Visite en Pfalz – Novembre 2015

Visite en Pfalz

Le vignoble du Palatinat est plus proche que le coeur vignoble alsacien pour bon nombre de Bas-Rhinois, dans un paysage similaire avec de jolis coteaux adossés aux collines et des jolis villages vignerons.

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Nous avions dégusté une belle série de vins du Palatinat avec le club AOC de la Wantzenau. Nous savions que les vins allemands sont bons, notamment ceux de la Mosel ou du Rheingau. Mais lors de cette première virée dans le Palatinat, nous n’avons pas seulement trouvé un beau vignoble mais nous avons pris une claque.

Une proche cousine

Le vignoble du Palatinat commence tout de suite au Nord de l’Alsace. Les coteaux de Wissembourg sont déjà dans le vignoble du Palatinat d’un point de vue géologie et climatologique.

Ce vignoble de 23000 hectares prend forme sur les pentes des collines douces de la forêt du Palatinat, le Pfälzer Wald. Les sols sont variés comme en Alsace, les grès divers se retrouvent souvent dans les combinaisons pédologiques, et les situations topo-climatiques rencontrées ouvrent sur une variété de terroirs, et une variété de cépages, comme en Alsace. Les paysages sont très ressemblants, avec des jolis villages viticoles aux rues étroites.

Une hiérarchisation réussie

Une première réforme profonde des appellations allemandes avait mis l’accent sur une grille de lecture des vins analytique autour de la notion de sucrosité, les cépages restant un paramètre prioritaire. Une réforme récente a consisté à mettre en place une hiérarchie de terroirs. Changement très net de ton ! On y trouve des Grands Crus avec des délimitations très strictes et donc crédibles, des Premiers Crus, des appellations communales et enfin des vins génériques.

Une hiérarchie de la profession, aussi !

Parallèlement est née l’association des grands vignerons allemands « VDP ». Ces vignerons respectent un cahier des charges qualitatif, mais quand on dit qualitatif, ce n’est pas de la poudre aux yeux comme ailleurs, c’est du sérieux. Ils sont 200 en Allemagne et VDP est un gage de crédibilité, leurs vins sont fiables quels que soient leurs classifications.

Nouvelle classification

Grosse LageGrands Crus : Des délimitations qui sont celles du cadastre (et non des arrangements entre vignerons comme chez les voisins alsaciens…), un rendement maxi de 50 hl/ha, une vendange manuelle et sélective dans des caisses de 20 kilos maxi, au moins 90 Oechsle soit 12,2° d’alcool, des cépages définis, et surtout un profil gustatif défini pour chaque terroir, ce profil gustatif est vérifiable et vérifié sur la durée par des dégustations verticales, un contrôle permanent par une commission dédiée. Et le résultat est là.

Erste Lage – Les Premier Crus: Un rendement maxi de 60hl/ha, les cépages de la région viticole, pas de profil gustatif obligatoire, mais une caractérisation par le terroir.

Orstwein – Appellation Village. Ces vins de cépage doivent porter la caractérisation de leur origine, dans une expression qui doit rester « unkompliziert » accessible à tous.

Gutswein – Vin du Domaine. Vins de cépage avec un rendement maxi de 75 hl/ha.

Le vin un produit abouti !

Ce qui suit est valable pour les 4 domaines visités ce jour-là, tant ces qualités se retrouvent partout :

Aucun vin ne présente de sensations désagréables. Notamment, ils ne comportent pas comme beaucoup trop souvent ailleurs ce goût « smack-smack » de bave de crapaud qui tapisse le dessous de langue qui est très énervant.

La hiérarchie se retrouve dans le verre. Tous les vins sont vendus jeunes, ils s’ouvrent rapidement, dans les 2 à 3 ans. Tous se différencient les uns des autres, au nez et en bouche, avec une grande précision, une netteté qui rassure.

Les expressions en bouche sont toutes maitrisées, et les minéralités sont elles aussi variées. On retrouve les expressions des types de terroir dans le verre, avec une élégance qui suit la hiérarchie des terroirs.

Rien ici ne lasse ou ne dépasse, c’est digeste. Tous les vins restent digestes grâce à leurs taux d’alcool maitrisés, et quand on se retrouve parfois devant 13° d’alcool eh bien rien ne dépasse.

