolérait QUE des cépages nobles. On trouve une liste de cépages autorisés, dont on trouve des mises à jour avant la guerre de trente ans (où le Riesling apparaît pour la première fois), puis en 1644.

1575 : Muscat, Pinots Blanc, Gris, Rouge, Weiss Lampersch (lombard)

Avant la guerre de 30 ans : Schlitzer, Kleffner, Muskateller, Riessling, Losanner

1644 : Schlitzer, Klein-Edles, Klevener, Muskateller, Lombardisch, on précise qu’on a aussi le droit de planter les cépages étrangers comme le Riesling, Veltiner, Losanner (de Lausanne).

 Les cépages interdits sont les cépages à gros rendement avec de gros raisins.

*****

D’où vient la renommée de Riquewihr, haut-lieu du tourisme ? Du vin ! Les villages réputés pour leur vin d’exception au Moyen-Âge sont majoritairement des haut-lieux du tourisme actuellement, mais il ne faudrait pas oublier d’où vient cette richesse ! D’une richesse financière tirée du vin !

A ces autres époques, durant tout le Moyen-Âge et jusqu’à la Révolution, le vin d’Alsace jouissait d’une réputation de meilleur vin de l’Empire, dont l’Alsace était la région la plus méridionale. Seuls les vins nobles étaient exportés, et ils étaient donc confrontés aux autres meilleurs vins de l’espace Rhénan; Et pourtant, les vins de terroir d’Alsace étaient des locomotives ! Ca en fait rêver beaucoup aujourd’hui, mais pour arriver à ce résultat, il n’y a pas de secret, il faut relever le niveau !

A ces autres époques il fallait donc que le vin soit réellement excellent, on ne disposait pas ni d’étiquettes ni d’une renommée faite de marques ou de délimitations AOC Grand Cru comme aujourd’hui faite entre copains; De plus, le vin n’était pas reconnu digne de son cru par tacite reconduction mais par des autorités indépendantes et multiples, qui se surcroît fixaient un prix ! C’est comme chaque année le vin passait entre les mains d’experts successifs qui chacun établit une valeur nominale au produit !

Ainsi là où on pouvait produire du vin d’excellence, on établissait des règles strictes. Evidemment seuls les terroirs d’exception étaient reconnus; Mais parmi ces critères figuraient donc les cépages autorisés au non, très probablement car très logiquement plantés les uns avec les autres c’est à dire « mélangés » sur une même parcelle.

Publié dans Histoire du vin d'Alsace, Médard Barth, Vin et Histoire | Tagué , , , | Laisser un commentaire

les pérégrinations bureaucratiques d’un négociant en vin au 15ème siècle…

Vendre du vin à Strasbourg autrefois n’était pas forcément simple en formalités. Je me risque à décrire les pérégrinations bureaucratiques d’un négociant en vin au 15ème siècle…

******

En 1358 est construit le Kaufhaus, la Douane. Après l’essor de la ville comme plaque tournante du commerce au sein du saint Empire Romain germanique, le commerce de vin a prit le dessus sur les autres marchandises. Le marché du vin était complexe et les tracasseries et taxes nombreuses et variées …

*****

 

Imaginons-nous au 15ème siècle avec Joseph Brand, négociant  en vin (imaginaire) de Strasbourg, qui revient de Ribeauvillé où il a acheté un foudre (tonneau de 1,1 hL) de vin de Ribeauvillé, l’un des plus réputés en Europe, un vin presqu’exclusivement destiné à l’export.

Suivant les cours d’eau Fecht et Ill, payant droits de passage et d’embarquement et personnel, il arrive finalement à la Douane de la ville libre de Strasbourg, au Kaufhaus (la Douane) qui date de 1358, une des plus importantes places d’échange de tout l’Empire ; Il y a là deux grandes grues.

C’est là que commence un marathon pour le négociant…notre Joseph s’adresse au grutier en chef, lequel l’accompagne chez le chef de la douane. La puissante corporation des bateliers nomme les Fertiger, inspecteurs-gréeurs chargés de contrôler les marchandises entrant ou sortant. Joseph règle le droit de décharger (dont la moitié va aux grutiers et l’autre à la Ville).

