Domaine Emile Boeckel (F) – Mittelbergheim

L’Alsace est un vignoble très accueillant…
Notre groupe d’amoureux du vin a passé un moment passionnant au Domaine Boeckel, et nous avons confirmé les bonnes impressions que j’ai eu le plaisir de partager dans ces pages. Ce grand domaine familial sait conjuguer volume et qualité, voici pourquoi…

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Samedi 24 Avril 2015, 10h00, le soleil baigne le joli village de Mittelbergheim (prononcez Mitèle – Bergue – Aïm), un des  » plus beaux villages de France  » qui n’a pas volé sa place dans ce classement. Adossé aux Vosges, on y trouve plusieurs des vignerons dont on aime parler. 

La troupe, petite mais passionnée et attentive, est déjà là pour écouter Thomas Boeckel…

 

Une réelle ancienne activité commerciale viticole

Ce domaine rappelle d’autres grands domaines familiaux qui ont su conserver indépendance et continuité dans la gestion de l’entreprise. Les grands domaines familiaux qui ont résisté au rachat et à leur disparition sont à l’évidence ceux qui ont adopté la stratégie qualitative : « tu fais bon ou tu meurs ».

Beaucoup de domaines viticoles vous annoncent « de père en fils depuis XXX années« , mais il faut savoir que la viticulture n’était pas une activité principale pour nombre de paysans, elle faisait partie des nombreuses activités agricoles.

Chez le Boeckel, l’activité commerciale dédiée au vin est réellement ancienne, elle date de la seconde moitié du 19ème siècle. Frédéric Boeckel faisait partie de ces pionniers qui ont redonné vie à l’export du vin d’Alsace, et a fait partie des premiers à mettre le vin en bouteille de façon massive. A l’image de quelques autres, il a dû composer avec la domination allemande entre 1870 et 1918, avec le phylloxera, etc …

Aujourd’hui encore, le domaine exporte 70% du vin, principalement en Europe, Allemagne en tête.

23 hectares en propriété propre en conversion bio, dont 6 hectares en Grand Cru, et l’équivalent de 17 hectares en raisin acheté.

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« L’Eldorado du vin, c’est le terroir ! » (Thomas Boeckel)

Selon Thomas Boeckel, dans cette maison où l’on exporte beaucoup de vin, il n’existe plus d’Eldorado du vin, mais « le vrai Eldorado , c’est le terroir ! « 

Le vin doit aujourd’hui répondre à des critères qualitatifs toujours plus fins : mais certaines choses en changent pas et le bon vin, on le rappelle, c’est tout simplement celui qui plaît au client … sur la durée !

Le client du restaurant qui revient, le client qui goûte d’autres vins ailleurs, le client qui peu à peu devient plus exigeant, face à un vin qui est de plus en plus cher pour les classes moyennes. Le client, c’est plus le type qui boit son petit quart de blanc avec son repas comme s’il buvait de l’eau, mais c’est un client et une cliente moins consommateurs mais plus exigeants.

 

Conversion bio, un coût temporaire qui s’équilibre à la fin

La conversion au bio n’est pas, ou plus, selon Thomas Boeckel, un passage obligé. Mis à part les importateurs scandinaves, les professionnels recherchent d’abord un bon vin, j’ajouterai fiable et lisible. Le passage au bio est plutôt un choix personnel, mais le vin n’est pas meilleur s’il est juste bio.

L’adaptation est coûteuse surtout pour le temps de la conversion, car machines et techniques sont différentes et entraînent un surcoût temporaire, mais par la suite les coûts s’équilibrent à nouveau, d’autant que le raisin bio ne répond pas à une exigence de rendement max mais d’abord à une exigence qualitative.

Rail pour bouteilles

Comme dans les autres grandes caves familiales, la cave est vaste et pleine de foudres plus ou moins énormes. Comme chez les Hugel par exemple, on a ici conservé l’élevage en foudre sans passer par le tout-inox.  

La cave est parcourue par un rail qui permettait le transport des bouteilles dans des paniers suspendus, jusqu’à l’étiqueteuse qui se trouve toujours à la même place.  Si ce système – qui fonctionne encore – n’est plus utilisé de nos jours.

Dégustations

Quelques-uns des vins que j’ai particulièrement appréciés …

 Les fameuses bulles Boeckel

Les bulles de chez Boeckel sont parmi les toutes meilleures d’Alsace, elles ont fait la nique à bien des Champagne, ce qui n’est pas mis en avant par la maison. Thomas Boeckel rappelle que le Crémant ne doit pas être ou vouloir être un Champagne ! Comme son nom l’indique, le Crémant doit être crémeux, tandis que le Champagne doit être d’abord vif puis vineux.

E BoeckelCrémant Chardonnay  2011 – TRES BIEN !

