MILLESIME 2012 – NOTES DE TERRAIN APRES LES VENDANGES

(reprit de mon ancien blog)

Année tourmentée, 2012 fut une année pourtant sans extrême,
mais beaucoup de vignerons ont vécu l’année la plus stressante de leur carrière.
Voici quelques impressions issues partiellement des témoignages de vignerons.
Si l’on peut se sentir solidaire du stress enduré,
on s’abstiendra de juger l’ensemble des vins,
pour ça on reviendra goûter les vins.

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*********

 Hiver : 

Après décembre et début janvier très doux ont permis à la vigne de faire déjà gonfler des bourgeons, avec déjà un peu de sève de ci-de là. Suite à cela, un grand coup de froid, jusqu’à -15C, nous a fait craindre le pire : les bourgeons déjà légèrement gonflés vont-ils résister ?

 

 

Printemps :

La météo plutôt fraiche et grise a perturbé la floraison. Une grande hétérogénéité entre les cépages, les terroirs, voire même à l’intérieur des parcelles et même dans les raisins. Ce qui est toujours compliqué à gérer au moment de la vendange, même si le reste de l’année viticole a tendance à niveler les niveaux.

 

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Eté : Gris et humide. Pas énormément de pluie en quantité, mais de manière récurrente, qui ne laissaient que peu de fenêtres pour aller faire les traitements, pourtant bien nécessaires dans ces conditions (Mildiou surtout, mais aussi un peu oïdium). La véraison s’éternise et l’hétérogénéité citée plus haut est très nette. La pluviométrie générale est déficitaire et on s’attend à des blocages de maturité notamment sur les cépages tarifs. Ensuite, dans la dernière quinzaine d’août, grand coup de chaud brutal a entraîné des brûlures sur les raisins trop exposés au soleil (Pinot Gris notamment). Ce coup de chaud (et sec) a cependant permis de très bien « nettoyer » les grappes.

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Avant les Vendanges la situation est la suivante : on constate des blocages de maturité sur certaines parcelles (notamment le Riesling à partir de 55 hl./hec), et les acidités sont régulièrement affaiblies. Enfin, la météo continue de joue les filles de l’air, ce qui conduit soit à des stagnations soit à des véritables sauts dans les avances de maturité…et de nouvelles fragilisations (vers la pourriture). Les fenêtres de vendanges seront particulièrement difficiles.

 

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 Vendanges :

 Ceux qui ont fait le pari de vendanger avant la date officielle avaient le nez creux. Un raisin mûr doit être cueilli,c’est leur crédo, à l’inverse du discours qui dit qu’il faut encore laisser le raisin dehors. Deux organisations viticoles s’affrontent à ce sujet, mais ne faut-il pas laisser le vigneron décider ? car une date de récolte unique n’est pas un paramère qualitatif.

 

Première semaine, fin Septembre : Première journéen premières pluies. On récolte les parcelles en plaine et les vins génériques. Le temps se maintient plus ou moins,  ça passe mais bon… Les raisins sont mûrs et sains. Ils sont bons à vendanger, sauf ceux dont la maturité alcoolique n’est pas au point. A ce stade ils deviennent instables et fragiles. Des conditions humides peuvent très rapidement provoquer des dégâts sur l’état sanitaire.

 

Deuxième semaine du 1 au 6 octobre : Aïe, le temps se gâte, et toujours des changements de température brutaux. Dur, dur. C’est très très délicat, stressant, on récolte avec des pincettes.

 

Troisième semaine du 8 au 13 Octobre : La météo est franchement mauvaise. ont récolté sous la pluie, ou après les pluies. C’était le dilemme entre récolter du raisin encore sain mais mouillé – dilué – ou alors de la pourriture.

 

Ce n’est qu’à partir du 17 Octobre qu’enfin le temps s’est remis au beau, mais trop tard pour beaucoup. Au 19 Octobre il restait quelques grappes par-ci par-là, sur les terroirs tardifs sur certains rares types de sols, les VT et SGN seront faibles.

 

 

 CONCLUSION

En somme, les raisins récoltés avant les vendanges officielles étaient parfaits, si arrivés à maturité !

Ceux récoltés durant la première semaine officielle s’en sont encore tiré honorablement, si toutefois ils pouvaient l’être, cf une maturité parfois stagnante.

Les vendanges ultérieures, et notamment plus belles parcelles de terroir et de grand cru sont un peu plus tardives, ont récolté des jus plus ou moins dilués, et il n’est pas certain que les vins de terroir seront « au niveau ». De même, en fonction du type de sols, granit, marneux ou autre (13 types de sols chez nous), les résultats sont encore une fois hétérogènes, et il n’est pas possible de tirer des conclusions générales.

Mais ceux qui font du « raisin de production » ont selon les zones récolté un raisin à moitié pourri, à moitié par mûr, et ne feront pas des vins d’excellence.

 Enfin, ceux qui ont pu, sur les terroirs tardifs et de très bonne qualité, attendre la fin de la pluie, soit la mi-octobre, ont récolté des raisins à nouveau asséchés.

Les acidités ne volent pas très haut en général.

 Ceux qui ont géré au milimètre près leur raisin à la vigne, inlassablement et dehors, à la parcelle, en se posant des questions plus préventives que curatives, s’en sortent encore bien mieux que d’autres qui ont vu leur raisin dériver.


UNE FOIS DE PLUS UN MILLESIME DE VIGNERON, différent de 2011, et le plus stressant de leur carrière pour de nombreux d’entre eux. Avec des dégâts y compris dans les meilleures exploitations, qui sauront déclasser le vin ou ont vendu du raisin pour ne pas mettre sur le marché un vin moyen.

 

Dans ces nombreuses petites exploitations, on aurait eu besoin de pouvoir ET chaptaliser (ajouter du sucre pour faire de l’alcool, par manque de sucre naturel dans le raisin) ET acidifier (parce que l’acidité naturelle a parfois chuté rapidement fin août). Or, sur les AOC on n’a pas le droit de pratiquer les deux techniques sur la même vendange. Il a fallu choisir…

 

Au niveau de la qualité, il n’y a pas de crainte à avoir. Le travail d’œnologie permet d’utiliser plus de 40 produits pour rectifier beaucoup de défauts.

 

Le Gewurztraminer s’en sort généralement bien à très bien, et les Pinot Noirs sont superbes (une fois de plus). Les jus des premières semaines de vendanges sont très aromatiques. Le stress hydrique risque de causer des dégâts dans la capacité de conservation des vins.

 

Les vendanges plus tardives, celles de plus belles parcelles, seront à goûter.

 

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