DOMAINE EMILE BEYER ET LE CLOS LUCAS BEYER

Rencontre avec Christian Beyer, du Domaine Emile Beyer, à Eguisheim en Alsace, pour découvrir la gamme et assister à la résurrection d’un grand vin de terroir…

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L'Hostellerie Emile Beyer

L’Hostellerie Emile Beyer

  POUR LES PRESSES : Christian Beyer produit des perles de vin fins et précis, particulièrement sur le Grand Cru Pfersigberg où il mène actuellement un projet de vie, à savoir faire renaître un grand vin de terroir sur la partie historique du grand cru, dans le « clos Lucas Beyer », en espérant produire d’ici quelques années un étendard du vin d’Alsace…un futur vin à suivre, mais en attendant, goûtons à la belle gamme des vins Emile Beyer…

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 Samedi 30 Mars 2013 : J’avais pris soin de prendre rendez-vous pour cette visite que j’attendais depuis longtemps. Christian Beyer et sa charmante épouse sont, eux aussi, dans ce profil de vignerons qui restent accessibles, humbles et qui affichent une proximité que je ne cesse de louer.

 Et comme d’autres que je considère comme les « meilleurs », Christian Beyer ne vous emballe pas dans un discours convenu mais le discours est consistant…comme les vins, on le verra plus tard…

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 Le Domaine Emile Beyer en bref

  Le domaine Emile Beyer, domaine familial depuis la fin du 16ème siècle, exploite 17 hectares en agriculture biologique.

 L’exploitation possède des vignes sur deux Grands Crus. 

 D’abord l’Eichberg, la colline des Chênes, prononcer « Aïche – Bergue ». Son sol marno calcaire et sa situation confère à ses vins une immédiateté parfois fougueuse.

 Ensuite, le  plus célèbre Pfersigberg, la colline des pêchers (de vigne), prononcer  » Pfaire – Siche – Bergue « . On dira « les » Grand Cru Pfersigberg, car l’appellation est scindée en deux coteaux, sur globalement des sols Marno-Gréseux mais avec des variations de situation importantes…

DSC_0022Christian Beyer devant la porte du CLos Lucas Beyer

  Clos Lucas Beyer

  Avant de déguster les vins, direction les vignes, là où se fait le vin, à deux pas du « centre-ville », vers la partie historique du Grand Cru Pfersigberg, où l’on trouve désormais le « clos Lucas Beyer ».

 La partie historique du Pfersigberg est fameuse depuis le moyen-âge, et est explicitement dénommée depuis la Renaissance. Avant la Révolution, le Chapitre de la cathédrale de Strasbourg, l’Abbaye de Marbach, les Seigneurs de Ribeaupierre se le partageaient entre autre (voir Der Rebbau des Elsass de Médar Barth)

C ‘est l’aïeul Lucas Beyer qui a racheté une partie du Pfersigberg appartenant précédemment à l’abbaye de Marbach après la confiscation des biens de l’Eglise, en 1792. Les générations suivantes ont complété ce qui est aujourd’hui une belle parcelle de 2,5 hectares.

 C’est ici que Christian Beyer a dimensionné un projet de vie, à savoir faire revivre le terroir d’exception connu des ancêtres, a pour ambition d’y produire un vin qui soit un étendard du vin d’Alsace.

   » Climat « 

  Ce coteau possède une belle et forte pente. Il est situé plein Sud, en sortie d’une courte vallée. Un très bel équilibre donc.

 Pour les cancres qui n’ont pas suivi les leçons précédentes, ce terrain bénéficie donc d’un drainage important, d’un ensoleillement maximum, est protégé des précipitations, et bénéficie des courants d’air frais (venus du vallon) en période estivale….normalement vous savez déjà qu’il s’agit des « vents catabatiques » (pensez à « pet de sorcières » si vous n’arrivez pas à mémoriser…)

 Bon, on se ressaisit, svp : Avec une telle exposition solaire, et une pluviométrie digne de la ville d’Orange, la flore et la faune de type méditerranéennes sont ici présentes, il suffit de se balader sur ce coteau.

