Le Grand Cru Schlossberg en 18 vins de 2015 à 1997

Mémorable série Schlossberg : 18 vins issus du Grand Cru Schlossberg, dont 14 étaient interprétés par 4 vignerons…

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Moment grandiose de vin d’Alsace : Notre ami grand amateur de vin d’Alsace et sa charmante épouse nous ont invités pour partager l’interprétation du Grand Cru Schlossberg en cette fin Mars 2017, avec 18 Schlossberg avant, pendant et puis après une excellente bouchée à la reine, sur les millésimes allant de 2015 à 1997.

Pour pouvoir concentrer le billet sur le thème du Schlossberg, je passe ici sous silence les superbes vins servis à l’apéritif avec les délicieuses verrines, puis les magnifiques Rouges servis après les Schlossberg, et même les magistrales conclusions des vins de dessert servis pas nos hôtes !

L’essentiel : L’essentiel c’est le plaisir du partage !

C’était un festival de très bons et d’excellents vins !!! En tant qu’amateur de vin d’Alsace, et en tant qu’alsacien, le fait même de partager les meilleurs vins d’un des grands crus Alsaciens est une fête !

Au fil de la découverte de ces vins, j’ai noté encore et encore le niveau élevé des vins ! Ce sont tous des très bons vin !  On l’oublie même à la fin, tellement on s’habitue ! Mais on en vient aussi à considérer que les prises de notes – ce que je faisais moi aussi – ont quelque chose de futile vis à vis du moment de partage de si beaux vins. C’est un peu comme quand on voit les parents lors des spectacles d’école de leurs enfants passant totalement à côté du moment présent car trop occupés à filmer leur progéniture..

Le Grand Cru Schlossberg

Orienté Sud, dominant une sortie de vallée, montant jusqu’à 330 mètres d’altitude sur un sol granitique parfait pour la vigne, à savoir un sol pauvre en terre fertile, le Schlossberg, le vin de Kaysersberg, qui pousse sur le « Bix » est depuis longtemps une terre à vin de terroir.

Le nom de « Schlossberg », ou encore « Colline du Château » n’est peut-être même pas très approprié, car d’une part il en existe bien d’autres dans le monde germanophone, et puis par ailleurs, en-dessous du château de Kaysersberg, ne disait-on pas  » s’essig kanala » (ou essig brenala) soit le cruchon ou fontaine de vinaigre ?  🙂   mais bon, ce n’est pas ici que poussent les grands vins de Kaysersberg !

Le Schlossberg est souvent décrit, par son sol granitique, comme un terroir de vins « de dentelle ». Ce qui renvoie à l’idée que les vins seraient légers comme de la dentelle, transparents, délicats. Pour ma part je ne trouve pas du tout que le Schlossberg soit de dentelle. Ce sont des vins puissants, avec une forte personnalité. Ils doivent comporter une belle trame acide, et un profil de bouche sur la finesse, mais ça n’en fait pas de la dentelle. Du corps, associé à de belles acidités, procure de merveilleux vins de grade, comme nous l’a démontré Philippe Blanck récemment : CLIC

Les sols sont variés, et ce sont donc « des » sols bien différents qu’on rencontre. La majorité du sol est composé de gneiss granitisé décomposé. Mais on trouve aussi des variations, comme par exemple les hauteurs du Bix avec son enclave de granite riche en mica noir qui dégage alors plus de magnésium et de fer.

De haut en bas on trouvera des sols assez pauvres en altitude, où le vin sera plus tendu, les terrasses amortissent la sensibilité à la sécheresse ; Le cœur du terroir est traditionnellement considéré comme le plus qualitatif (mais encore faut-il savoir en tirer parti !) ; Enfin, au bas de la pente la décomposition des feldspaths ont produit plus d’argile, le raisin récolté plus tard procure alors plus de gras. Avec de surcroit plus de 80 hectares, ce n’est donc pas un terroir ni monochrome, ni homogène.


Le Schlossberg oui mais par quel bout ?

Des 18 vins, 14 étaient issus de 4 producteurs, ce qui permet de se faire une idée du travail des vignerons au fil des millésimes. Et finalement,  est-ce le terroir qui ressort en premier ? Est-ce les millésimes ? Ni l’un ni l’autre, le facteur principal du goût du vin de terroir, c’est le vigneron ! 