Le Crémant est toujours millésimé chez les Boeckel, et c’est très bien comme ça. ici on a une belle bulle serrée et rapide, du crémeux sur des notes fruitées, une bouche rafraîchissante sans acidité superflue mais une bouche charmeuse. J’aime beaucoup ce caractère du Chardonnay à bulles crémeux, le crémeux me rappelle l’aspect beurré de certains bourgognes blancs, quand le cépage n’est pas totalement couvert par le boisé …

Certes, de nos jours, pour accéder à un Champagne vineux, il faut mettre souvent trop d’argent, et les autres sont affublés d’une vivacité qui te fait grincer des dents tellement c’est acide. Du coup, un bon Crémant, crémeux, à 12 euros comme chez Boeckel, c’est exactement ce qu’il faut.

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Des blancs de terroir pour une composition d’une très belle diversité 

E Boeckel Zotzenberg Sylvaner 2012 – TRES BIEN

Voici un des rares exemples par lequel on peut affirmer que le Sylvaner mérite l’AOC Grand Cru : le cépage s’efface vraiment derrière le terroir pour le mettre en avant, à l’aveugle on ne saura que retenir les caractéristiques du terroir et non le cépage.

Avec le Riesling et le Pinot Noir, le Sylvaner est l’autre cépage à expression de terroir, les autres sont soit trop aromatiques, soit ne s’adaptent pas à un rendement plus faible…

 

E Boeckel Riesling Vieilles Vignes Brandluft 2012 – EXCELLENT !

Mon cahier de notes reste parfois juste vide quand je suis sur le cul, pourtant on n’écrit pas avec les fesses, va comprendre… Ce vin issu d’un sol de silice et de calcaire est juste exceptionnel, et déjà largement buvable. 

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E Boeckel Grand Cru  Riesling Wiebelsberg 2010 – EXCELLENT !

Ce vin on le connaît déjà bien ! Ici, des notes de fruits confits au nez, mais un exceptionnel toucher de bouche, avec son très caractéristique crayeux à gros grain qui tapisse très agréablement la bouche, caractéristique des (rares) sols gréseux, c’est un vin d’une sensualité folle, on dirait un superbe patin !  (oups j’ai osé).

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E Boeckel – Grand Cru  Riesling Wiebelsberg 1999 – Pour le plaisir

Avec ce vin, Thomas fait honneur aux amateurs de vin plus mûrs que nous sommes (les deux Olivier sont notamment de collectionneurs de vins anciens). Le caractère du vin mûr est bien là avec sa patine unique. Je pense cependant que l’expression du terroir est plus marquée avec les vins des dernières années.

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Le vin rouge selon les Boeckel

Les Boeckel ne veulent pas que leurs pinots noirs élevés en bois finissent par être un méli-mélo de patines, ou alors avec une sur-extraction lassante. Ainsi les raisins ne sont-ils ici pas récoltés en surmaturité comme d’autres Pinot Noirs, afin de garder une matière saine. 

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E Boeckel – Pinot Noir 2013 – Vin de plaisir

Toucher de bouche souple et « de soif » au très bon sens du terme, déjà plaisant. 

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E Boeckel – Pinot Noir Barriques 2013 – Beau Vin Rouge en vue ! 

Une matière qui offre une charmante présence en bouche, charnue, sur des fruits qui apportent de la fraîcheur. Belle composition toute en harmonie.

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E BoeckelPinot Noir Les Terres Rouges 2013 – Boum ! TRES BIEN+

Ah, on fait encore mieux ? … ben oui, avec ce Terre Rouge, un très beau toucher de bouche, une matière qui reste lisible, des fruits rouges précis, des tanins fins, une élégance subtile. Un vin à mettre sur les plus belles tables.

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Même les vins non filtrés restent clair, les rouges selon Boeckel sont à l’image de leurs blancs des vins typés, charmeurs mais fiables. C’est peut-être là une sorte de carte d’identité du domaine, des vins dont le charme est peut-être plus discret mais plus authentique. Cependant je trouve que la gamme continue de s’améliorer et qu’un nouveau visage prend forme.

On pourrait encore citer d’autres vins évidemment, mais ça n’est pas là une revue complète. Ce domaine mérite sa place dans le TOP50 Alsacien et sa place est durable, on a confiance car le travail se fait dans le respect du client et dans la durée.

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Nous partons à la bourre … comme toujours quand ça plait ! Merci au Domaine Boeckel de ce bel accueil, domaine qui prouve lui aussi qu’on peut faire bon et très bon ici et en plus à deux pas de Strasbourg, au coeur d’un des plus beaux coins d’Alsace.

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Au coeur du village, une seule intersection, vous ne pouvez pas rater cette grande maison…on vous accueille avec politesse et gentillesse, mais préférez donc vous annoncer

http://www.boeckel-alsace.com

2, Rue de la Montagne – B.P. 53
F-67140 Mittelbergheim
Tél : 00- 33 (0)3 88 08 91 02
Fax : 00- 33 (0)3 88 08 91 88
E-mail : boeckel@boeckel-alsace.com

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