 On a donc tout ce qu’il faut pour favoriser la lente maturation des cépages rhénans et le développement de leurs caractères aromatiques.

 Le sol présente une fracture encore des roches Calcaires du Jurassique et des sols plus récents du Trias à classer dans les sols marno-calcaro-gréseux. On retrouve ici la formidable richesse géologique de l’Alsace viticole, son véritable atout.

   Choix réfléchis

 Redonner vie à un grand terroir ne s’arrête pas à poser une étiquette dorée sur une bouteille en revendiquant une excellence sur le papier. Ça n’est même pas mettre en avant une vieille vigne, ce qui ne correspond d’ailleurs à aucune réglementation.

 Redonner vie à un grand terroir, c’est se plonger dans les archives pour s’en inspirer ; C’est réfléchir, réfléchir longtemps, consulter géologue et pépiniéristes pointus ; C’est avoir fait en amont le choix d’une viticulture qui soit propice à la vie du sol et donc à l’expression du terroir dans le vin ; C’est planter 12 sélections (espèces) de Riesling différentes ; etc…

 Bref, c’est mettre toute l’attention du viticulteur au service de la mise en valeur harmonieuse des mille ingrédients qui constituent le terroir. L’Homme fait pleinement partie de ce concept de terroir tout en sachant s’effacer.

 Il faut une sacrée dose d’humilité devant la nature pour entreprendre cette démarche, et c’est très généralement un des plus forts signes de reconnaissance de ceux qui produisent de grands vins. Ce genre de projet est donc pour tout vigneron un projet de vie, un choix d’avenir dont il sait que c’est la génération future qui va profiter.

DSC_0015

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 Un nouveau chai bien pensé

 Retour au domaine. Situé en dehors de « l’Hostellerie » Beyer sise au centre-village et devenue trop exiguë, le nouveau chai met la rationalité en avant, en évitant les risques de déviances, avec des flux optimisés.

 Les vinifications privilégient la netteté et la finesse, on est donc ici en vinification inox sans fermentation malo-lactique, et avec des mises en bouteille au printemps.

Le pressurage  pneumatique se poursuit par un débourbage statique à froid de 18 à 24 heures. Les jus sont alors pompés dans la cave de fermentation. Faiblement sulfités, les vins sont élevés sur lies fines ou totales jusqu’à leur mise en bouteille. Cet élevage dit « réducteur » donne des vins plus fermés dans leur jeunesse et qui gagnent à être carafés.

Les pinot noir barrique, comme indiqué, sont réellement issus d’un « vrai » élevage de 12 à 18 mois en barriques.

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 La carte des vins

  Les gammes sont organisées de la manière suivante : (le « Clos Lucas » ne sera pas encore à la carte avant quelques années).

  Gamme Tradition, des vins de cépages (de d’assemblages) caractéristiques des vins alsaciens, avec en supplément et déjà une étoffe qui les distingue du tout-venant. La finesse est déjà là. Les prix sont extrêmement sages.

 Pinot Noir Tradition : A moins de 7 euros, voilà un pinot noir qui va bien au-delà du vin rouge léger. Il surpasse déjà le vin de tarte flambée et sera un compagnon de tablée familial bien meilleur marché qu’un Bourgogne Rouge de moins de 30 euros mais pas mûr (je caricature mais c’est quand même un peu vrai, tout autant que le rouge d’Alsace est souvent dilué)

  Gamme de l’Hostellerie

 (La gamme des vins qu’on dénommait jadis « vins de réserve » (personnelle, vins issus de raisins appartenant à la maison) ») Cette gamme est uniquement issue des vignes du domaine, elle présente déjà une profondeur qui surpasse de nombreux grands crus surclassés. Déjà des vins de gastronomie.

  Riesling « l’Hostellerie » 2011

Nez iodé, floral, déjà d’une grande finesse.

En bouche voilà un vin déjà en harmonie, avec une belle longueur, épicé, possédant un beau citrus.

