Les 10 Ans de l’Oenothèque Alsace un Festival de beaux vins d’Alsace

 

Thierry Meyer organisait ce Samedi 10 Septembre 2016 une dégustation pour fêter les 10 ans de son entreprise baptisée l’Oenothèque Alsace. L’occasion pour ceux qui ont un esprit ouvert de goûter à des vins d’exception dans une série d’exception.

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version courte : celui qui est le meilleur expert du vin d’Alsace depuis plus de 15 ans, qui offre sa bonne humeur et sa pertinence, nous a véritablement offert une balade gustative de 18 vins, grands et exceptionnels, pendant une séance absolument mémorable. Le prix demandé est ridicule, et la dégustation absolument superbe. Il n’y a pas grand chose d’autre à ajouter sinon que l’Alsace recèle de grands très grands vins, je radote. Nous qui dégustons toute l’année des grands vins de Bourgogne, de Bordeaux ou d’ailleurs, pourquoi les alsaciens sont-ils si fermés aux bons vins de leur région ? Mystère, mais on trouve peut-être la réponse dans l’absence de culture du bon vin, à commencer dans la profession, pardon à ceux qui œuvrent tant pour produire ces très beaux vins qui procurent des sensations que tout le monde peut approcher, s’il le veut, il suffit d’un peu de curiosité ! + en complément de cette versions courte : voyez les photos et les références des vins🙂

 

Nous étions 18, amateurs et professionnels du vin réunis, à nous être inscrits pour cette Masterclass exceptionnelle. 2 vignerons, 2 représentants du CIVA, des blogueurs vin reconnus (euh pas moi svp) , un professeur de sommellerie etc… Point commun : nous nous sommes seulement débarrassés des préjugés qui disent que le vin d’Alsace c’est un vin léger et aromatique et-puis-c’est-tout. Pour ma part c’est Stéphane Wasser et Thierry Meyer qui m’avaient convaincu que le vin d’ici peut aussi être autre chose, et je n’ai jamais regretté ce choix, bien au contraire. C’est tout un monde qui s’est ouvert à moi ! Quand on a la chance d’habiter une région viticole, on a la possibilité d’entretenir une relation directe, sensible, concrète, avec ce qui fait le terroir. Et de toucher le grand vin ! Ce qui fait (la différence) un grand vin, c’est comme le dit Philippe Blanck l’humilité et l’humanité. C’est vrai, et c’est couillu de le dire dans un monde où dominent les chimères que sont le succès immédiat et le marketing forcené, j’aurai l’occasion d’y revenir.

Revenons à nos moutons, ou plutôt à Thierry Meyer. Ce grand amateur de vin d’Alsace en est aussi un grand ambassadeur. Comment peut-on être un amateur de vin d’Alsace sans avoir un côté militant ? Ceux qui prétendent l’inverse sont des hypocrites, ou des couilles-molles.

La méthode Meyer, c’est une grande honnêteté, et un grand engagement ; Ce sont des gages de sérieux, et ça nous change des communiqués de presse lénifiants, fussent-ils de première presse !

 

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 L’Oenothèque Alsace

 

Un colmarien (passé à l’ennemi entretemps) passionné de vin d’Alsace a développé une approche sérieuse et passionnée, en somme alsacienne, du vin : des thèmes précis, la recherche de l’excellence, l’ouverture d’esprit, et la franchise accordés pour le plaisir de tous.

L’oenothèque Alsace, c’est Thierry Meyer, le meilleur expert du vin d’Alsace depuis une quinzaine d’années.

Il a développé des dégustations à thème, des dîners prestigieux, des sélections de grands mais aussi de moins grands vins, avec comme point d’ancrage pour celui qui participe de moment « a-ha ! », ce moment d’étonnement qui intéresse, qui titille, qui éveille les sens.

Pour ma part j’ai eu notamment le plaisir de participer à des séances de dégustation et quelques dîners.

