L’Altenberg de Wolxheim, 43 vins, 9 producteurs et l’expert du vin d’Alsace

Bruno Schloegel réunissait ce Jeudi 20 Avril une verticale de 43 vins du Grand Cru Altenberg de Wolxheim de 9 producteurs commentée par Thierry Meyer. En démontrant une fois de plus que ce terroir est grand, que le vin de grand terroir se conserve très bien, elle a permis de dessiner les contours de l’Altenberg de Wolxheim. Extrêmement intéressant et instructif !

 

Les protagonistes

Si l’on veut apprécier un grand cru, il faut commencer par le connaître. Logique, non ? Pourtant ce n’est pas si évident. Bruno Schloegel, du Domaine Clément Lissner, fait un travail formidable pour la valorisation du terroir.

Notamment, il a réunit vins et vignerons pour une superbe démonstration du potentiel de l’Altenberg de Wolxheim, AW pour les pressés. Entre 2007 et 1972, nous avons dégusté une quarantaine de vins réunis et apportés par les vignerons du village qui ont donc permis de donner corps à cette dégustation. Nous avions notamment 4 vins de 2001, et 5 de 1999, 4 sur 1997, très intéressant car de 15 à 20 ans, c’est aussi le bon âge pour un grand vin.

Les vins et les vignerons : Nous avions là les vins du domaine Lissner évidemment, mais aussi ceux de la cave coop de Dagobert, des domaines Dischler, Joseph Gross, André Régin, Joseph Scharsch, Jean-Bernard Siebert, Laurent Vogt, et Zoeller, par ordre alphabétique. Ces derniers ont joué le jeu et c’est donc d’abord un BRAVO ET MERCI qu’il faut leur adresser, collectivement !

Pour commenter :  Thierry Meyer, ci-devant le meilleur dégustateur de vin en Alsace, dégustateur pour Bettane et Desseauve pendant plusieurs années, qui officie pour Decanter actuellement, est aussi une mémoire vivante du vin d’Alsace. Thierry Meyer l’a souvent proposé, et l’a répété ici : « un terroir, il faut le goûter sur différentes années et différents producteurs, à différents moments, et regoûter ». Oui, car c’est ainsi que se dessinent les dénominateurs communs d’un terroir, sa carte d’identité.

Enfin, j’étais le seul amateur de vin dans l’assemblée, j’ai trouvé cela dommage. Enfin, comme c’est désormais devenu une habitude, je ne vois pas la valeur ajoutée de publier de longues listes d’analyse d’autant que je suis juste un amateur, j’additionne donc mes impressions gustatives à la base communautaire vivino.com.

 

Le vin de terroir, c’est d’abord le fruit mûr !

Les amateurs de grand vin en reviennent TOUJOURS aux mêmes conclusions : la pierre angulaire d’un grand vin est la maturité physiologique du raisin. L’expert Thierry Meyer l’exprimait bien ce soir-là  » selon les millésimes, froids ou chauds, précoces ou tardifs, à botrytis ou non, plus humide ou plus sec, le choix de la date de vendange joue beaucoup. Et on se rend compte dans le vieillissement que les moindres imperfections dans la recherche et l’obtention de la maturité parfaite du raisin provoquent des différences importantes dans le goût du vin ».

Pour produire un grand vin, tout le travail du vigneron tourne autour de cet objectif, que ce soit avant, après, et pendant ce point névralgique. Evidemment, ce n’est pas le même travail pour un vin plus modeste, tout comme on attend une qualité de fabrication élevée pour une viande de race maturée, tout comme on attend une excellence d’un restaurant étoilé.

La dégustation a également montré – combien de fois faut-il répéter cela ? – que le vin de terroir se garde, et tout autant en Alsace qu’ailleurs ! … Et un vin qui prétend au « Grand Cru » se doit de posséder les aptitudes et qualités du vieillissement, le vigneron va donc lui donner toutes ces et ses chances.

Le souvenir de ce Muscat 1997 du domaine Siebert m’est resté dans le nez jusqu’au lendemain soir ! Au nez des arômes de fleurs, très naturels et d’une finesse infinie, et une bouche ample, généreuse d’une élégance rare, et une longue longue finale sur les épices constituent un vin extraordinaire !

On ne trouve jamais cette magie avec des vins jeunes, j’en suis désolé ça n’existe simplement pas ! Ces vins qui nous marquent aussi longtemps et aussi fortement, c’est un émerveillement, on entre dans l’instant présent ! Tout ça avec 2 centilitres de vin ! …

La carte d’identité de l’Altenberg de Wolxheim

Ce qui est important dans un vin de terroir, c’est le GOÛT ! Et chaque terroir possède son propre goût, combinaison de sensations gustatives et tactiles et émotionnelles uniques pour chaque terroir.