Un style défini : Les allemands ont définitivement tranché, les vins de l’espace germanique sont prioritairement des vins secs, sauf exceptions mentionnées. Les demi-sec restent rares et les vins en surmaturité sont des exceptions tant d’un point de vue du nombre que de leurs qualités.

L’accueil se fait dans des locaux adaptés et agencés avec soin et goût, entre tradition et modernité, on ne rechigne pas à la dégustation, c’est très pro, on parle anglais.

Les cartes sont lisibles et comportent des numéros pour que même les chinois puissent demander à acheter tel ou tel vin, moi je préfère le 1426 et toi tu as aimé les 1446 ?, la notion de terroir est toujours mise en valeur en premier, le cépage n’est une valeur forte que pour les vins de base.

La verrerie est de grande qualité, les sites internet sont très bien faits.

Les bouchages sont cohérents (capsule à vis pour les vins de base, liège pour les vins mieux classés), les bouteilles sont de bien meilleure qualité qu’en alsace, à savoir de la flute au verre très sombre, avec un col long, les étiquettes sont belles et allient tradition de modernité. Le tout donne une impression d’élégance et de sérieux.

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Le Vignoble

Situation : Sud-Ouest de l’Allemagne, adossé aux collines du Palatinat orientées Est-Sud-Est, le climat est semi-continental. La situation est comparable à celle du vignoble alsacien dont il est le voisin septentrional, le réchauffement climatique est peut-être un atout ?

Superficie : 23000 hectares produisant un peu plus de 2 millions d’hectolitres

Sols : La palette des sols est comme en Alsace assez variée. Les grès et les grès pierreux dans la Haardt, sablonneux en bas de coteau, Muschelkalk, Schists à Burrweiler, roche basaltique à Forst …

Cépages : Le Riesling occupe un quart de la surface, une dizaine d’autres cépages dont la Scheurebe, croisement entre Sylvaner et Riesling, le Sauvignon Blanc, et quelques cépages rouges comme le merlot et le Pinot Noir.

Les gens : 1520 Vignerons, 22 Coopératives Viticoles, 11 Coopératives Vinicoles. Les vignerons écoulent 34% du vin, les coopératives vinicoles 18% et le négoce en commercialise 48%.

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Müller-Catoir

Mandelring 25 67433 Haardt an der Weinstrasse

Tel : 0049 6321-2815,

weingut@mueller-catoir.de

https://www.mueller-catoir.de

Situé à une heure de route de Strasbourg, dans un joli village vigneron tel qu’on les connait en Alsace avec de petites rues propres et étroites, le domaine Müller-Catoir loge dans une belle demeure de style néoclassique. Ses 21 hectares sont situés autour de Haardt, cultivés en agriculture biologique. La vinification se fait généralement en cuve inox, quelques vins sont élevés en futs ou foudres. Dans la Haardt on trouve des concrétions assez variées à partir d’une majorité de grès jaune.

Nous sommes accueillis dans un « salon privé » avec meubles anciens et un pianoforte. Les verres de dégustation sont des légers et élégants Zwiesel. On nous a préparé une série de beaux vins sur-mesure pour le groupe qui s’était annoncé, mais on ne fait pas la tronche quand on demande à déguster encore d’autres vins, et on sort autant de verres qu’il est nécessaire, on parle anglais évidemment, l’accueil est très pro, la salariée connait parfaitement ses vins, les sols, les climats, le domaine…

La dégustation suit la hiérarchie et nous propose une bonne douzaine de vins pour une première approche. Les vins sont présentés selon leur type de sol et de situation climatique, même pour les premiers vins, et non pas par cépage. La carte présente les vins en 4 sections : 6 vins génériques, 9 vins en « villages », 7 premiers crus et 2 grands crus, et enfin 4 vins de surmaturité « Süssweine ».

Ce qui caractérise les vins Müller-Catoir ? c’est la droiture de leurs expressions, et des fraicheurs également très droites. Idéal pour ceux qui aiment les Riesling secs et droits.

Les prix sont très sages pour leur qualité, de moins de 10 € pour les vins génériques, de 11 à 12 € pour les appellations villages, de 16 à 22€ pour les Premiers Crus, et de 18 à 26 € pour les Grand Crus.