 

6 thèmes, une démonstration magistrale

Thierry Meyer nous proposait de déguster 6 séries de 3 vins à l’aveugle, de les commenter avant de découvrir les étiquettes. Aucun vin n’est à la vente, rappelons-le car trop de dégustations se font dans un objectif commercial.

Une méthode infaillible pour différentier les vins est de la servir à l’aveugle. En effet, on a tellement tendance à bien noter un vin réputé et cher que même s’il n’est pas bon on le trouvera excellent, ou on lui trouvera toutes les excuses imaginaires. A l’inverse, on sous-notera tout aussi sincèrement un vin censé être bas-de-gamme. On jure qu’on est sincère car … on l’est vraiment, en fait. Le mental est d’une puissance surhumaine. La dégustation à l’aveugle est donc une école de l’humilité.

Je n’ai pas rectifié les appréciations vers le haut ou vers le bas après avoir pris connaissance des provenances des vins. J’ai noté dans l’absolu, puisque je ne connaissais pas ni les prix ni vraiment les catégories.

Une fois de plus, non je ne suis pas dégustateur, je goûte avec mes sens, avec mes goûts à moi, avec mes humeurs, c’est totalement subjectif.

vous trouverez des billets aux notes sérieuses chez les deux autres blogueurs présents ce jour-là

Pierre  http://pierre-radmacher.e-monsite.com/pages/degustations/oenotheque-alsace/masterclass-exceptionnelle-les-10-ans-de-l-oenotheque-alsace.html

et StéphaneW sur  http://www.stephanew.com/2016/09/masterclass-anniversaire-de-l-oenotheque-alsace.html

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Thème 1 Sylvaner 2007

 

« faut-il sauver le soldat Sylvaner » ? Le Sylvaner est un cépage incroyable qui se dévoile s’il n’est pas présenté sous une bannière « Alsace ». Cultivé et vinifié soigneusement, il produit des vins atypiques qui n’ont plus grand-chose d’Alsacien.

 

Sylvaner Brandstatt 2007 JF Otter – TRES BIEN

Nez Herbacé, bouche beurrée et de belle ampleur, très sapide.

 Sylvaner Racines 2007 – E Loew – BIEN

Nez très beaux fruits mûrs ! Bouche évoluée, un peu trop de sucres résiduels à mon goût 

Sylvaner Collection 2007 – Kuentz-Bas – BIEN++

Nez très fumé, bouche d’abord très facile et charmeuse, jolis amers

 

Le Sylvaner, ce cépage dont tous les amateurs de vin d’Alsace parlent mais que peu boivent. Certes c’est vrai, mais je pense que ce vin mériterait une mise en bouteille moins identifiée « Alsace » et mériterait de se mêler à des vins d’autres cépages venus d’ailleurs, vins de Loire ou étrangers. Bien fait c’est vraiment un vin différent. Doit-on même prendre la voie du Sylvaner pour remonter le temps vers le goût du vin Rhénan d’autrefois, non pas que le cépage soit plus ancien que certains autres mais en termes de goût ? En tout cas, s’il y a un vin qui ne devrait pas du tout être identifié au cépage, c’est sûrement celui-là non ?

Hélas, la viticulture alsacienne n’en veut plus. La maison Arthur Metz prend même des mesures coercitives pour que les apporteurs de raisin n’en apportent plus. Mais en effet, c’est un vin sans structure s’il est cultivé à haut rendement, ça n’aide pas les œnologues-techniciens ; Mais à l’inverse, si ce cépage est cultivé comme il faut, il donne de merveilleux vins.

Parmi les vignerons qui en proposent de beaux spécimens, la maison Boeckel, Lucas Rieffel, Clément Lissner, Agathe Bursin, François Schmitt, Josmeyer etc …

Mais au final, ne vaut-il pas mieux que tous les mauvais Sylvaner disparaissent du paysage du vin pour que seul le bon Sylvaner subsiste, laissant ainsi place à un futur vin rare, distingué et recherché ? Un joli pari, qui serait un pied de nez à tous ceux qui, nombreux dans le vignoble, ne raisonnent qu’en terme de rendement !