La carte d’identité commune du Grand Cru Altenberg de Wolxheim pourrait être un vin corpulent, avec ce côté opulent, gras, ample, une bouche qui se déploie vite, en largeur et en profondeur, avec de très belles acidités qui prolongent la finale vraiment très longue, une salinité toujours présente sans être envahissante, et avec des épices omniprésentes.

On n’est pas du tout sur un vin aérien pour poisson grillé ou autres stéréotypes du vin d’Alsace. On ne tire pas non plus sur les amers des marnes.

L’Altenberg de Wolxheim, avec sa bouche charnue et son équilibre est un vin de grande gastronomie, à ouvrir avant de passer à table et à boire sur un grand nombre de plats eux aussi charnus ! Pas timide, le vin aura tendance à se faire remarquer ! il aime montrer ses muscles et te dis « tu peux venir,  je suis l’Altenberg de Wolxheim » comme l’exprimait bien Bruno Schloegel ce soir-là.

Une ambition collective pour réveiller une grande réputation ?

Aujourd’hui, l’AW n’est pas le Grand Cru le plus couru, c’est un fait. Mais c’est ensemble que l’on est fort, et les vignerons de Wolxheim ont à leur disposition de beaux atouts.

Les références historiques du vignoble de Wolxheim sont innombrables et Médard Barth cite Wolxheim 54 fois dans son livre « Der Rebbau des Elsass« , voir ce petit condensé à propos du vin de Wolxheim dans l’Histoire : ICI Ce n’est donc pas une réputation volée, loin de là.

Ensuite, on souhaite que les vignerons soient eux-mêmes convaincus que l’Altenberg est un grand terroir de grand vin, et n’en doutent jamais, et on les encourage à laisser leurs vins devenir grands ! Nous avions en effet ce soir un taux de vins bouchonnés ou oxydés assez élevé. Ceci pourrait indiquer que leurs géniteurs ne pensaient pas qu’ils allaient franchir les décennies ? Idem pour les beaux Muscat qui ont été (?) arrachés ?  Ca reste des questions ouvertes bien sûr, on ne va pas blâmer les anciens, mais ils produisaient de très beaux vins qui méritaient un grand soin dans la mise en bouteille et le vieillissement.

C’est aussi une excellente idée d’inviter un expert « extérieur » tel que Thierry Meyer. Car cela permet une approche d’un vrai expert qui connaît et aime l’Alsace, qui connait pour de vrai la mosaïque des terroirs alsaciens, les millésimes, et possède une mémoire phénoménale … tout  en dépassant les poncifs de cépage tout autant que la standardisation de la dégustation du vin d’Alsace. C’est facile d’inviter un sommelier qui déblatère son laïus, c’est un vrai plus d’avoir les commentaires de T Meyer.

Le fait de réunir une telle série et de la proposer à tout à chacun est une claque aux autres Grands Crus, lesquels n’organisent jamais ce genre d’évènements. Bravo donc à Wolxheim !

Amateur, client et gosier final

Mais aussi, l’absence des amateurs de vin montre le chemin à parcourir. D’eux-mêmes, les amateurs ne s’intéressent pas encore autant au vin de Wolxheim qu’à une soirée de jazz apéritif dînatoire. On venait pour le Domaine qui organise (Lissner en l’occurrence), on ne revient pas encore pour l’Altenberg de Wolxheim …

Les amateurs de vin sont subjectifs et ils ont leurs croyances (j’en fais partie je pense avoir le droit d’en parler), car le vin c’est d’abord des sensations, des émotions, et donc subjectif ! Voir cette réflexion clic. MAIS on l’a vu encore récemment avec la dégustation des 18 Schlossberg de 4 vignerons sur 5 millésimes qu’un grand amateur d’Alsace nous a servi récemment, c’est par la diversité de l’expression (donc différents producteurs ambitieux), d’une même trame gustative (d’un cru) que va se déployer une réputation de grand vin.

Et comme par hasard on rejoint le  » différents millésimes, différents producteurs » et, surtout,  le vin de raisin mûr … Les amateurs ne sont pas fermés, tout est possible !

Un avenir ouvert

En forme de conclusion on peut dire que la marge de progression des vignerons de Wolxheim est belle. Pêle-mêle, c’est … une Histoire à mettre en valeur ; un dialogue à poursuivre dans l’élévation de la qualité du vin par la maturité du raisin ; exploiter la proximité de Strasbourg ; les sites internet des vignerons représentés sont bien faits ; enfin, sans vouloir donner de leçon, une suggestion serait de travailler les étiquettes 🙂

Un grand MERCI et Bravo pour cette magnifique série d’Altenberg de Wolxheim. !!!


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