De là, les deux mêmes se rendent chez le receveur, pour y payer l’Umgelt, une taxe spéciale sur le vin. Le reçu devra être soigneusement conservé pour permettre au douanier d’autoriser le déchargement des tonneaux.

Ensuite, le négociant doit s’adresser au Weinsticher ou gourmet, ou piqueur, ou goutteur, sorte de super-sommelier en chef qui est seul habilité à goûter le vin, service obligatoire qu’il faudra le payer, évidemment. Il vérifie que le vin répond à la qualité attendue de son terroir, et c’est lui qui fixe la valeur du vin du tonneau concerné, et remet à Joseph un jeton.

Le marché aux vins se tient le Vendredi à 7 heures du matin, là où ce se trouve aujourd’hui la rue du vieux marché aux vins, Ce marché était situé à l’autre bout de l’île de la cité, je me suis toujours demandé comment on acheminait les tonneaux jusqu’à ce marché. Probablement, on empruntait le canal des Tanneurs, le long de l’actuel fossé des Tanneurs, canal qui continuait ensuite vers homme de fer. Ceci dit, ça n’explique pas pourquoi ce marché était si éloigné des autres…peut-être pour s’éloigner des mauvaises odeurs qui régnaient près des autres marchés, marché aux poissons, marché aux cochons…ce qui gênait les piqueurs et aussi les acheteurs de ce produit hautement valorisé.

C’est aussi le Weinsticher, littéralement le piqueur, et son adjoint qui vont déterminer l’emplacement que devra occuper le tonneau de Joseph sur le marché, car chaque terroir avait son emplacement !

Le Vendredi venu, Joseph est prêt pour vendre son vin sur le marché, qui ouvre à 7 heures. Le gourmet sera passé la veille avec les gardes de la commission des finances de la ville pour vérifier la mise en place des foudres, et vérifier qu’aucun n’a été mis en perce, ou échangé.

Pour la vente, Joseph doit engager un vendeur à la criée, qu’il paiera évidemment mais à qui il doit aussi proposer une chaise, des fois qu’il se fatiguerai, c’est dans le règlement. Il loue donc la chaise à un marchand spécialisé pour cela.

Joseph paye le travail fourni par le gourmet auprès du collecteur (Sammler) qui passe sur les stands pendant les ventes, à qui il remet alors aussi le jeton du gourmet.

Enfin, une fois la vente effectuée, Joseph devra encore régler le Winmesser (qui mesure le vin) de l’impôt sur les quantités vendues

******

Ceux qui voyagent un peu savent à quel point tout un tas de professions gravitent autour d’une même activité, et chacun participe à la vie de toute la société. Et quand les structures prennent de l’ampleur, la bureaucratie prend le pas, et celle qui est décrite ici est digne de notre époque, avec reçus, contrôles, actes de police et impôts …

Source : Racontez-moi Strasbourg de Guy Trendel : http://boutique.nueebleue.com/epages/NueeBleue.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/NueeBleue/Products/9782716506069

Voir aussi l’excellent article consacré à la Douane :

http://www.rue89strasbourg.com/quand-lancienne-douane-etait-le-rungis-de-strasbourg-98882

Publié dans Histoire du vin d'Alsace | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – Le Tokay démystifié

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle du livre de Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass », littéralement « le vignoble d’Alsace » ouvrage encyclopédique qui pose les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace, publié en 1958 et qui fait référence encore aujourd’hui …

**********

Photo Hugel&Fils

 

(page 89) Toujours dans le long passage où Médard Barth dédié aux cépages, l’auteur évoque la légende selon laquelle le commandant Lazarus Schwendi rapporta d’Hongrie le cépage Tokay à l’occasion d’une bataille qu’il livra là-bas contre les Turcs, et qu’il l’introduisit en Alsace ainsi que dans le Kaiserstuhl.

Démystifié et dénoncé

Mais Médard Barth démystifie déjà la légende en précisant qu’il s’agissait probablement plutôt d’une mutation du Pinot noir en Pinot Gris, venu de France, encore dénommé « Grauburgunder » ou « Rulander ». Il dit (visiblement avec une certaine véhémence) que le droit de vendre du vin sous le nom de Tokay est manifestement basé sur aucune connaissance ampélographique sérieuse. De plus, si Schwendi avait réellement rapporté ce cépage de Hongrie, il devrait donc y être planté également, or on ne trouve pas ce cépage en Hongrie.