Thème  2 Riesling 2007

Beau millésime très propice à la formation de botrytis, 2007 est actuellement dans une phase d’apogée pour certains vins.

 

Riesling Clos Windsbuhl 2007 – Domaine Zind-Humbrecht

Nez intense, fume, beurré, Bouche sèche, minérale et même salée, belle structure TRES BIEN.

 

Riesling Grand Cru Schlossberg Cuvée Ste Catherine 2007 – Domaine Weinbach

Nez prétoleux, un déploiement en bouche d’une longueur exceptionnelle dans une harmonie superbe, c’est gras à souhait, EXCEPTIONNEL !!!

 

Riesling Schoelhammer 2007 –  Hugel & Fils

Nez fin mais élégant, bouche plus grasse, d’une bonne complexité (riche en arômes et sensations) mais pas très long TRES BIEN … si j’avais tenu compte de son prix il serait abaissé à BIEN

 

Thème  3 Riesling 2005

 Le millésime encensé s’est fait longtemps attendre avant de dévoiler ses vrais charmes. Un joli millésime avec cependant des acidités faibles. Qu’est-ce que ça donne 11 ans après ?

 

VIN PIRATE – Puligny-Montrachet Les Pucelles 2005 – Domaine Leflaive

Nez exceptionnel de puissance boisée, qui prend vite le dessus. Une bouche d’une largeur exceptionnelle, avec de beaux amers. Noté EXCELLENT ; Ce vin s’écroule assez vite cependant.

 

Riesling Grand Cru Pfingstberg Paradis 2005 – Domaine François Schmitt

Nez superbement tourbé, bouche d’une grande élégance, d’une complexité charmeuse, causant, humain, soutenu par une jolie acidité EXCELLENT

J’ai trouvé là LE vin de la série, car son rapport qualité-prix est proprement stratosphérique !

 

Riesling Grand Cru Rangen de Thann 2005– Domaine Zind-humbrecht

Nez très beau, plus évolutif, bouche saline, beaux amers, TRES BIEN ; En reprise en bouche il faiblit vite, et compte tenu de son prix il serait rétrogradé en BIEN+

 

Série piégeuse à souhait ! le vin de Bourgogne, mis en face de deux vins d’Alsace pourtant « travaillés » en cave, montre que l’Alsace a encore des progrès à faire en ce qui concerne l’élevage. Cependant le vin blanc de Bourgogne est nettement plus lourd que l’Alsace et sur la durée d’un repas l’Alsace prendrait vite le dessus.

 

 

Série 3 Le piège ! 3 Riesling 2001

 

Le vin d’Alsace le plus cher est-il aussi sensiblement le meilleur lorsqu’il est servi à l’aveugle ? Suspens …

 Riesling Clos Ste Hune 2001 – Trimbach – BOF

Nez ? ,  Bouche bof bof.

 

 Riesling Clos Eugénie 2001 – Domaine Boeckel – BIEN+

Nez d’eucalyptus, bouche plus longue avec une belle structure, peut-être un peu sur le déclin ?

 

 Riesling Frédéric-Emile 2001 – Trimbach – BIEN-

Nez net, bouche pas d’une grande longueur

J’ai été déçu par ce Frédéric-Emile, que j’avais dégusté nettement mieux que ça.

 

J’ai eu du mal avec cette série, après la précédente qui était celle de vins très travaillés et très expressifs. Piège pour l’amateur que je suis. Ici on avait affaire à des vins aux profils plus classiques.

J’ai d’abord noté les 3 vins. Mais Thierry Meyer nous a alors dit que « Clos Ste Hune » se cachait parmi les 3 vins. Stupeur dans la salle (j’ai trouvé). Puis petit à petit la majorité pensait au vin N°2, d’autres émettaient aussi de impressions positives sur le vin n°3. Mais personne n’avait plus pensé au vin n°1, enfin je n’ai pas noté cela. Et pourtant… Après avoir dévoilé les étiquettes, le silence envahit la salle. C’était bien le vin N°1.

