Journée Professionnelle des Grands Crus d’Alsace 2015

Journée Professionnelle des Grands Crus d’Alsace 2015

Kientzheim, 2 Novembre 2015

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Le terroir, ce sujet qui semble si étrange à tant d’amateurs de vin quand on parle de vin d’Alsace, il en était question ce 2 Novembre au château de Kientheim, avec la Journée Professionnelle des Grands Crus d’Alsace 2015, et la présentation annuelle des dernières cuvées de Grands Crus d’une soixantaine de vignerons, coopératives et négociants.

Cet événement ne s’adresse plus qu’aux professionnels depuis quelques années. En effet, la journée du Dimanche autrefois ouverte au grand public a été supprimée, car les amateurs sont des pics-assiette. Certes, ce n’est pas à l’occasion d’une présentation de vins que tout le vin se vend sur le coin d’une table. Mais c’est oublier un peu vite les rudiments du commerce, et le rôle de la promotion, de l’image, de la vitrine que se doit de cultiver tout produit souhaitant représenter une quelconque notion qualitative. Et puis même si chaque amateur, individuellement, ne va pas acheter des palettes entières de Grand Cru, tout vin atterri … où . ??? …. dans un gosier ! Et justement si le gosier appartient à une personne qui a la culture de ce qu’elle ingurgite, si elle l’apprécie, si le produit correspond à l’attendu, le produit sera d’autant plus valorisé, et les petits frères du vin en question gagneront en prestige.

Mais les vignerons alsaciens ont souvent du mal à réfléchir…pour leurs enfants, pour l’image de leur vin. Voilà pourquoi il y a tant de boulot à faire, et tant de Grands Crus d’Alsace à moins de 10 euros la bouteille en supermarché…

Mais bon, voilà un bout de temps que ça ne vaut pas le coup, pas le coût non plus car ça revient cher de défendre le vin d’Alsace, de s’escrimer à convaincre ceux qui devraient en principe donner l’exemple…

Alors quoi de beau à Kientzheim ? Plein de belles choses encore, heureusement, dans ce microcosme bienheureux du vin ! Alors voici en vrac comme d’habitude.

La présentation est traditionnellement organisée par une « hiérarchie » propre : rez de chaussée pour les bas-rhin, premier étage pour le coeur du vignoble, et troisième pour le Sud…j’ai fait cette virée avec Olivier Simon, bloggeur vin alsacien, je vous invite à aller faire un tour sur son blog dailywines.fr

Au rez de chaussée, dans la cave, les vignerons représentant les grands crus du Bas-Rhin.

Eh oui, même dans le 67 il y a des grands crus…bon certes, tous ne devraient pas être classés grands crus, loin de là, mais quelques beaux terroirs étaient représentés. Altenberg de Wolxheim, Kirchberg de Barr, Moenchberg, Wiebelsberg, Kastelberg pour les plus fameux, mais aussi bien d’autres évidemment.

Il est réconfortant de constater que tous les vignerons n’ont pas encore abandonné la notion du combat collectif. Je veux prendre comme exemple l’incroyable Bruno Schloegel, domaine Lissner. Voilà un vigneron à la fois atypique et fédérateur. Bruno est un surdoué, botaniste, philosophe, musicien, humaniste, et probablement le plus écologiste des vignerons dans le sens le plus noble, sans cette esbroufe insolente des bio-cons. Mais à côté de cet engagement sain et militant, il sait fédérer et réunir car Bruno devenu grand Maître de la confrérie St Étienne, une confrérie qui cultive une image sérieuse et constante du vin d’Alsace. On peut donc être une personnalité forte et ne pas tirer dans les pattes de ses copains, et même se démener pour la collectivité, sans tomber dans l’hypocrisie ou la compromission. Une question d’équilibre, merci Bruno !

