Medard Barth der Rebbau des Elsass – Payer l’impôt en nature partie 2

Cette série de billets est issue de l’ouvrage encyclopédique du chanoine Médard Barth publié en 1958 « der Rebbau des Elsass » ou « Le vignoble d’Alsace »,  œuvre monumentale qui posait les fondations de l’historiographie du vin d’Alsace, qui fait référence encore aujourd’hui …

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Voici la suite de la première partie consacrée à la fiscalité du vin d’Alsace : CLIC

Médard Barth aborde ensuite tout un chapitre sur la fiscalité du vin, taxes et impôts. Voici un deuxième billet consacré  aux anecdotes parfois cocasses que rapporte le chanoine Barth…

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Les vignerons ne manquaient pas d’imagination pour détourner une partie des raisins et les porter parfois jusque dans leurs demeures par des sentiers non gardés. Les gardes-champêtres étaient chargés d’attraper les resquilleurs et de les dénoncer, ils risquaient une amende. Mais on rapporte des plaintes des villes ou des propriétaires terriens, car les gardes champêtres faisaient parfois leur office de manière disons… orientée… Il arrivait que 30 personnes dispersées dans tout un vignoble coupaient du raisin en le rentrant par des chemins escarpés. Si toutefois le garde champêtre surprenait un vigneron rentrant ainsi du raisin en fraude, il était considéré que le dit raisin provenait d’un pied de vigne non assujetti à l’impôt, ou encore qu’il provenait d’une parcelle situé sur le ban communal d‘une ville voisine …  (P143).

Ce raisin devant être caché, il fut parfois disposé dans les greniers, y séchait le temps que les vendanges étaient passées et les préposés aux impôts repartis,  ainsi ce raisin donnait du … vin de paille (P144).

Mais payer son impôt en raisin avait d’autres avantages. En effet, les vignerons n’hésitaient pas à laisser en tant qu’impôt le raisin le moins mûr ou le plus pourri à leurs propriétaires, ce qui est de bonne guerre.  De même, on n’hésitait pas à tromper les préposés à l’impôt en présentant des hottes de raisin destinés au propriétaire remplies de raisin soit pas mûr ou pourri mais sur lequel on avait disposé une couche supérieure de belles grappes saines et dorées … et de même, on n’hésitait pas à laisser comme impôt le verjus (« Wintertroller ») donnait alors un brouet infâme …

On rapporte de nombreuses plaintes de fraudes ici et là, comme à Barr en 1596 quand constatait que le raisin apporté était systématiquement celui de raisin de plaine et des parcelles ombragées. Plus tard en 1603, lors d’une inspection, on découvrit dans une cave d’un vigneron de Heiligenstein qui n’avait livré qu’un Ohm sur les huit dus une belle quantité de plus de 80 Ohm dans les foudres ! Durant tous ces siècles et particulièrement durant les 17ème et 18ème, les autorités allaient augmenter les contraintes, allant parfois jusqu’à marcher sur les plates bandes de la propriété privée.

Payer l’impôt en vin n’était pas moins cocasse. Les vignerons trouvaient toujours le moyen de se garder le meilleur vin pour eux. Là aussi, les autorités et les propriétaires tentaient ce qu’ils pouvaient pour contraindre les vignerons à la loyauté. Le sens de la loyauté était déjà à ces époques une notion mouvante… On rapporte qu’en 1529 à Biblenheim, village aujourd’hui disparu rattaché à Soultz les Bains, les vignerons devaient apporter à partir de la Saint Martin  (11 novembre) un vin jeune, clair et surtout pas trouble.

Il semble en effet que très peu de vin de qualité était livré en tant qu’impôt, et les contrats tentaient d’imposer en vain quelques règles comme celui trouvé dans les archives de l’abbaye Schuttern de Herrlisheim (68) datant de 1345 qui précise que les vignerons devaient livrer du vin qui ait un bon bouquet, que les vignerons ne devaient pas séparer le bon vin du moins bon, que l’on ne devait pas laisser l’aigre à l’abbaye en conservant le meilleur vin, et on devait leur livrer le vin issu des parcelles appartenant à l’abbaye et pas celui issu des parcelles de moins bonne qualité … si le contrat mentionne tout ça aussi clairement, on imagine fort bien que les abus devaient être courants…

(P147) On trouve aussi des archives de 1324 qui racontent que pour rapporter de Eguisheim à Montreux-Vieux un foudre de vin chaque année, un garde était envoyé qui devait voyager avec le foudre en question. Si le vin arrivait éclaircit (dilué à l’eau) à destination, c’était le gardien qui était tenu pour responsable de  » l’évasion  » …

La Révolution Française mit fin à cet impôt et en même temps aux querelles devenues parfois intestines. Par la suite se mirent en place les dons à l’église, sur la base du volontariat et destinées au curé local et au vin de messe. Ce vin était de meilleur qualité et généralement en moindre quantité, même si on rapporte que le curé de Ribeauvillé reçu encore en 1880 50 hectolitres de vin ! Ce système de don perdurait jusqu’aux deux guerres mondiales.

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