Ensuite, ceux qui le voulaient ont pu émettre les « arguments » qui tentaient de rattraper, excuser, expliquer la notation faiblarde de Clos Ste Hune, le vin d’Alsace le plus cher avec ses 140 euros par bouteille. Comme d’habitude dirais-je, car ce n’est pas la première fois que ce vin se ramasse une tôle à l’aveugle. Et c’est d’ailleurs pour la seconde fois que « Clos Eugénie » un vin vendu moins de 20 euros qui lui fait la nique.

En tout cas c’est rigolo comme on peut discuter tous ensemble, moi y compris, de la validité d’une mauvaise note pour un vin réputé, alors que s’il s’agit d’un petit vin d’un vigneron inconnu, on passe au suivant sans état-d’âme, car quand le vin n’est pas terrible eh bien il n’est pas terrible et puis voilà.

Mais un vin à ce point cher est-il forcé d’être le meilleur d’un point de vue gustatif  ? On y met d’abord le prix parce qu’on en a les moyens, parce qu’on achète une étiquette, pas un vin. Mais de là à être moyen … c’est moyen …

J’ai mis un « bof » oui, c’est juste comme ça que je l’ai ressenti.  


Surprise : Trimbach Clos Ste Hune Vendanges Tardives 1989

Un très, très beau vin, pas dans le genre « formule 1 », bien au contraire, avec de la profondeur, une ampleur, une expressivité franche, on n’a pas besoin de chercher pour trouver des qualités « à se taper le cul par terre » de ce superbe vin, il est juste EXCEPTIONNEL

 

 

Série 5 Le vin d’Alsace ne se conserve pas …

 

Les idées reçues sont tenaces au pays du vin inné. Les vignerons eux-mêmes n’ont souvent pas idée à quel point le bon vin d’Alsace se conserve parfaitement bien. Evidemment, un petit vin ne se garde pas. Mais un vin très bien fait se conserve. Cependant, les vins actuels ne se garderont peut-être pas aussi bien que les vins de la décennie de 1960, en rapport avec des méthodes culturales différentes, ainsi que l’apport de conservateur sensiblement réduit.

Ici trois jolis vins issus de terroirs, qui tiennent bien la route.

 

Pinot 1967 Domaine Cave Coop de Beblenheim (provenant de l’actuel Grand Cru Sonnenglanz)

Beau vin très harmonieux, aux notes fruitées léger mais salin. BIEN

 

Riesling Schlossberg Pierre Sparr 1967 

Belle structure, vin encore jeune doté d’une belle acidité, très long, élégant, salin TRES BIEN ++

 

Gewurztraminer Eichberg Paul Ginglinger 1966

bouche sur le fruit d’une très jolie longueur, iodé, hélas affecté par un goût de liège, non noté.

 

 

 

Thème 6 Le Botrytis révélateur de certains grands terroirs

 

Grand Cru Altenberg de Bergheim 2005 – Domaine Marcel Deiss – EXCELLENT

Nez très nettement sur la tarte à la mirabelle, énorme bouche sur une finale fine

A la reprise ( 5 minutes dans le verre) c’est encore meilleur.

 

Clos Windsbuhl Vendanges Tardives Gewurztraminer 2005 – Domaine Zind-Humbrecht – TRES BIEN

Nez d’eau de vie de framboise

Bouche citronnée, belle bouche souple.

 

Altenbourg Sélection de Grains Nobles Gewurztraminer 2010 Domaine Weinbach – EXCELLENT

Nez discret, bouche déployant sur une grande longueur une grande complexité sur des arômes lactées, puissant, riche mais cristallin.