 Pinot Noir l’Hostellerie 2012 (sur barrique)

Possèdant déjà un beau grain, ce vin respire déjà l’harmonie des sens et des arômes. Il va falloir revenir une fois mis en bouteille, mais le 2011 est déjà dispo.

 Vins de Terroir – Grands Crus

 Le domaine Beyer présente les deux grands crus du village ; l’Eichberg et le Pfersigberg ainsi qu’un lieu-dit ; le Hohrain. Le tout dans une très belle homogénéité, en effet ces vins ont en point commun une expression précise et nette du terroir, sensible dès les premières années, et qui évidemment se magnifient avec le temps. Le « plus » est certainement une belle sensibilité aromatique qui s’inscrit dans une belle cohérence.

 Pinot Gris Hohrain 2012 : A peine mis en bouteille, ce vin affirme déjà sa stature de vin de terroir, le cépage sachant se mettre en retrait. Situé sur le versant Nord du Pfersigberg, ce Pinot Gris n’a probablement pas souffert de brûlures dues au soleil de la fin Août.

  Riesling Grand Cru Pfersigberg 2012 – 2011 – 2010 – 2008 

 Cette mini verticale permet incontestablement de percevoir les caractéristiques d’un vin de terroir, et l’effet millésime est relégué en second plan, ce qui signe la marque d’un vin de terroir.

 Le Pfersigberg m’est ici je dois l’avouer enfin dévoilé, car il restait un mystère jusque là, souvent sur la réserve.

 Il faut une (conduite et) vigne saine, bien conduite et une vinification de type nette, telle que menée par Christian Beyer, pour justement mettre en valeur cette constante magnifique, à savoir une très longue minéralité qui se déploie sur une fin de bouche d’une très élégante finesse.

 A propos minéralité : Elle est ici sensible par la finesse (au sens noble) de la trame finale longue, graduelle et sans rebonds. Si l’on veut avoir un exemple de ce qu’est la minéralité, voilà le vin qu’il faut !

 Vins de surmaturité

 Je dois m’arrêter deux minutes sur ce chapitre. Je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais voilà, alors que j’ai quand même souvent l’occasion de déguster VT et SGN alsaciens, je suis rarement subjugué. Bon, je ne suis pas fan des sucrettes, je l’avoue, et je trouve que ces vins « se la pètent » car souvent sur-notés par les dégustateurs professionnels comme par les amateurs. Mais…

  Vendanges Tardives Pinot Gris 2007

 Après avoir affirmé que Dieu se trouve dans Mambourg au domaine Weinbach, je suis tombé en arrêt devant la subtilité du botrytis de cette VT de Pinot Gris de 2007.

 Son nez est net, frais, donnant sur de très fins arômes d’abricot, sur déjà un très beau botrytis.

 La bouche est d’une sensualité carrément gênante quand on est en société. En cohérence avec le nez, la finale voit le botrytis s’y déployer avec une douceur qui confine au sublime, soutenue par une belle fraîcheur.  

   fin Mars 2013 en Alsace ressemblait à un paysage Ecossais…embrumé et frais…

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 La Conclusion

  La conclusion est double. D’une part l’expression des vins, et particulièrement du Grand Cru Pfersigberg, atteint ici une finesse rarement vue, dans l’harmonie. La vinification attentive alliée à une viticulture précise sont certainement les atouts décisifs pour ce résultat

 D’autre part, cette aventure du Clos Lucas promet de nouvelles visites pour suivre à moyen terme la renaissance d’un grand vin de terroir.

 Merci à Monsieur et Madame Beyer pour leur superbe accueil.

 Beyer Emile

DOMAINE EMILE BEYER

7 place du Château – F  68420 Eguisheim

    Tél : +33 (0)3 89 41 40 45

                 Site internet :   www.emile-beyer.fr

         (avec boutique en ligne et paiement sécurisé)

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 Le nouveau local d’accueil est un vrai salon, superbe !

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Un commentaire pour DOMAINE EMILE BEYER ET LE CLOS LUCAS BEYER

  1. Ping : Domaine Emile Beyer – visite 2016 | Le blog de Eric Riesling

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