A ce propos, j’ai été sur le cul avec les Altenberg de Wolxheim du domaine Lissner. Voilà des vins qui parlent, des vins qui parlent du terroir, des vins qui sont, du verbe être ! Quand on est scotché comme ça, plus rien n’existe et c’est juste le temps qui s’arrête. Le nez est fabuleux et les bouches sont .,. chantantes, parlantes, bavardes…

Un peu plus loin, nous trouvons Thomas Boeckel. Un personnage dans le vignoble, que nous avions visités au printemps, que nous aimons toujours retrouver. La maison Boeckel, encore une maison qui sait prouver qu’on peut à la fois gérer une grande maison tout en faisant des vins purs et beaux. Trop souvent j’entends des amateurs dire que les grandes ou moyennes maisons, tous ceux qui achètent du raisin, font du vin en fonction du vent du marché…parfois c’est drôle d’entendre ça de la bouche de ceux qui se sont précipités dans le vin nature…

 

Premier Etage, le cœur de l’Alsace viticole

Au premier, on aborde les grands Crus du cœur de l’Alsace viticole. La concentration de terroirs d’exception est ici forte. L’occasion pour nous de croiser Thierry Meyer, quintuple papa depuis quelques jours et heureux originaire de cette Alsace viticole recelant des pépites incroyables.

Ce rendez-vous pro est certes consensuel mais on y trouve autant des grands noms du vin que des maisons qui dénaturent l’image du grand cru. J’ai donc préféré ne même pas aller voir par exemple la cave coop de Hunawihr qui commercialise Rosacker, Schoenenbourg ou encore Osterberg à moins de 10 euros la bouteille, y compris dans des millésimes à faible rendement. Et quand on déguste ce genre de vin, on ne retrouve nullement le terroir dans le verre, ce ne sont donc absolument pas des vins qui sont dignes de l’appellation Grand Cru ! Mais bon, pas de scandale…

C’est parfois affligeant de voir à quel rythme de sénateur les professions sont réduites dans leur réformes, quand il s’agit de défendre une image. Mais il est vrai, très vrai hélas, que les vignerons dans leur majorité n ‘ont justement pas même de culture du vin de terroir. Après avoir ressuscité grâce au vin de cépage, le vin de terroir alsacien n’a que 40 ans d’existence et n’est pas prêt pour s’élever dans la culture collective du vin Français ni même en Alsace, n’en parlons même pas…

Il est donc réjouissant de voir le cépage disparaître de l’étiquette comme au domaine Jean-Marc Bernhard, où le cépage est relégué à la contre-étiquette ! Bravo ! Les vins de ce domaine sont étonnants. Je ne parlerai pas du Furstentum, rare et superbe, mais des terroirs granitiques des vins de Frédéric Bernhard. Alors que presque partout ailleurs le granite signifie vin à aborder facilement rapidement, chez JMB les expressions ne cessent de prendre de l’ampleur d’une manière confondante. On n’est pas dans le registre où l’on gagne en dentelle avec le vieillissement, non, on change de dimension à chaque nouvelle année de vieillissement !

Tout à côté, le domaine Schoffit … poui ! Putain ça cause ! Les vins de ce domaine sont parmi les tous meilleurs rapports qualité/prix d’Alsace. A garder précieusement pour soi car les vins de cette qualité sont ailleurs dans d’autres vignobles totalement inabordables ! … parfois la cacophonie de la profession est une bonne chose pour l’amateur qui n’est pas forcément rentier.