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 Des trois vins de surmaturité j’ai nettement préféré le premier, moins écrasé par le sucre quand même. Je me projette à table et surtout si mon verre était rempli, est-ce que j’en voudrais encore ? Même pour des grands vins, c’est parfois difficile.

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S’en est suivi un échange d’idées … un grand vigneron présent pense que le grand vin, c’est une question d’humilité et d’humanité. C’est très sympa de le dire, dans ce monde où même l’amateur de vin est sommé de ne parler que de succès, chiffres, marketing, et de briller !!!  

Certains semblent d’accord sur le fait qu’il y a un cruel manque de culture du vin d’Alsace … ( heumm …)

Conclusion : Ce dixième anniversaire était un festival de vins sublimes, superbes, excellents, dans des trios bien pensés et cohérents, tout était parfait.

Le niveau était attendu comme étant élevé, eh bien malgré cela je n’ai jamais dégusté une série de vins avec autant de plaisir « TRES BIEN » , « EXCELLENT » et « EXCEPTIONNEL », Thierry Meyer nous a fait ici un très, très beau cadeau, avec une des plus belles séries de vins qui m’ait été donnée de déguster. Merci infiniment à lui pour ce superbe moment qui restera dans nos mémoires.

Champion de la série, meilleur rapport qualité / prix : Riesling Grand Cru Pfingstberg Paradis 2005 – Domaine François Schmitt – EXCELLENT

Le plus Grand Vin de la série  : Grand Cru Altenberg de Bergheim 2005 – Domaine Marcel Deiss

Le meilleur Domaine ! Le Domaine Weinbach qui place des vins d’exception, et qui le fait presque dans la discrétion, avec une régularité magisterale c’est une grande valeur sûre !

Une mention particulière au Trimbach Clos Ste Hune VT 1989, superbe !

voir aussi les billets de …

Pierre  http://pierre-radmacher.e-monsite.com/pages/degustations/oenotheque-alsace/masterclass-exceptionnelle-les-10-ans-de-l-oenotheque-alsace.html

et StéphaneW sur  http://www.stephanew.com/2016/09/masterclass-anniversaire-de-l-oenotheque-alsace.html

 

 

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Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – La Viticulture 1 travaux de la saison viticole

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle de l’ouvrage encyclopédique. Publiée en 1958, cette œuvre monumentale posait les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace, et fait référence encore aujourd’hui …

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Les sources sont ici encore les archives des abbayes lorsqu’elles nous sont parvenues. En effet les meilleurs vignobles étaient détenus par des ordres religieux, qui faisaient travailler des fermiers. Chaque Abbaye édictait son calendrier des travaux de la vigne, tout comme de nos jours les caves coopératives rythment la viticulture. Sauf que ceux qui travaillaient la vigne ne faisaient pas ce qu’ils voulaient.

Au 9ème siècle déjà, les travaux de la vigne sont bien ordonnés : dans les archives de l’abbaye de Wissembourg, Médard Barth va trouver les premiers écrits concernant la viticulture en Alsace. On y trouve les travaux suivants : les termes en latin sont les termes anciens, les autres ont été répertoriés plus tard.

Putatio = Schnitt = tailler
Fodere = Hacken = piocher
Courber
Vincire = Binden = Attacher (Au fil du temps pour attacher la vigne, on utilisait le saule, puis les lanières de cuir, et enfin le plastique, le raphia et le fer)
Heften (palisser ?) les plus grands plants
Fodere denuo = rühren = labourer
Erbrechen – ébourgeonner

Effeuiller
Vindemia = Weinlese = vendanger
Ôter des tuteurs

Recouvrir les pieds pour les protéger du froid hivernal…cette mesure n’apparait qu’une fois dans les écrits, à savoir soit les enfouir sous la terre soit les entourer de paille. Mais ailleurs, on précise que le vignoble alsacien n’a pas besoin de cette protection au contraire de celui du Wurttemberg…(p100)

La fertilisation on trouve dans les contrats de location de l’Eglise St Georges de Haguenau pour ses vignes à Ettendorf : Il s’agit de fertiliser le pied tous les 5 ans. La fertilisation doit se faire en rotation. A raison de 8 chariots de fumier par an, il fallait immédiatement recouvrir celui-ci afin que l’ammoniaque ne s’évapore pas.

