Les vins bio sont-ils meilleurs ?

C’était le sujet d’une conférence donnée lors d’un récent salon des vins bio en Alsace. Evidemment, si la question est intéressante, parler de ce sujet devant un auditoire tout dévoué à la cause est vain, et sous-entend une réponse positive. Je n’ai pas la prétention de savoir y répondre, mais nous avons à notre disposition quelques éléments de réponses…

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Rappel : Un vin « bio » est un vin produit sans l’aide « d’intrants » issus de l’industrie de la chimie, ni du côté de la culture de raisin ni lors de la vinification.

Résumé pour les préssés : La réglementation « vin bio » répond à une préoccupation de protection de l’environnement, et non pas à une ambition qualitative. Elle n’a donc pas pour vocation à ce que le vin bio soit « meilleur ».  Par ailleurs, les critères imposés par la charte du vin bio ne permettent pas à eux seuls de déduire qu’automatiquement, le vin sera meilleur, elle peut même compliquer la tâche du vigneron. On ajoute que le logo bio est pour les meilleurs vignerons – qui font mieux que du « bio » – un passage obligé pour l’accès à certains marchés, donc un sésame commercial. Au final, la question est subjective il n’existe pas de lien entre vin bio et vin meilleur.

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COTE VIGNOBLE

Côté vignoble, pour traiter ses vignes, le vigneron bio n’utilise pas de produits de synthèse.

L’agriculture et particulièrement la viticulture sont à l’origine de pollutions graves de l’eau et des produits. Les premiers touchés sont les agriculteurs eux-mêmes.

Le viticulteur bio il utilise des produits naturels, lesquels ne sont pas inoffensifs d’ailleurs… produits qu’il va utiliser de manière plus ou moins efficace selon sa compétence.

Si mal utilisés, le cuivre ou le soufre peuvent causer des dommages au raisin, et même polluer le sol. On notera qu’il est plus difficile de traiter la vigne en « bio », le résultat n’est donc pas du tout automatiquement un raisin plus sain.

Si ces produits sont bien utilisés, on peut espérer « rentrer » (vendanger) des raisins sains sans produit chimique, mais le raisin ne sera pas ni plus mûr, ni plus équilibré etc…

Pour être juste, cette absence de produits chimiques peut être un des ingrédients permettant d’obtenir un raisin plus résistant, plus riche en arômes, on peut le voir sur le terrain chaque année.

Mais le seul fait de ne pas traiter en chimique ne suffit pas ! bref, le fait de ne pas utiliser de produits de synthèse ne change rien au raisin en lui-même.

Nous ne sommes pas dans un processus écologique, c’est à dire que « bio » ne veut pas dire « en harmonie avec la nature », c’est si on veut plutôt « ne pas polluer plus ».

Si on peut affirmer que globalement, la viticulture « bio » cesse de dégrader l’état sanitaire de la faune et de la flore du vignoble, on ne peut pas affirmer, côté travail de la vigne, que le vin bio est « meilleur ».

 

COTE CAVE

Passons côté cave. Le vin n’est pas un produit naturel et si vous mettez du jus de raisin dans un récipient vous obtiendrez du vinaigre. L’oenologie moderne a permit des progrès conséquents, à tel point qu’il n’y a plus de « piquette ». Mais ces méthodes ont aussi introduit l’utilisation de plus de 40 produits différents pour rectifier, empêcher ou favoriser tel ou tel processus dans la vinification. On pouvait faire du raisin bio puis utiliser toutes sortes de saloperies en cave, c’était pas cohérent et depuis 2012 a été introduit un volet « vinification » dans la réglementation du vin bio.  Ces règles interdisent l’usage de certains produits toxiques dans le processus de vinification. 

Mais là aussi, le sujet reste d’éliminer les produits les plus nocifs et la règlementation s’en tiennent à répondre à une vinification moins polluante. Par exemple, on peut utiliser des levures mais elles doivent être naturelles. Dans ce domaine, la vinification en bio n’est pas considérée comme plus compliquée, car il reste encore pas mal de produits qu’on peut utiliser pour rectifier un vin. Donc, non, la vinification en bio ne permet pas de dire que le vin bio est meilleur.

FINALEMENT ?

Les règles Européennes du vin bio répondent bien à une exigence en matière de réduction de la pollution, répondant ainsi à une préoccupation environnementale, la viticulture étant un très gros pollueur des sols comparativement à l’occupation des sols. Mais rien ne permet d’affirmer qu’un vin bio sera meilleur.

MEILLEUR QUE QUOI ?

Reste une question qui me dérange : qu’est-ce qu’un vin « meilleur » ? Meilleur que quoi ? C’est d’abord un jugement de valeur, et de plus il est subjectif.