Barth dit que même encore  » de nos jours  » ( c’est à dire juste après la deuxième guerre mondiale ) ce faux Tokay est encore vendu sous cette dénomination …  aujourd’hui on sait que cela allait encore durer jusqu’au début du 21ème siècle…

voir aussi à propos du Tokay d’Alsace : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pinot-gris_d’Alsace

******

NOTE : L’ouvrage de Médard Barth est à mettre dans son contexte. Barth bien que très cultivé par passionné, n’était pas un spécialiste du vin. certains éléments se révèlent aujourd’hui inexacts mais certainement pas plus que ce que nous croyons être vrai… Pour ma part je n’ai pas prétention à rectifier les vérités.

Publié dans Médard Barth, Vins de Cépages | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – Le Muscat

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle du livre de Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass », littéralement « le vignoble d’Alsace » ouvrage encyclopédique qui pose les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace, publié en 1958 et qui fait référence encore aujourd’hui …

**********

Le Muscat le cépage aromatique par excellence – Photo Hugel&Fils

Le Muscat (page 87) est certainement parmi les cépages les plus précocement cités dans la littérature. On le trouve sous sa forme blanche ou rouge. Il faisait partie des cépages nobles et était réputé pour son bouquet.

On ne peut pas déterminer à quand remonte son implantation, mais à partir du 16ème siècle les mentions ne manquent pas. Par exemple dans les archives de la paroisse de Wolxheim, où l’on cite la culture de ce cépage noble pour l’année 1523 : L’évêque ordonnait que le tavernier (Stubenwirt) ne devait en aucun cas mélanger le cépage noble Muscat (Ehrenwein) avec un vin de moindre qualité sous peine de 3 livres d’amende !  Bock nous dit que sur les coteaux les plus ensoleillés pousse le Muscat.

Quant à la proportion en rouge, en 1666, on vendangea à Guebwiller 16 Ohm de Muscat blanc et 1 Fuder de Muscat Rouge.

Il semble bien qu’il s’agisse de Muscat à petits grains.

Nous comprenons aujourd’hui pourquoi et comment ce cépage était considéré comme noble. Parmi les cépages qui sont à la fois adaptés à nos climats et aromatiques que nous connaissons, les Muscats sont certainement les plus purs, qui permettent de faire un vin frais, aromatique et sec. Nos vignerons actuels savent aussi à quel point le Muscat est un raisin fragile, aussi ne sait-on pas à la lumière de l’ouvrage de Médard Barth de quel type de « Muskateller » il s’agit.

Mais le Muscat ne produit pas uniquement un vin aromatique comme souvent présenté. Quand bien mené, il donne toute la mesure de son originalité et est d’abord un vin avant d’être arômes. Hélas ils sont rares à tirer cette vérité de ce cépage, mais allez gouter les Muscat de Bruno Schloegel.

******

Le poète et satiriste Jean Fischart écrivit cette chanson en 1570 :

“ Mein Treuster Bruder und Gespan
Liegt tief in einem Keller
Er hat ein hölzern Röcklein an
Und heist der Muskateller”

« Mon plus fidèle frère et équipier,
Repose tout au fond d’un cellier
Il porte une petite robe de bois
Et on l’appelle le Muscat »

******

NOTE : L’ouvrage de Médard Barth est à mettre dans son contexte. Barth bien que très cultivé par passionné, n’était pas un spécialiste du vin. Plus de 50 ans après la parution de ce livre, certains éléments se relèvent inexacts, mais certainement pas plus que ce que nous croyons nous à notre époque comme étant vrai … Pour ma part je n’ai pas prétention à rectifier les vérités.