Est-ce que cela reste alors du vin de terroir ? OUI jusqu’à un certain point de non-retour. Car le vigneron fait pleinement partie du vin terroir, c’est son principal facteur d’influence au travers de tous les gestes à la vigne puis à la cave. Simplement, jusqu’où peut aller, jusqu’où doit aller le travail du vigneron ? Parfois, le vigneron travaille tellement la vigne et puis ensuite le vin (une fois le raisin en cave) qu’à la fin on se trouve avec un « vin de vigneron » qui dépasse alors le « goût de la terre ». C’est d’ailleurs très à la mode ces dernières années, avec la parkerisation du vin qui veut des vins très puissants et très originaux en goûts, avec tous ces vins qui en jettent mais qui lassent vite. Philippe Blanck le disait récemment, le plus grand défi du vigneron est de savoir rester humble devant le terroir, et de ne pas dominer le goût du vin issu de la vigne.

Le cépage ? Evidemment le Riesling, quelle question.

Le Schlossberg, sa carte d’identité ?

Trame acide toujours présente, sur de beaux agrumes, des nez élégants, une bouche qui donne sur un développement long et toujours élégant, tout en finesse, un développement en « goûte allongée » vers le fond de la bouche, et cette caractéristique harmonie « en haut du palais », voilà une idée qu’on peut se faire du Schlossberg … mais, héhé, chacun aura son idée propre 🙂

Le Schlossberg interprété par 4 vignerons

Nous avons dégusté les vins par millésimes, étiquettes visibles. Au fil des vins dégustés d’abord seuls puis au fil des « re », quand nous avons repris les vins à table, ce sont des « visages » de vignerons qui se sont formés sur ces vins. Voilà pourquoi la dégustation est ici présentée par producteur.

Domaine Weinbach

Le Schlossberg par la famille Faller c’est une belle régularité, une grande fidélité au goût du terroir, et une élégance rare mais doublée d’une sorte de discrétion, summum de l’expression du terroir. Le domaine Weinbach possède une pléiade de parcelles absolument uniques.

Domaine Paul Blanck

Fidélité au terroir, grande élégance, et peut-être avec plus d’expressivité mais sans pour autant dominer le goût de terroir. Peut-être la version plus enlevée du Schlossberg par rapport au Weinbach, c’est Vivaldi versus Bach, c’est Cannonball Adderley versus Stan Getz.

Domaine Albert Mann

Encore de très beaux vins ! Le terroir est là, bien en place, d’une très belle régularité. Par rapport aux deux premiers domaines cités, et au fil des millésimes dégustés je placerai les vins Albert Mann dans un profil « plus sucré ». C’est une question de préférence mais on l’aura compris, je préfère les deux premiers profils, non que je n’aime pas une pointe de sucrosité, mais ça me chamboule l’harmonie de bouche d’un Schlossberg. Ceci dit, sans les mettre à côté de leurs homologues précédents, je n’aurais certainement pas noté cette différence. Comme dit plus haut, on chipote !

 

Domaine Bott-Geyl

Ici, ce sont de très beaux vins ! On dira qu’ils sont plus originaux, peut-être, mais on peut aussi estimer qu’on est ici « hors sujet », car ces autres beaux vins ne correspondent pas du tout à la carte d’identité tracée du Schlossberg (tracée de façon subjective). Ces autres grands vins de gastronomie se trouveraient très à leur aise dans une série d’un autre Grand Cru de grand blanc sec pas trop éloigné du Schossberg… Moins de régularité aussi, peut être ?

Et les millésimes ?

L’effet millésime est amorti par un grand terroir, oui c’est vrai, mais les grandes tendances restent généralement sensibles sur l’ensemble des vins dégustés, quand on peut lire l’étiquette. Cependant je doute qu’à l’aveugle, ce soit le cas.

Finalement ?

Ce sont TOUS d’excellents vins que seule une bande d’amoureux de vin d’Alsace a l’outrecuidance d’aligner ! Et 18 vins, quand le vin est excellent, c’est largement abordable sans lassitude aucune (pour un amateur qui sait recracher).

C’est avec nos sens qu’on déguste, et nos sens ne peuvent par définition être objectifs. Les commentaires ne sont donc pas des jugements de valeur, mais des préférences. Une dégustation à l’aveugle n’aurait certainement pas du tout mené aux mêmes conclusions   🙂

Un petit détour par le Schlossberg Paul Blanck 1997, d’une fraicheur insolente, un grand vin qui s’allie à ses frères plus jeunes et plus vieux pour affirmer que le Schlossberg, oui, ça se garde ! triple MIAM !

Merci, merci et merci à nos amis d’avoir partagé ce qui est d’abord un moment de vie avec ces beaux vins du Grand Cru Schlossberg.

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Un commentaire pour Le Grand Cru Schlossberg en 18 vins de 2015 à 1997

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