L’histoire du cadeau au Roi du Danemark, 1425

M Claude Muller, historien et amoureux du vin d’Alsace, donnait à Wolxheim une conférence ce Mardi 21 Mars 2017. Il nous a illustré la splendeur passée du vin d’Alsace au travers de l’histoire (vraie) d’un cadeau au Roi du Danemark, en 1425…

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Konrath von Weinsberg et le cadeau du Roi du Danemark

En 1425 à Stuttgart, Weinsberg est diplomate pour l’Empereur du Saint Empire Romain Germanique, qui était la première union européenne si vous voulez. Il est chargé par ce dernier de préparer sa visite auprès du Roi du Danemark, qui aura lieu l’année suivante ; Il est donc chargé entres autres de préparer le cadeau que l’Empereur offrira à ce Roi.

Parmi les biens les plus prestigieux, le vin. Il se met donc en route pour la région de l’Empire où le vin est réputé excellent : l’Alsace ; Il se rend à Ribeauvillé, la référence durant presque tout le Moyen-Âge. On imagine sans peine qu’il est accompagné d’un des négociants les plus réputés en matière de vin ;

Arrivé là-bas, il y achète donc le célèbre « vin de Ribeauvillé ». Il l’achète en primeur, c’est-à-dire à l’avance, et paye comptant. Il faut un contenant à ce futur vin, ainsi il commande également 30 tonneaux auprès d’un tonnelier de la ville. Nous connaissons donc la quantité de vin commandé.

Et puis il se rend à Bâle, le plus grand port sur le Rhin supérieur, pour y faire construire un navire en vue du transport des 30 tonneaux. Et puis il retourne chez lui. Quelques mois après, lorsque le vin est prêt, commence alors le périple du vin …

Le vin comme les autres marchandises est transporté sur les cours d’eau. Et le cours d’eau principal, c’est l’ill. Les tonneaux sont conduits jusqu’à Sélestat où coule l’ill, à seulement quelques lieues de Ribeauvillé. Evidemment, il faut payer les convoyeurs. A Sélestat, le vin est regroupé au Ladhof (dont on peut encore voir la tour aujourd’hui), à savoir le quai de chargement, où évidemment on paye l’enregistrement de la marchandise, et le chargement sur les pinasses, ces barques à fond plat.

Le tarif dépend de la provenance du vin. La grille tarifaire comprend 3 catégories. Le vin de Ribeauvillé est le plus fortement taxé, avec 12 shilling par tonneau contre 6 pour le vin de Kaysersberg ou seulement 3 pour celui de Nothalten.

Le convoi prend le cours de l’ill et va devoir payer son dû à hauteur du péage de Fegersheim, autre point de regroupement de marchandises où se formait déjà des bouchons au Moyen-Âge, les locaux comprendront.

Enfin, le chargement arrive à Strasbourg, grande place commerciale et une des 4 plus puissantes villes de l’Empire, et reliée au Rhin.

Le vin est déchargé à l’aide des fameuses grues à la grande Douane de Strasbourg.  Evidemment, sont perçues là les taxes diverses. On y paye le grutier, les ouvriers qui déchargent les tonneaux, évidemment on paye aussi la taxe d’enregistrement, celle de l’entreposage, et la taxe pour la ville, etc …

Avec quel argent croyez-vous qu’on a construit cette magnifique Cathédrale ?

Aparté : Ce n’est donc pas en se repliant sur soi, en rejetant  » l’autre  » qu’on fait du commerce comme on en faisait à cette époque … mais c’est en s’occupant de maintenir et de perfectionner ce qu’on maitrise soi-même, son propre savoir-faire, et en s’enrichissant du savoir et du savoir-faire de  » l’autre  » pour lui vendre ce que, lui, désire.

Arrive en même temps le fameux navire construit pour le chargement des tonneaux, celui qui vient de Bâle, rappelez-vous. Ce bateau reste à hauteur du Rhin, à quelques encablures seulement de Strasbourg, par lequel on accède par un canal creusé, le Rheingiessen (qu’on peut encore suivre dans la Krutenau).

La marchandise part donc enfin sur le Rhin, et vers Brême, c’est loin ! En passant par Mayence et Cologne, grandes places de commerce. Sur ce trajet, on devra régler les frais des 22 péages !

Ce bateau arrive jusqu’à près de Brême, ville Hanséatique. Les tonneaux sont déchargés sur des chariots pour les amener jusqu’à Brême.

A l’endroit où le bateau est déchargé, il est revendu sur place. Le négociant vend également 3 tonneaux. Avec le produit de cette vente, tous les frais engendrés depuis le début de l’opération sont remboursés.

Reste donc 27 tonneaux. A Bremen, il offre 3 tonneaux à la ville, et met 3 tonneaux de côté pour le Roi du Danemark. Il lui reste donc encore 21 tonneaux pour son propre business ! L’opération est donc plus que rentabilisée pour un dixième de la marchandise. Le vin est un produit de spéculation à très forte valeur ajoutée.

Est-il besoin de faire une conclusion ? …

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Un commentaire pour L’histoire du cadeau au Roi du Danemark, 1425

  1. Ping : Medard Barth der Rebbau des Elsass – les vins de la merveilleuse Alsace et son commerce – le bon vin et le vin ordinaire | Le blog vin d'Alsace d'Eric Langermann

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