Pierre Radmarcher, le prof sur la photo, écoute Thierry Meyer, celui qui bouge

Plus loin, Catherine Faller, domaine Weinbach, nous offre à déguster les Schlossberg 2013 et 2014, sur les cuvées classiques et Ste Catherine (rien à voir avec le prénom de la dame). Là encore, il est impossible de se tromper, on entre dans une autre dimension, on est parmi les grands domaines d’Alsace, c’est une évidence mais définitivement, ceux qui servent le discours « un petit vin à pas cher c’est souvent tout aussi bon » ne méritent pas de réponse, qu’ils aillent donc au supermarché ils verront des grands crus à moins de 10 euros tiens…

Des 2013 moins moches que prévu … décidément, on ne peut (presque) jamais de mauvaise année en l’ensemble du vin d’Alsace, et à contrario pas non plus d’année exceptionnelle. La diversité des terroirs, des méso-climats, des types de sol et du travail des vignerons est telle que même des années comme 2013 produisent de belles choses. Certes, 2006 était gâché sur presque tous les vins récoltés après les pluies chaudes (soit tous ceux qui n’ont pas anticipé les dates des vendanges officielles). Certes les 2011 à 2014 ne resteront pas dans les mémoires collectives, mais on trouve parmi les 2013 quelques très belles cuvées, sur des terroirs de préférences drainant et chauds peut-être. A l’inverse, d’autres années vont mieux réussir à des terroirs frais. Voilà, si on parlait des qualités de millésimes en fonction des terroirs, on y serait et on aurait gagné un peu car on parlerait enfin terroir en Alsace !

Mais qui, même parmi les amateurs de vin, parle de type de terroir et de terroir ? Tu trouves les buveurs d’étiquette, les bio-naturistes, les beni-oui-oui et puis … c’est à peu près tout, non ?

Une affluence … mesurée

A propos amateurs, j’ai eu le plaisir de retrouver à Kientheim plusieurs autres blogueurs, dont Pierre Radmacher. On retrouvait quelques incontournables sommeliers et même de ces désagréables éternels parasites qui paradent avec leurs courtisans d’apprentis, mais bon…en tout cas, une affluence plus que moyenne jusqu’à notre départ à 15h00. Au moins personne ne pouvait se plaindre des piques-assiettes, puisque les amuse-gueule et autres pains surprise erraient là sur les tables, délaissés et tristes, heureusement quelques amateurs éclairés et affamés, bien aidés par un dégustateur international expert es-Alsace en goguette, sauvaient l’honneur de ces traitements de faveur.

On ne peut que souhaiter à cette journée de s’ouvrir à nouveau au grand public ! Qu’au moins une fois par an le vin d’Alsace de qualité supérieure s’adresse au public, aux alsaciens, et fasse connaître son savoir-faire et sa diversité, pour peut-être enfin insuffler un peu de culture du vin aux alsaciens qui boivent du vin avec la tarte flambée mais n’ouvrent jamais de grand Alsace lors des fêtes, parce que le vin qu’ils aiment c’est le Fitou  et le Cahors! Que au moins une fois dans l’année l’Alsace du vin soit fière de ses terroirs, merde alors ! C’est trop demandé ? … franchement, c’est quoi de laisser quelques piques-assiettes bouffer les pains surprises quand on est assis sur des tas de fric ? Ou alors, une entrée payant à 10 euros avec des invitations à la discrétion des vignerons calmerait peut-être l’argument ? En tout cas, de fermer les grands crus au public est un très mauvais message adressé.

Merci aux « artistes » qui ont fait l’effort d’animer cette journée trop professionnelle de m’avoir si bien accueilli, privilégié que je suis, mais je n’oublie pas d’où je viens et je suis plus que jamais un alsacien convaincu que ma belle région recèle des perles incroyables dont la richesse et la diversité sont accessible à tous ! … Vendredi soir j’ai ouvert un Engelberg 2006 Pfister avec des amis, j ai servi et on m’a demandé ce que c’est. J’ai dit Engelberg, là y’a eu un blanc (oui!). Ensuite j’ai dit la mort dans l’âme que c’est un Riesling, et là « ah on n’aurait pas du tout dit un Riesling »… ma soirée était réussie !

Merci au CIVA de m’avoir invité, il ne faut pas lâcher, merci à Olivier de m’avoir accompagné, merci à tous les vignerons qui étaient là ! Pardon aux autres de ne pas avoir été plus longtemps présent:)

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