L’abbaye de Muri en Suisse (les Suisses possédaient beaucoup de vigne en Alsace) qui possédait des vignes à Rouffach et Pfaffenheim, précise que :

« chaque exploitant doit épandre chaque année 7 charrettes de fumier sur ses parcelles, ensuite tailler et attacher, piocher la terre à deux reprises, replanter là où cela est nécessaire, clôturer et surveiller les parcelles, et fournir les tuteurs. Quand le raisin est mûr, il doit faire surveiller les parcelles à ses frais. Celui qui à Pâques n’a pas taillé et labouré sera frappé d’amende ainsi que si à la Saint Jean il n’aura pas piocher deux fois ni attaché ». Dis-donc, ça ne rigolait pas à cette époque ! Les écrits font la différence entre les parcelles clôturées et les autres, en gros les parcelles clôturées sont celles des vins à forte valeur ajoutée.

1354 : Selon les archives du Dinhoff de Sennheim (1354), qui appartenait à l’abbaye de Oelenberg, les travaux de la vigne commençaient lors de la Messe des Lumières (LichtMess). La saison devait se dérouler comme suit : Schneiden = tailler / Sticken = enfoncer les tuteurs / Binden = attacher ,  Volbanden = Biegen = Courber

Le prédicateur mystique Tauler (1290 – 1360) décrivit les travaux de la vigne : « Le viticulteur commence par tailler les anciens bois, car s’il ne faisait pas ainsi, il obtiendrait un méchant vin acide. Et pour tailler une méthode sage est de retenir son couteau, de bien observer ce qui doit être coupé avant de le faire, « Halte still das Messer, bis das du schauest, was du zu schneiden hast» .  Ensuite on recourbe le bois du haut vers le bas, on l’attache à de solides pieux afin qu’il se tienne en hauteur. Ensuite on bute les pieds avant d’ôter les mauvaises herbes. Plus tard, quand le soleil a rendu le raisin fin, on ôte les feuilles afin que le soleil frappe les baies afin qu’ils soient fruités. »

(P99) Plus tard, en 1438, la Weinordnug de Colmar, sorte d’édit viticole est rédigée, mais n’apportera rien de substantiellement nouveau.

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On le constate, les gestes actuels du viticulteur étaient déjà bien présents, les évolutions ne sont pas révolutionnaires depuis l’apparition de la vigne en Alsace. Les pieux (un pieu / pied) ont été remplacés par des lignes de fil de fer, le tracteur a élargi les rangs, et les pieds de vigne sont aujourd’hui trop haut perchés comme des girafes, voilà quelques différences mais globalement, on retrouve évidemment les mêmes gestes.

 

 

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Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – Les cépages Alsaciens selon Metzger « Der Rheinische Weinbau » en 1827

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle du livre de Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass », littéralement « le vignoble d’Alsace » ouvrage encyclopédique qui pose les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace publié en 1958 et qui fait référence encore aujourd’hui …

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En 1827, Metzger « Der Rheinische Weinbau », listait les cépages plantés en Alsace en 1820. Parmi ceux qui n’ont pas encore été cités précédemment, on peut lire :

Blauer Trollinger, Trollinger bleu, dénommé Bockshoden dans le Haut-Rhin, Schliege dans le Bas-Rhin, petit raisin, vin mauvais ;

Schwarzer Tokayer, dénommé Schwarzer Hünsch dans le Haut-Rhin, ou encore Rothinschene du côté de Wissembourg ;

Krachgutedel = Krachmost ;

Pariser Gutedel, ou Gutedel parisien, qui donne un vin merveilleux raisin de table ;

Roter Gutedel,

Gleber Elbling – Elbling  Jaune = Kleinburger = Hartalben,

Silvaner, encore appelé Silvaner vert, originaire d’Autriche ;

Schwarzer Färber, denommé Bayonnais en Alsace ;

Weisser Wälscher, de la famille des Orléans, donne un vin cher et fort vin blanc.

