Vers des appellations « Premier Cru » en Alsace, Kesako, pour ou contre ?

L’Alsace du vin a demandé la création d’appellations « Premier Cru »,  le processus est engagé au niveau des organismes certificateurs.
Mais d’abord, qu’est-ce que ça veut dire, et puis quels sont les pour et les contre ?

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Vue sur Zellenberg et la plaine d'Alsace

Vue sur Hunawihr

L’appellation de vin « Premier Cru » correspond à un vin issu d’une aire géographique précise et délimitée, comme un « Grand Cru » mais un étage inférieur pour simplifier. En gros, l’idée c’est de distinguer certains terrains qui permettent de produire un vin ayant une personnalité propre, sans que l’on le considère comme digne d’un « grand cru » .

Ce qui différencie un vin d’appellation régionale « Alsace » d’un « Premier Cru », c’est non seulement une origine géographique délimitée, mais aussi les critères d’un cahier des charges plus exigeant celui d’un vin en « simple » Appellation d’Origine Contrôlée Régionale comme l’AOC Alsace. Des critères généralement admis comme qualitatifs. Par exemple, on peut limiter le rendement, ou encore imposer une vendange manuelle etc… (ce ne sont que des exemples, ça ne correspond pas forcément à une réalité).

Donc, ces vins d’AlHierarchie théoriquesace « Premiers Crus » introduiraient une nouvelle strate dans la hiérarchie des vins d’Alsace, qu’on pourrait théoriser comme sur ce schéma théorique qui ne tient pas compte des particularités alsaciennes.

Qui a voulu cela ? C’est d’abord des personnes qui portent haut en estime la qualité du vin d’Alsace par l’expression du terroir. En Bourgogne les « Premiers Crus » correspondent régulièrement à des vins qui on un « goût » très spécifique.  C’est ensuite évidemment des opportunistes qui voient déjà des euros dans leurs poches bientôt, sans forcément se rendre compte qu’une telle mention « Premier Cru » exige du travail en conséquence…

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POUR OU CONTRE ?

Doit-on être pour ou contre cette nouvelle strate dans les vins d’Alsace ? La question amusera les vignerons d’Alsace car évidemment, les consommateurs ne sont pas invités à prendre part à au débat, et comme d’habitude ils règlent tout entre eux.

  Une nouvelle strate
Le « premier cru » tel qu’il existe en Bourgogne met en valeur, tout comme le « grand cru », une aire géographique précise. En gros, c’est la valorisation du terroir à un étage intermédiaire entre AOC Alsace et « Grands Crus », pour les parcelles qui méritent une reconnaissance.
Sur ce point ses détracteurs disent que cela va rendre encore plus de complexe la lisibilité du vin d’Alsace déjà embrouillée. Avec les nombreux cépages, les vins secs et doux sans qu’aucun repère sur la bouteille ne nous aide à les identifier, 51 Grand Crus sans lignes directrices, une strate supplémentaire serait difficile à valoriser.

  Le « premier cru » aiderait à faire reconnaître la qualité de vin de terroir
Un certain nombre de parcelles de vignes non classées Grand Cru et jusque là non reconnues pour leur « goût » propre pourraient être ainsi reconnues. C’est donc un pas de plus vers la reconnaissance de la qualité de « grand vin » au vin d’Alsace.
Sur ce point ses détracteurs disent que déjà les Grands Crus ne sont pas connus et reconnus par l’amateur de vin lambda, et ne sont pas souvent à la hauteur du prestige que cela entend. Il faut commencer par proposer des niveaux qualitatifs identifiables pour chacun d’entre eux. Et puis, si un Premier Cru digne de ce nom surclasse in fine un faible Grand Cru, où sera alors la lisibilité ?

Une nouvelle niche commerciale
C’est ensuite vu comme une opportunité pour le vin d’Alsace en général de trouver là une nouvelle niche commerciale pour vendre plus cher une partie du vin d’Alsace, sachant que ce sont bien les vins de terroir qui sont actuellement les seuls vins d’Alsace à progresser dans leurs ventes.
Sur ce point ses détracteurs disent que le vin d’Alsace devrait prioritairement s’occuper de proposer une identité régionale, bâtir une image de grand vin sur le moyen terme, avant de
vouloir encore introduire dès maintenant une nouvelle couche dans une pyramide des appellations d’un niveau faible du bas en haut.

 

Conclusion ?

Difficile de tirer une conclusion. Pour ma part, ces Premiers Crus alsaciens compléteraient partiellement un dispositif hiérarchique dans les vins d’Alsace. 

 

Evidemment, il faudrait d’urgence relever le niveau qualitatif de l’ensemble de la pyramide du vin d’Alsace, qui se trouve à un niveau très bas, et la création des premiers crus ne relèverait pas non plus le niveau. Mais comme la profession ne voit pas l’intérêt de relever le niveau, laissons la chance à ceux qui ont envie de réussir.

La complexité du vin d’Alsace ne tient pas à ses appellations, car le public n’en connait qu’une seule et connait le vin d’Alsace par le cépage. Au contraire, une segmentation par le terroir serait un des ingrédients d’un nivellement vers le haut, pour ceux qui le veulent.

Mais il y aussi l’image, tellement déficiente pour le vin d’Alsace : Avec les Appellations Communales, les vins de lieux-dits, les futurs Premiers Crus  et les Grands Crus, l’Alsace disposerait enfin d’une hiérarchie qui s’appuie sur le terroir. Et bien entendu, en plus du savoir-faire avec une exigence relevée, il faudra le faire-savoir en diffusant une image positive qui va de l’avant.

De mon point de vue, comme ailleurs, se sont une fois de plus des noms qui vont ressortir du lot, la structure d’une profession n’est que le cadre, mais le talent et la volonté d’avancer sont affaire de personnes.

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