****

Publié dans Médard Barth | Tagué , , | Laisser un commentaire

Portes Ouvertes 2016 au Domaine Marcel Deiss

Nnous avons eu le grand plaisir de revenir une fois de plus aux portes ouvertes du Domaine Marcel Deiss, qui a traditionnellement lieu lors du week-end de l’ascension.mais qu’y trouve-t-on de si spécial qu’on aime tant y retourner ? Suivez-moi …

Samedi 7 Mai 2016 – Bergheim

*********

 

Le Domaine Marcel Deiss fait partie du top5 du vin alsacien depuis de nombreuses années, et c’est le résultat d’un travail car le vin d’Alsace ne peut pas acheter la renommée. Je ne vais pas passer au travers des vins dégustés, d’ailleurs je suis blogueur, pas critique de vin, je ne peux que dire si j’aime ou pas. Pour les vins, on notera les incroyables Premiers et Grands Crus qui tutoient les divinités bachiques. Devenu difficile à force de déguster un peu partout, je n’aime pas tous les ans tous les vins, ça change mais tous les ans je suis skotché par plusieurs vins.Ce sont des goûts, et des goûts différentiés, on est loin du léger vin de cépage qui sent la rose ou la fraise.

L’accueil est toujours magnifique, digne de princes (et princesses) ; Les vins sont parfaitement alignés avec leurs descriptions et un morceau de caillou qui représente le sol sur lequel nait le vin ;  L’ordre de dégustation est bien pensé, un magnifique bouquet de fleurs trône au centre de la pièce, et la dégustation est accompagnée d’excellents beurres et de bon pain …

Dégustation géo-sensorielle, qu’es aquo ?

Les particularités, ce sont les ateliers, à commencer par la dégustation sensorielle. Qu’es aquo ? Le maitre des lieux JM Deiss, grand personnage du vignoble, pétillant, pédagogue et passionné, propose ainsi un atelier où il encourage à ouvrir nos sens et notre esprit à ce qu’un vin, servi à l’aveugle dans des verres noirs, nous dit, fait naitre en nous de sensations. En effet nos sens sont dominés par celui la vue, et notre pensée dominée par l’analyse, et JM Deiss nous invite à aborder le vin par un autre bout que le vocabulaire abscons des spécialistes qui finit par passer à côté de l’essentiel. Le vin c’est ressentir, voyager, partir. Non pas partir dans l’ébriété (le bon vin se respecte, et un bon vin ne saoule pas) mais partir dans le voyage des sens. Alors il nous parle de saisons, de chaleur ou de fraicheur, de tissus … et ça parle beaucoup plus que de savoir si le vin est en phase ascendante sur des notes beurrées et du bourgeon de cassis (que personne ne connait), et dont les lies ont patiné la trame après un élevage long en demi-muids donnant rondeur et beau gras … blabla dont je me rends souvent coupable moi aussi. Bref, cet atelier est à la fois ludique et passionnant, car rien que d’écouter JM Deiss parler avec sa verve et sa passion, c’est une belle expérience !

Ateliers plaisir des accords mets et vin

Mais c’est pas fini ! On a aussi droit, chaque année, à des découvertes d’accords mets et vins (de la maison). Les verrines et cuillers préparées par un chef sont accordées à des vins du domaine Marcel Deiss. Cette année, nous avions des petites bouchées du Restaurant la Vignette à Strasbourg. Ces accords spécialiement mis au point entre le chef et le vigneron permettent notamment de se rendre compte de la différence entre un vin en dégustation seul et ce que ça donne à table. Et de se rappeler qu’un grand vin est un vin de gastronomie, notion oubliée depuis la « parkerisation » du vin qui fait que beaucoup d’amateurs de vin passent à côté de grands vins.

Le vignoble expliqué

Enfin, on nous propose aussi des balades dans le vignoble, avec explications sur le terrain, un moment trop souvent négligé selon moi par les clients car on y apprend énormément de choses.

Vins excellents, accueil de stars, un discours passionné et passionnant, des ateliers d’un haut niveau, c’est toujours un grand plaisir de venir à Bergheim pour ces portes ouvertes. Un grand MERCI énorme BRAVO à toute l’équipe du Domaine Marcel Deiss qui a encore une fois relevé le défi de ce marathon de deux jours d’une grande intensité.

Domaine Marcel Deiss

15 route du vin

68750 -Bergheim

Tél. : 03 89 73 63 37

Email : marceldeiss@marceldeiss.fr

 Dégustation toute l’année toute la semaine sauf le Dimanche

Publié dans Dans le TOP50 Alsacien, Degustation Alsace | Tagué , , | Laisser un commentaire