Les vins les « meilleurs » sont souvent « bio », mais ça n’est pas parce qu’ils sont bio qu’ils sont bons, nuance ! La plupart d’entre eux ne revendiquent pas le logo « bio », ils le posent pour des raisons commerciales, parce que les importateurs et les sommeliers l’exigent. La viticulture bio fait partie de leur approche qualitative pour obtenir un vin de grande minéralité, plus vibrant, plus cohérent, mais elle ne suffit pas. Pour obtenir ces vins, on va bien loin du seul réglement du « vin bio ».

Mais est-ce la mission d’un groupement de vignerons que de répondre à une question aussi subjective ? Est-il sain pour une profession de poser toutes les vérités sur tous les aspects du sujet, ici le vin, y compris les plus subjectifs ? Ou devraient-on de temps en temps laisser au consommateur se faire son idée à partir de ce dont c’est leur métier, faire du vin, bio ou pas bio, en se préoccupant un peu plus de la qualité intrinsèque du vin et un peu moins de propagande ? …

DEUX OPTIONS QUE LE VIN BIO N’INCARNE PAS…

Le vin dit « bio » ne répond pas à une exigence qualitative du vin, ça n’est pas son objet. Mais on pourrait imaginer une charte – différente – rassemblant les critères assez largement connus et reconnus d’une production de vin qualitative et exigeante, sanctionnée par la dégustation dans un nivellement vers le haut. Et une fois de plus, j’insiste, la charte du vin bio ne suffit pas ! Par exemple, les vendanges à la machine sont autorisées en « vin bio », mais les vendanges manuelles sont un critère essentiel dans l’élaboration d’un vin de haute qualité. Une telle charte rassemblerait une très faible minorité de vins, ceux que les amateurs de bons vins connaissent déjà.

Par ailleurs, la réglementation européenne en matière d’agriculture biologique prétend dans son introduction poursuivre un objectif d’agriculture durable, mais ne le concrétise pas dans ses exigences. Ce faisant – pan ! – elle ne rompt pas avec le modèle d’une viticulture productiviste. Mais on pourrait imaginer une approche écologique dans la viticulture, à savoir la recherche d’un équilibre écologique dans lequel se développerait la vigne, mais aussi une approche écolo en général. Dans ce cas c’est clair, le nombre d’élus au logo « bio » serait dramatiquement en baisse… Certains rares viticulteurs développent cette approche, et c’est vraiment passionnant à suivre.

Ces deux options sont vaines, car n’oublions pas que l’objectif premier de tout logo, charte, label, c’est de vendre, et si ça n’intéresse qu’une niche, eh bien le logo ne peut pas naitre ! Voilà pourquoi les meilleurs thés, cafés, chocolats, vins etc… ne se reconnaissent pas prioritairement à  leurs logos.

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5 commentaires pour Les vins bio sont-ils meilleurs ?

  1. Florian Beck-Hartweg dit :

    Eric,
    Si une partie de tes commentaires sont justifiés, je ne peux tout de même pas te laisser dire cela!
    Tout d’abord, les points où je suis d’accord:
    -le titre de la conférence, qui m’a choqué et que j’aurais préféré voir s’appeller « en quoi les vins bio sont-ils différents ». Car je suis d’accord avec ton paragraphe « meilleur que quoi ». Meilleur ne veut rien dire. Il vaut mieux s’intéresser aux différences objectives, au niveau technique. Après à chacun de voir ce que cela induit en terme de goût et de choisir ses préférences personnelles.
    -le côté pas assez de place pour déguster, qui va bien sûr être réglé l’an prochain dans la mesure du possible.
    Par contre, plusieurs points absolument faux, objectivement, à commencer par le plus choquant:
    -Partie vigne: pour toi qui arpente les vignobles presque tous les jours, réduire ce chapitre à « la seule différence est qu’il n’y a pas de pesticides sur le raisin donc pas de différence qualitative » est grave. Tu est quand même concient que l’absence d’utilisation d’herbicides et d’engrais de synthèse ont un impact énorme sur les sols? Tu le vois tous les jours en te promenant, t’y intéresse en dégustant (ne dis tu pas que le terroir prime sur le cépage? pourquoi parler de raisins sans parler de sol alors?). Tu sais également les différences en terme de rendement entre la viticulture bio et classique! Comment le passer sous silence! Si on ne peut pas dire que cela crée forcément de différence de qualité, on ne peut en revenche pas dire que cela n’a aucune influence de style! C’est malhonnète de le dire quand on a tes connaissances!
    -Partie vinif: si je suis aussi le premier à dénoncer la charte européenne de vinif bio, on ne peut tout de même pas être aussi réducteur sur ce chapitre. Car même si la charte est laxiste, toi qui fréquente les caves toute l’année sais bien que ce qui s’y passe est plus sérieux. Déjà lié à l’influence du travail de vigne, qui induit des fermentations plus longues, des qualités de matière première permettant des élevages plus longs, etc. Mais aussi une viticulture alsacienne qui en partie a adhéré à la charte Vinabio, créée par un groupe de vignerons alsacien, et qui change fondamentalement la donne par rapport à la charte européenne. Et qui induit des grandes différences au niveau des vins. Pas qualitatives, on est d’accord, mais stylistiques, il faut l’admettre.

