Médard Barth « Der Rebbau Des Elsass » – Les Romains apportent les technique viticoles

Cette série de billets est issue de l’ouvrage encyclopédique du chanoine Médard Barth publié en 1958 « Der Rebbau Des Elsass » ou « Le vignoble d’Alsace »,  ouvrage de référence en matière d’Histoire du vin d’Alsace.

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Dionysos dans son navire kylixDionysos dans son navire kylix

 
La vigne originelle

 Il ne fait pas de doute que la vigne sauvage poussait déjà chez nous à l’ère tertiaire. Durant les dernières ères froides, la vigne déserta l’Europe du Nord mais, comme il est constaté, la vigne survécu le long du Rhin, sur les bords du lac de Constance jusque dans la vallée du Rhin, entre Bâle et Mannheim. La vigne n’est donc PAS une plante exogène, comme la tomate ou la pomme de terre peuvent l’être, que les Romains auraient importée durant leurs conquêtes.

Après les dernières périodes froides,  l’ensemble de la culture du raisin sauvage européen s’est développé partout pour peu à peu péricliter, sauf dans certaines régions …. Celles-là même qui sont aujourd’hui encore les régions historiques du vin en Europe (qu’elles soient aujourd’hui cultivées ou non car nombre de régions autrefois viticoles ne le sont plus).

Chargement-dolia
 Les Grecs exportent leur technique du vin, les romains la disséminent.

 Comme dans toute l’Europe, les Romains ont apporté la technique culturale de la vigne à vin, ainsi que principes d’œnologie, le tout émergeant en Grèce.
 Avant les Romains, les « gaulois » produisaient déjà une sorte de vin, mais la technique était rudimentaire. Le fût de bois est gaulois, le Romain ne connaissaient pas ce contenant.

Selon l’écrivain romain Macrobius, la viticulture serait arrivée en gaule par Marseille, avec les Grecs, à une époque où Rome ne jouait encore aucun rôle.

On rapporte qu’en 250 av. JC, les Grecs envoient des galères longues de 30 mètres chargées d’amphores de vin en provenance des iles des Cyclades et à destination de Marseille. On apprend par Poséidon, qui visite la gaule bien avant l’arrivée de César, que les riches de Massalia buvaient du vin venu d’Italie ou des environs de Marseille.

voies romaines

PREMIERES TRACES DE LA VITICULTURE DANS L’ESPACE RHENAN

 On situe des restes de raisin parmi les offrandes aux Dieux qui accompagnaient les sépultures à l’époque de la conquête romaine (R Forrer).

Les Romains allaient ensuite développer les techniques viticoles et oenologiques, et en quelque sorte institutionnaliser la viticulture dans les régions européennes de l’Empire.  C’est par Marseille, puis par le Vallée du Rhône, que le vin allait atteindre la Bourgogne, puis le pays Séquane, et de là allait déboucher en Alsace par son extrémité Sud par le canal du Rhin au Rhône vers la vallée du Rhin, jusqu’à Mayence sur le limite nord-Est de la « Germanie Supérieur » de l’Empire. Mais pour ce qui concerne l’Alsace, les indices de la viticulture remontent au premier siècle après JC.

trajet du vin1

Indices de la Viticulture Romaine en Alsace

On ne dispose pas de témoignage direct d’une viticulture alsacienne courante dans les archives romaines. On sait que des importations de vins eurent lieu depuis l’Espagne et la Vallée du Rhône. L’auteur précise bien que le trafic de vin était déjà bien développé, comme l’indiquent les amphores à vin en argile en provenance de l’Espagne romaine trouvées à Bonn, Mayence, et jusqu’à Strasbourg. Le vin avait probablement été convoyé par bateau, d’abord jusqu’à la mer du Nord pour remonter le Rhin.

 Cependant Médard Barth soutient qu’une viticulture locale existait et cite de nombreux indices qui éliminent le doute :

On trouve des indices de la viticulture sous l’ère romaine sous différentes formes, le plus couramment sous forme de pépins datant du premier siècle.

(page 16) C’est l’Empereur Probus (276 – 282 ap JC), lui-même fils d’un vigneron de Pannonie (actuelle Hongrie) met fin à l’édit de Domitien qui, deux siècles plus tôt, avait interdit toute nouvelle plantation de vigne dans les Provinces.  Et il ordonna l’extension d’une viticulture savante vers les provinces.

Dans le Palatinat, près de Rheinzabern, on a trouvé des restes de raisin à vin dans des tombes. Près de Bâle, on a découvert des semences appartenant à une espèce de raisin à vin (Karl Müller « Geschichte des Badischen Weinbaus », 1938 ).

A Strasbourg, lors des fouilles de 1906 sur le site d’un camp légionnaire romain, situées aujourd’hui en plein centre de Strasbourg et menée par Robert Forrer, on déterrait des fosses en bois profondément ancrées dans le sol. Il s’agissait de latrines dans lesquelles on a identifié des grains de raisin à cultiver, et des débris de tonneaux (« Strasbourg-Argentorate préhistorique, galloromain et mérovingien »  par Robert Forrer, 1927).

L’auteur revient plus loin sur cet indice et la fréquence élevée des trouvailles de restes de futs en bois datant de cette époque, pour soutenir une viticulture qui remonterait au minimum à cette période-là (les contenants en bois étant une invention gauloise que même les romains ne les connaissaient pas). Il cite aussi les restes d’une botiche qu’on trouva à Horbourg-Wihr (pas retrouvé de témoignage actuel).

Evidemment, on trouva dans la région, comme en peu partout dans l’Empire, des bronzes de Dionysos, objets utilisés pour les fêtes sous la romanité.