Enfin, la commande se fait en un clin d’œil avec tablette et l’imprimante crache discrètement la facture dans la foulée, et bien entendu on paye en CB et à table, pas au comptoir.

La commande est préparée rapidement, et le sourire est présent jusqu’au bout.

C’est pro, agréable, net, propre. Cette première visite est enthousiasmante et toute la prestation correspond pleinement au rang de cette maison réputée. On est loin du caveau alsacien parfois mal chauffé avec un comptoir qui date, avec souvent le verre INAO, les vins parfois trop froids ou trop chauds servis par cépages, le vin « comme une vété mais qui n’est pas aussi cher car simplement pas déclaré car on a raté la date de déclaration» (mon cul!), le calepin format 7X 13 pour établir la facture.

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BASSERMANN-JORDAN

www.bassermann-jordan.de

Kirchgasse 10, 67146 Deidesheim, Allemagne TEL+49 6326 6006

info@bassermann-jordan.de

Il n’est pas encore midi, alors nous filons à Deidesheim et improvisons une visite non prévue au programme et nous poussons la porte du domaine Bassermann-Jordan.

Nous entrons là aussi dans un caveau alliant modernité et tradition, dans une présentation classieuse moins chiadée que précédemment mais tout autant personnalisée : nous avons trouvé partout des caveaux modernes et dont l’impression visuelle correspond aux vins et aux personnalités des propriétaires.

Le jeune homme qui nous sert connait parfaitement ses vins et son domaine, tout comme la jeune femme dans le domaine précédent, et pourtant là aussi il s’agit d’un salarié ! En fait je pensais qu’il s’agissait du propriétaire ou de son fils, comme précédemment, tellement les interlocuteurs étaient pros, ils gèrent les clients à leur guise alors que les propriétaires des lieux passent tout à côté ou disent bonjour ce qui montre la confiance que leur font leurs patrons.

L’étiquette de la maison date de 1811 et est parfaitement actuelle ! Elle représente d’ailleurs une scène d’un Empereur Romain. Ici aussi, on distingue les crus par climats comme en Bourgogne. Le domaine est en bio et le commercial connait les vins français, il y a voyagé, il sait en parler, il connait et a déguster les vins de ses collègues etc.. il sort de chez lui, et pourtant il n’est pas le propriétaire.

Bassermann-Jordan s’étend sur 49 Hectares, dont un tiers les 6 Premiers Crus et 7 Grands Crus (vendus par souscription). Chouette cartographie interactive : clic

Ce qui caractérise les vins Bassermann-Jordan ? Chez Bassermann-Jordan, nous confirmons nos impressions de précision et d’expressions propre à chaque cuvée. C’est vraiment impressionnant. Nous trouvons ici des jolis vins, des vins beaux, tantôt plus masculins ou féminins, jeunes ou plus matures, c’est ainsi que j’ai envie de définir cette famille de vins. Là aussi, comme dans le domaine précédent, la France est citée en référence pour la qualité de son vin, mais là aussi on dépasse largement le modèle dans la mise en œuvre de celui-ci.

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Dr WEHRHEIM

Dr Wehrheim

Weinstraße 8, 76831 Birkweiler, Allemagne

+49 6345 3542

weingut-wehrheim.de

Situé pus au Sud, à l’entrée de la vallée de la Queich, nous trouvons un tout autre paysage, plus doux, dans un autre domaine VDP, Dr Wehrheim.

Le domaine de 17 Hectares en bio et biodynamie produit des vins sur 2 Premiers Crus et 2 Grands Crus. Ici, nous avons eu plus de mal à apprécier les vins. D’abord, nous étions après déjeuner, et surtout, pas de Riesling à déguster en Novembre. Difficile, donc, mais en tout cas le Pinot Blanc « weissburgunder » peut produire de très beaux vins, et le Pinot Gris peut accoucher de beaux vins secs et très joliment torréfiés. Nous avons dégusté un Cabernet Sauvignon qui peut se mesurer à bien des châteaux Bordelais, chapeau ! Une visite un peu écornée qu’il faudra reprendre plus en profondeur. Là aussi comme ailleurs un beau site internet, avec de jolies fiches pour chaque terroir, comme ici par exemple : CLIC

 

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Dr Buercklin Wolf

https://www.buerklin-wolf.de

Weinstraße 65, 67157 Wachenheim an der Weinstraße, Allemagne

Tel : +49 6322 95330

Nous arrivons tardivement hélas au Domaine Bürcklin Wolf. Mais nous sommes récompensés de notre patience car nous avons droit ici à un cadre d’accueil exceptionnel et les vins les plus « français » au goût tout en étant produits et conditionnés dans la haute qualité citée plus haut.