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Le jeu des 3 familles

Le vin est issu de trois familles de professionnels du vin. Les points forts et points faibles des trois familles du vin pour le consommateur que je suis …

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 Le vin continue de cultiver l’image d’un vieil homme sage aux mains calleuses qui fait du vin dans sa cave dans des vieux tonneaux, avec pour seule arme son amour de la terre et la connaissance transmise de génération en générations…mais la réalité est toute autre. Aborder cette autre réalité impose de connaitre les trois familles professionnelles du vin.

 

3 familles dans le vignoble :

  • Les vignerons: on dit parfois « vigneron-récoltant », ce sont des propriétaires de vigne qui cultivent leurs vignes (et celles qu’ils louent), ils vinifient et vendent leur propre production, à l’image du maraîcher qui vient vendre ses propres tomates et salades sur le marché. Ils sont très souvent affiliés aux « Vignerons Indépendants », qui comptent 700 adhérents en Alsace ; Ce sont généralement des petits producteurs, qui exploitent en moyenne … 10 hectares selon leur syndicat mais ça me semble beaucoup; Evidemment ce ne sont généralement pas des « petits » vignerons qui travaillent tout seuls, pour la plupart ils font travailler des ouvriers.
  • Part de marché : 20%, près de 90% des ventes sont faites en France.
  • Points faibles : Ils manquent souvent de compétences en matière de travail en cave, qui a beaucoup évolué ces 20 dernières années. On ne fait plus du tout du vin comme les grands pères. Du coup on y trouve beaucoup de vins très moyens.
  • Points forts : Ils produisent le raisin et le vin qu’ils veulent, et ils ont le choix de produire une matière première (le raisin) de grande qualité. De fait on y trouve les plus originaux des beaux vins.
  • Pour l’amateur : Il faut choisir très minutieusement ceux qui maîtrisent leur métier. Seuls quelques-uns (moins de 50) sont dignes de confiance. Faire attention aussi aux vins « nature » pas toujours maîtrisés, qui sont aussi situés dans cette catégorie.

 

Les caves coopératives: Elles sont encore 11, elles étaient des dizaines. 2700 viticulteurs (donnée 2011) font pousser le raisin et l’apportent à leur cave coopérative. Là-bas des salariés vinifient puis vendent le vin. Exemples connus par les amateurs : Wolfberger, Cave de Ribeauvillé.

  • Part de marché : les caves coop représentent 40% du marché du vin, et 30% des Grand Crus, sur un marché essentiellement national.
  • Points faibles : Les coopérateurs ne sont souvent pas des professionnels de la vigne, et même s’ils doivent suivre des cahiers des charges, n’arrivent souvent pas à fournir des matières premières (le raisin) de grande qualité. A l’inverse, la coopérative est obligée de prendre les raisins de ses coopérateurs ;
  • Points forts : Ils disposent d’infrastructure de cave modernes et d’œnologues professionnels. De fait on y trouve des vins techniquement bien faits.
  • Pour l’amateur : Ça manque de belles matières premières, du coup on a affaire à des vins légers et standardisés, sans vraie personnalité. Peu d’intérêt pour l’amateur.

