MASTERCLASS OENOALSACE.COM 18 Août 2012 DEFINITION D’IN VIN DE TERROIR

Cette Masterclass d’été était taillée sur mesure, une fois de plus, pour à la fois nous en apprendre plus sur les secrets du vin d’Alsace tout en nous offrant des beau vins à déguster.

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Colmar, Samedi 18 Août 2012

Masterclass d’été de l’Oenothèque Alsace

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Le premier thème s’articulait autour de la notion de vin de terroir….

 

Le vin de terroir s’appréhende par la complexité ! Le terroir, ça n’est pas qu’une parcelle sur un coteau réputé. Ca n’est pas qu’une association vigneron + parcelle.

La recette pour faire un bon vin c’est d’élever un raisin sain, de le récolter sans l’abimer, de le vinifier en le respectant, et la mise en bouteille doit être soignée. Le choix du porte-greffe peut être de moindre qualité, le rendement peut être plus ou moins élevé, en fonction des choix et des cibles.

Mais faire un vin de terroir, c’est, en plus de tout cela, limiter le rendement en vue de l’expression du sol, et c’est vendanger à maturité physiologique ! Rien que pour cela il faut « comprendre » sa parcelle, l’écouter…d’autres disent que c’est une perpétuelle bataille avec la nature…C’est ensuite parfaitement respecter le raisin durant la vinification. C’est donc une attention particulière à tous les gestes du vigneron, qui doivent tous viser cet objectif.

Cette complexité, elle s’exprimera sur la durée, car jeune, ce qui va l’emporter seront les indicateurs du couple cépage(s)/millésime, par exemple une acidité tranchante comme sur la paire N° 1.  Ou encore lorsqu’on a affaire à une grosse concentration comme sur les millésime chaud dans les vins rouges, et là, attention à ne pas confondre complexité et concentration, par exemple !

Si les conditions sont réunies, un grand terroir « ressort », et c’est très net, même si les « autres » vins sont parfois réalisés avec grand talent, comme dans les paires 3 et 4.

Mais si le travail sur l’ensemble de la chaine ne respecte pas ce qui permet de faire un vin de terroir, même sur un coteau classé, le résultat ne sera pas un vin de terroir, comme dans les paires n°5, et n°2 dans une moindre mesure.

A l’inverse, ça peut même aller, si le sol le permet et si le vigneron sait le mettre en valeur, jusqu’à extraire de la complexité d’une vigne non classée, comme dans la paire n°5.

Le résultat de cette alchimie entre tous ces éléments nous offre de la complexité, c’est ce qui différencie un vin de terroir d’un de cépage ou d’un vin générique ou encore une cuvée spéciale « Théodore » …

Mieux qu’un long discours, le mieux est de tester, et au cours de la séance de dégustation à l’aveugle par paires d’échantillons la question était si nous allions reconnaitre les vins complexes des autres ?

 

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Paire 1 : Deux vins de 2010, année de bonne maturité avec peu de botrytis.

AOC Alsace « Clos de la Folie Marco » Riesling – Domaine Héring – Barr : Nez expressif, floral, mais un peu dur, en bouche on trouve un peu trop d’acidité malique (maturité)

vs

AOC Alsace Grand Cru Schlossberg 2010 Riesling – Domaine Weinbach – Kaysersberg : Nez très expressif, sur les fruits jaunes mûrs, un peu rôtis
Bouche avec plus de matière, et une forte acidité tartrique.

Sur un vin jeune, la personnalité prédominante du millésime peut induire en erreur, et j’ai accaparé par les acidités, je ne trouve pas la complexité.

 

PAIRE 2 : Deux vins de 2005 – année de grande maturité, peu de botrytis

AOC Alsace 2005 Sylvaner – Domaine Weinbach – Kaysersberg : Nez de champignon, en bouche pas beaucoup de matière

vs

AOC Alsace 2005 Sylvaner – Domaine Albert Seltz – Mittelbergheim  issu du grand cru Zotzenberg : Nez de miel d’acacia, l’entrée de bouche est aqueuse, mais cohérente avec le nez, bonne longueur, mais globalement pas convaincant.