    Et du coup, à la vue de cet article, je me demande si tu as vraiment assisté à toute la conférence? Car sa conclusion n’était pas celle que tu lui fais dire….

    Et juste par rapport à ton autre article, et à « l’absence du haut du panier de la production alsacienne », je pense que les maisons Tempé, Spielmann, Barmès-Buecher, Deiss, Bott-Geyl, Schloegel, Schmitt, Boesch, Zusslin, Sipp et bien d’autres seront ravis de lire cela…. L’absence de Zind-Humbrecht peut être regrettée car c’est une toute grande maison, mais tout de même….

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    • Bonnes remarques en effet sur les produits utilisés notamment 🙂 au temps pour moi 🙂

      Je n’ai pas voulu être malhonnête, et si je l’ai semblé je m’en excuse, j’ai seulement voulu porter de la nuance à cette question « le vin bio est-il meilleur ? » . Tout est parti du titre de cette conférence qui est soit maladroit soit abusif, et je ne me suis pas attaché au contenu de la conférence, puisque je n’ai pas pu y assister. C’est donc en effet uniquement à la question posée que j’ai voulu répondre, c’est tout, n’y vois pas une attaque envers les vignerons bio alsaciens ou autres.

      Je n’ai pas voulu poter un jugement sur ce qui est pratiqué de façon particulière ou générale, mais seulement sur ce que ce titre évoque, à savoir si un vin qui est bio induit un vin meilleur. Donc je confirme tout à fait ce que tu affirme que j’observe toute l’année, mais je dois aussi dire, honnêteté obligé, que je fréquente beaucoup ceux qui maitrisent … 🙂

      J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer mon attachement au respect de notre planète, dans le vin ou pas d’ailleurs, et ça ne change pas évidemment. Sur le jugement de vin « meilleur » que je peux avoir effectivement quand je goute les vins en Alsace, je ne me suis pas exprimé ici, ça n’est pas le propos non plus.

      Oui je sais, que l’application ou non a un impact sur les sols, il me semble que je mentionne cette protection de l’environnement. Pour autant, la qualité du raisin est-elle automatiquement meilleure ? Non, car il faut aussi du savoir-faire, et les premières années de « conversion » sont parfois difficiles voire désespérantes pour certains. La charte de vin bio n’apprend pas ça 🙂 Par exemple, on peut enherber et puis faucher, mettre des engrais naturels, ou encore écimer, tailler long, vendanger à la machine tout en étant bio et le résultat ne sera pas forcément meilleur qu’un vin non bio mais bien conduit : je me trompe ?

      Ce qu’on peut dire, et si je l’ai oublié je m’en excuse, c’est que le POTENTIEL est plus élevé, mais là non plus, la nuance n’était pas permise dans la question posée, et le titre que tu propose aurait certainement été plus approprié.

      Après, la charte vinabio, c’est encore autre chose, sujet non abordé ici et je serai heureux de pouvoir m’y intéresser un peu plus, voire relayer les infos.

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      • Je m’étonne que mon billet ait été repéré aussi rapidement 🙂 je me demande bien comment 🙂 dommage que lorsque je fais des compliments, je ne dois pas aussi vite signalé 🙂 (pas par florian en particulier, mais en général)

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  2. Florian Beck-Hartweg dit :

    Eh oui tu vois que je fais un tour régulier sur ton blog 😉 Et je t’ai aussi déjà félicité, pas aussi longuement car là je me devais de donner des explications précises 😉
    Merci en tous cas pour ces éclaircissements. Nous sommes donc en phase, je savais que tu pensais ainsi, te connaissant je pensais bien que tu avais dû être irrité par le titre de la conférence, ce en quoi je te donne entièrement raison. Cependant assister à la conférence aurait été le meilleur moyen d’en parler, car au final il a justement été question de la chose de manière précise et pondérée, en expliquant les différences techniques, et la conclusion a bien été que « le meilleur » n’existe pas, mais que les différences existent, à chacun de choisir ses préférences en fonction des goûts, des moments etc. Le titre était là pour répondre à une question que beaucoup de monde se pose, la réponse était bien sûr plus précise et pondérée que la question.
    Simplement la lecture de ton texte par quelqu’un connaissant peu le sujet et ne te connaissant pas, aurait pu porter à mal le comprendre et à jeter le discrédit sur l’intention de la conférence et la qualité de la production. C’est pour cela que je jugeais nécessaire de préciser certains points et pondérer d’autres.
    A bientôt autour d’un verre!

    Florian

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  3. Merci, voilà qui est clarifié.
    Juste, précisons-le pour les lecteurs, je n’avais pas expliqué le cadre dans lequel cette question a été posée, c’était effectivement le salon des vins bios d’Alsace organisé par l’opaba, salon annuel suivi par les amateurs de vin de qualité. Je ne l »ai pas fait car je n’y ai pas participé, je ne pouvais donc pas en commenter son contenu 🙂

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