Le domaine familial de 85 hectares !!! est en biodynamie et seul domaine du Palatinat adhérent à Biodyvin. Le domaine compte pas moins de 9 Grands Crus, et 6 Premiers Crus, voyez donc la cartographie ici : clic

Ce qui caractérise les vins Bürcklin Wolf ? Une vinification longue associée à la biodynamie est peut-être à l’origine de ces vins à la fois précis, très salins, mais aussi pleins de ce grain caractéristique.

En tout cas ce sont des vins qui parlent, qui causent même beaucoup, on est loin de l’austérité des plus stricts Riesling, MAIS on est tout aussi loin des flottements de milieu ou fin de bouche de nombre de vin dits vivants. A mon avis on atteint là une sorte d’équilibre parfait dans la famille des vins qui sont très parlants, un parti prit assumé par la maison. Nous avons ici certainement aussi le plus de soyeux et de charme. Bref, des vins à ne pas mettre entre les dents des plus rigoristes mais pour les moments de joie et de plaisir bavard !

Ici la Vinotäkerin Regina Görg nous a scotchés en l’espace d’une demi-heure, avec une petite suite de vins tous plus superbes les uns que les autres. Il faudra vraiment revenir dans ce domaine pour compléter la dégustation.

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Que retenir ?

Perso, j’ai prit une claque. Certes nous n’avons pour l’instant visité que 4 domaines, mais je ne pense pas que nous soyons tombés sur les 4 seules exceptions des vignerons en VDP de cette région viticole allemande, d’autres sont à découvrir. Sans parler de la Mosel ou du Rheingau…

Je confirme une fois de plus mes impressions déjà exprimées ici des vins allemands purs, nets et digestes. Dans le domaine de l’élégance, ils n’ont plus rien à envier aux Français, car leur digestibilité ouvre sur leurs qualités intrinsèques, ils n’ont pas besoin d’en rajouter (c’est un net avantage pour des vins « fins »).

Autre point à souligner, les premiers vins des tarifs sont déjà nets et précis, sans bavure, pas besoins de monter en gamme pour trouver des beaux vins, c’est la complexité qui grimpe de façon linéraire. Les prix ne sont pas plus chers qu’en Alsace dans des domaines de la même catégorie.

L’Alsace n’est pas une île, attention !

Nous sommes cependant dans la crème des vins allemands, dans les vignerons classés VDP, à comparer au top 20 alsacien. Pourquoi je compare ces vins aux alsaciens ? Nous sommes dans le même style de vins, cépages, vinifications, tout comme d’autres régions de vins germaniques. On a bien ses préférences parmi toutes les régions du Bordelais, ou de la Vallée de la Loire, mais ce n’est pas parce qu’une frontière coupe l’Alsace viticole de ses cousines germaniques que cela en ferait une île…

Avec un accueil d’un niveau nettement supérieur, la claque est parfait et on ne peut que s’incliner. Autrefois l’Alsace faisait souvent office de locomotive dans vins germaniques. Force est de constater que ce n’est plus le cas et ce ne pourrait plus être le cas.

Alors que reste-t-il aux alsaciens ? une palette gustative plus large au sein d’une même gamme ? encore faudrait-il que les gammes soient plus cohérentes côté alsacien, ce qui est rarement le cas. Il reste aux alsaciens peut-être une expression en bouche plus complexe dans son aspect physiologique (ce qui peut déplaire !), mais on ressent une matière plus dense, au détriment de la précision et avec le risque de passer à côté, le risque d’être dans le too-much comme cela arrive de plus en plus souvent dans les cuvées prestigieuses.

Le Palatinat voisin est tout aussi proche et plus accueillant que le cœur du vignoble alsacien (ouvert le Dimanche, parking faciles, restauration moins chère), et pour les bas-Rhinois c’est le bon plan pour se fournir en très bon vins en faisant une balade dans un beau paysage viticole.

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Un commentaire pour Visite en Pfalz – Novembre 2015

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