Je me suis fait piéger par ces vins aux personnalités ambivalentes, l’un élégant mais pas profond, l’autre avec sa minceur donnant sur une bonne longueur. Pas évident.

 

PAIRE 3 : Deux vins de 2002 – année de bonne maturité avec présence de botrytis.

AOC Alsace 2002 Riesling Schenckenberg – Domaine Seilly – Obernai
Bien que d’une belle expression au nez, la bouche est nettement plus mince que l’autre vin.

vs

AOC Alsace Grand Cru Geisberg 2002 Riesling– Domaine Kientzler– Ribeauvillé
Nez complexe, bouche idem, très belle bouche avec une très belle longueur.

Comme annoncé par Thierry Meyer au départ, la complexité s’exprime dans les années, c’est très net ici.

 

PAIRE 4 : Deux vins de 2000 – année de grande maturité avec présence de botrytis ou passerillage.

AOC Alsace 2000 Auxerrois Zellenberg Marc Tempé Zellenberg
Vin épicé, avec un peu de mie de pain quand même, peu complexe.

vs

AOC Alsace Grand Cru Hengst 2000 Auxerrois Josmeyer – Wintzenheim

 

Malgré un problème de bouchon, ce beau vin épicé est nettement plus complexe que le précédent, sans photo.

 

PAIRE 5 : Deux vins de 2000 – année de grande maturité avec présence de botrytis ou passerillage.

AOC Alsace 2000 Pinot Gris Herrenweg – Zind-Humbrecht– Turckheim

Nez de mangue, bouche avec un majestueux développement dans le palais, avec du patiné épicé.

vs

AOC Alsace 2000 Pinot Gris Grand Cru Pfersigberg  – Wolfberger – Alsace

Nez caramélisé, simple. Bouche juste sucrée, sans fond…

De ces deux vins, y’a pas photo sur celui qui est complexe, pourtant l’un pousse en plaine, l’autre sur un Grand Cru….

 

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Thierry Meyer nous a simplement démontré par le verre la différence entre le vin de terroir, et le vin qui n’exprime pas de complexité. C’est apparu très très nettement sur les vins ayant un peu d’âge. On entre alors dans un autre monde.

Il nous a aussi fait constater par le vin qu’il ne suffit pas d’être sur un coteau classé pour faire un vin de terroir, et ce constat factuel répond à ceux qui prétendent que le vigneron de renom n’a en quelque sorte pas de vrai mérite (ces gens qui ne viennent jamais goûter pour vérifier…).

Mais le constat donne aussi une chance aux vins.

Ceci dit, pour boire du vin de terroir, on retient qu’il faudra :

  • Savoir qu’un vin de terroir ça n’est pas d’abord un coteau classé mais répond à un savoir-faire
  • Savoir qu’un vin de terroir c’est d’abord la vigne travaillée avec précision toute l’année, en maitrisant le rendement, en obtenant une maturité physiologique du raisin alors que la grande mode est de cueillir en fonction des degrés potentiels (et souvent avant la maturité).
  • Ne pas espérer trouver l’expression du terroir dans un vin jeune, et savoir choisir son millésime

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Merci à Thierry Meyer de nous offrir ces éclairages précieux, à la fois pointus, ludiques mais surtout concrets, dans une salle parfaite pour cet exercice et dans la convivialité, le tout pour une somme dérisoire. Pendant ce temps, d’autres proposent de déguster 6 vins de cépages simples en vous demandant 60 euros / personne. Les Masterclass ont lieu 3 fois par an.

 

CLIC :  l’Oenothèque Alsace

 

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Vu la longueur de ce billet je ne parlerai pas ici du deuxième thème abordé durant cette Masterclass, qui fut très intéressant aussi, à savoir un retour sur les Alsace du Millésime 2000.

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