Médard Bath mentionne encore une sculpture d’époque romaine, le basrelief de Gumbrechtshoffen, représentant deux bacchantes, l’une tenant un verre rempli de vin, tandis que l’autre verse le contenu d’un tonnelet de vin sur une feuille de vigne (œuvre de 47 X 44 aujourd’hui au Musée d’Histoire de Mulhouse).

Et puis aussi, pieds de vigne, feuilles de vigne et raisins étaient souvent utilisés comme motifs décoratifs de la poterie de l’époque romaine. Les poteries de la fabrique potière romaine de Terra Sigillata de Heiligenberg en témoignent, tout comme les découvertes de fouilles à Blaesheim.

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On trouva même une fresque datant de la second moitié du 1er siècle de notre ère, découverte place Kléber à Strasbourg en Mai 1901) qui représentait Dionysos avec Ampelos et une viticultrice. Une autre scène de la même fresque ( Musée Archéologique de Strasbourg)  représente des personnages dionysiques parcourant les rangs de vigne. Un autre fragment de fresque montre clairement la vigne taillée en espalier, de laquelle pendent des raisins de couleur jaunes, rose, rouges ou encore bleues, ce qui indiquerai encépagement varié…déjà.

Il cite les nombreux indices sur les pierres tombales et autres monuments sculptés, qui relient à une viticulture de métier.

Serpe a vigne 2

Enfin, il associe au faisceau de présomptions les trouvailles archéologiques que sont les nombreuses serpes à vigne de l’époque romaine, ou leur représentation, qu’on a formellement identifiées dans la vallée du Rhin, pour éliminer tout doute.

(page 16) L’auteur résume en rappelant que les indices d’une viticulture dans tout l’espace rhénan sont nombreux et concordants, et concernent le fruit (pépins, grappe), des indices de viticulture (œuvres d’art, serpes) de nombreux indices du commerce du vin (sculptures, tonneaux, botiche).  Cependant, Médard Barth partage aussi qu’il n’existe pas d’indices de la viticulture rhénane dans la littérature romaine, mis à part des évocations indirectes, par exemple dans les œuvres de Pline l’Ancien ou encore Tacite.

Le vin d’Alsace ne vient pas de la Mosel

Il combat ensuite une théorie selon laquelle la viticulture alsacienne serait originaire de la vallée de la Mosel Allemande. Médard Barth renvoie alors aux indices numismatiques, pour nous convaincre du contraire. D’ailleurs, les voies Romaines qui débouchent sur la Vallée de la Mosel et sur la Vallée du Rhin se séparent dès le Sud de la Bourgogne.

Et il cite encore, comme pour encore mieux nous convaincre, la littérature romaine. Notamment Ausonius, l’écrivain Bordelais, précepteur de Gratien à Trèves, et qui écrivit à son service, nous a laissé avec « Mosella » une description qui ressemble déjà à ce qu’est le vignoble pentu et charmeur des bords de la Mosel allemande.

Indueant aliam spectacula uitea pompam

Sollici tentque uagos Baccheia munera uisus,

Qua sublimis apex longo super ardua tractu

Et rupes et aprica iugi flexusque sinusque

Vitibus assurgunt naturalique theatro.

(Un autre aurait écrit)

Surgit alors le défilé de la Moselle, et le spectacle de la vie prend forme,

Voilà Bacchus qui fait cadeau de cette belle vue,

Depuis ce promontoire qui domine les longues courbes de la rivière,

Entre les collines et leurs prairies sommitales et les enroulements de l’eau,

La vigne trouve là un théâtre naturel…

 (page 14) La Vallée de la Mosel qu’il évoque encore par les trouvailles qu’on y fit, notamment un fameux « schifferdenkmal », oratoire dont la sculpture représente un transport de tonneaux de vin sur la Mosel (pas de témoignage actuel trouvé).

Cargo-Grec

Cargo Grec

Une automonie en vin depuis 161 de notre ère ,  le premier vignoble alsacien


(page15) Sous Marc Aurèle (161-180) que Strasbourg cesse déjà d’importer du vin du Sud, la ville se fournissant dans les alentours, d’autant que la région était en excédant de production (déjà…).

(page 16) A partir des différentes trouvailles, le vignoble alsacien sous l’époque romaine s’était développé à minima dans les zones suivantes :

Wissembourg et Altenstadt (appartenant au Palatinat), Seltz, Niederbronn (avec de jolis coteaux plus tard plantés de vergers, actuellement construits), Saverne (idem), Hochfelden (collines douces), Brumath, Strasbourg, Marlenheim (aujourd’hui limite Nord des terroirs classés Alsace Grands Crus), Dachstein, les cités romaines de Mutzig, Boersch et Barr, Bischoffsheim, Ehl, Epfig, Marckolsheim avec son infanterie romaine, Chatenois, Bergheim, Hochbourg-Wihr, Turckheim, Eguisheim, Rouffach, Guebwiller, Sierentz, et Kembs et son pont fortifié sur le Rhin.

Bien entendu cette liste n’est pas exhaustive, mais l’on devine là déjà un vignoble constitué, avec des zones plus propices à une culture de haute qualité (en coteaux) et des zones de plaine. L’auteur faisait précédemment référence à l’exploitation commune de mêmes routes : lavigne s’installait le long de voies de communication, comme par exemple l’importante route en provenant de Metz traversant Saverne, Marlenheim, ou encore on suppose des routes du transport de bois ou de minerais en provenance des vallées vosgiennes au-delà de Boersch et Barr, ou encore derrière Guebwiller, Sierentz…


à suivre …

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