 

Les négociants qui, comme le terme l’indique, achètent du raisin auprès de 2000 viticulteurs ou vignerons, le vinifient puis le vendent. Ce sont 34 entreprises qui sont généralement aussi propriétaires de vignes. Exemples : Hugel, Trimbach

  • Part de marché faibles : 34 entreprises, 40% de part de marché, ils représentent 50 % des exportations de vin d’Alsace, et 30% des Grand Crus.
  • Points faibles : On trouve de tout, il ne faut pas déroger aux règles et viser les quelques « bons » négociants.
  • Points forts : Ils disposent d’infrastructures modernes et d’œnologue professionnels triés sur le volet, ils sont libres de choisir les matières premières (raisins) les plus belles, et libres d’orienter la production des vins sans tenir compte des volontés de leurs « apporteurs ». On y trouve beaucoup de vins très bien faits, et quelques-uns des vins phares du vignoble. Cette famille professionnelle exporte beaucoup, elle est donc confrontée à un haut niveau d’exigence.
  • Pour l’amateur : Des valeurs sûres. Les amateurs connaissent tous les négociants qui produisent quelques-uns des plus beaux vins d’Alsace, dans un style plus résolument classique qui ramène toujours aux fondamentaux.

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Ces trois familles professionnelles représentent des grosses entreprises et aussi beaucoup de familles. Elles évoluent soit dans un marché local, ou sont confrontées aux marchés d’export ; Vendent beaucoup à des restaurants ou pas du tout ; Sont confrontés à l’obligation prioritaire d’écouler leurs stocks chaque année tandis que d’autres sont des artistes du vin qui sont parfois très demandés ; etc … à chaque fois, ce sont des exigences différentes, des intérêts différents et divergents même. On imagine sans mal les querelles que ça génère.

Chaque famille professionnelle s’adresse à sa famille de consommateurs. Le vin est un produit comme un autre qui se décline en catégories, comme le thé ou les vélos par exemples, on trouve le bas de gamme (en supermarché) et le top (en magasin spécialisé). On ne s’étonne donc pas vraiment que l’amateur de vin ne parle pas des vins de supermarché, tout comme l’amateur de quelque passion particulière ne fait pas de comparatif de produits de supermarchés.

Cependant, les amateurs de vin ont parfois tendance à dénigrer systématiquement les vins des grosses structures, reprenant parfois à leur compte le discours de certains petits vignerons hargneux. J’en faisais évidemment partie, mais c’est une erreur.

Pour l’amateur, pour ne pas se tromper on ira dans les grandes maisons de négoce; Puis dans les structures familiales de vignerons qui vendent beaucoup à l’export, garantie d’un suivi qualitatif par l’exigence des clients étrangers ; Enfin, l’amateur évitera les vins dont les prix s’envolent, il en existe d’autres qui offrent des rapports qualité / prix autrement plus corrects.

Enfin, les caves coop n’apparaissent presque pas dans les caves des amateurs de bons vins, ça n’est pas du dénigrement mais simplement une conséquence. Je vais néanmoins en parler bientôt … A suivre …

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Medard Barth Der Rebbau Des Elsass – Inventaire des cépages alsaciens au temps de la Révolution selon Ortlieb

Cette série de billets est issue de ma lecture parfois très personnelle du livre de Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass », littéralement « le vignoble d’Alsace » ouvrage encyclopédique qui pose les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace publié en 1958 et qui fait référence encore aujourd’hui …

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Inventaire des cépages au temps de la Révolution selon Ortlieb

 

On doit à Ortlieb de nous avoir laissé un petit inventaire de cépages, datant de  1789. Il écrit qu’on peut acheter des plants de :

 

Klein Raüchlinger (qui l’eut cru ?)

Thalburger – Pinot de la Vallée

GrünEdel – vert noble

GutEdel –  Bon noble

Grosse Raüchlinger

Riesling – Russlinger

Bajaner (Bajoner, de Bayonne)

Gemeine – Commun

Thalrote –  Rouge de la vallée  

Tokayer – Tokay

Frauentraube – Raisin des femmes

Grosse Italiener – Grand Italien

St Jakobstraube – Raisin de St Jacques

RotEdel – Rouge Noble

WeissEdel – Blanc noble

SüssEdel – Chasselas

Burgunder – Pinot

Weisse Muskat – Muscat blanc

Rote Muskat – Muscat rouge

Graue Muskat – Muscat Gris

Schwarze Muskat – Muscat Noir

 

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