Sortie dans le vignoble : Un peu de Culture, puis visites aux Domaines Paul Gaschy et Hebinger à Eguisheim

La saison des sorties dans le vignoble commence, et c’est par un froid remarquable en ce 16 mars 2013 que la première virée nous a conduit dans le vignoble.

D’abord dans la vigne par Ribeauvillé puis le fameux Clos Windsbuhl, pour donner quelques clés du terroir;

Puis  nous sommes allé rendre visite à deux vignerons de Eguisheim remarquables pour leurs vins et leurs rapports qualité / prix.

*****

Le départ était fixé à Ribeauvillé, 9h00, ce Samedi 16 Mars 2013.  Nous montons tout d’abord sur les hauteurs de Ribeauvillé. Dominé par les châteaux forts ensoleillés, on observe de là les avancées sur la plaine des contreforts du massif vosgien.

Puis nous nous rendons derrière Hunawihr, et montons à pied vers le vallon du Windsbuhl.

Là, un peu de culture avant de picoler…

Château de Ribeaupierre

Le Château de Ribeaupierre

Une mosaïque géologique unique en Europe 

Entre le socle terrestre côté Vosges constitué de Granite, et la plaine d’autre part, ancienne mer et aujourd’hui « remplie » de loess issue des dépôts marins, s’est formée une mosaïque de concrétions rocheuses. On compte généralement 13 familles de sols/roches, qu’on peut décliner bien entendu.

Vous ne trouverez en Europe nulle part ailleurs une telle mosaïque de sols que sur cette petite bande de terre qu’est le vignoble alsacien.

Vue sur le vignoble alsacien depuis les hauteurs de Ribeauvillé

Sur cette photo, on voit bien que les coteaux forment des contreforts descendant des collines vosgiennes : ainsi observe-t-on des contreforts au premier plan, puis derrière Ribeauvillé, puis encore derrière Hunawihr dont on aperçoit la jolie Eglise St Jacques le Majeur, puis au-delà encore, sur les pentes encore enneigés entre Riquewihr et Kaysersberg…

Profils Climatiques

Sur les pentes de Ribeauvillé , et on peut bien se rendre compte de ce qu’est un coteau en sortie de vallée. En été, la vallée apporte la fraicheur en soirée, avec les fameux vents catabatiques dont les touristes aussi aiment profiter.

A l’inverse, un coteau de vigne planté sur une butte en avancée sur la plaine comme l’Altenberg de Bergheim ne sera ni protégée par le massif et sera totalement exposé au soleil. Entre ces profils extrêmes, on trouvera une variété de vignes plantées sur des contreforts, toujours plus ou moins protégés des intempéries par le massif vosgien. Ceci explique que le vignoble alsacien est le vignoble le plus sec de France avec celui d’Orange.

La pente, elle, apporte le dénivelé nécessaire au ruissellement. De là, selon le type de sol, et selon le taux de cailloux, la terre absorbera plus ou moins la pluie pour la stocker et la rendre à la plante, sans que le pied de vigne ne baigne dans une bouillie de terre humide.

Il en sera de même pour la chaleur et des rayons du soleil, la déclivité va permettre aux rayons d’atteindre l’ensemble de la ramure, et le type de sol et de roche vont moduler l’impact.

Ajoutons à cela un autre facteur important qui est l’orientation : en ce début de matinée froide, on peut voir au loin que les coteaux orientés Nord sont encore enneigés, et le soleil ne les atteint pas, pendant que sur ce coteaux exposé Sud-Sud-Est où nous nous trouvons, on ouvre déjà le manteau tellement le soleil est agréable.

J’ai comptabilisé 13 familles de situations climatiques différentes, à décliner bien entendu.

Exemples qui illustrent le propos

Le « Hagel » situé tout à la sortie de la Vallée de la Streng, est sur une forte pente de granite orientée Sud-Sud-Est rafraichie par la Vallée, protégée des pluies par le massif. Ici, les 2009 présentent de belles acidités alors qu’ailleurs, le vin était « mou » du genoux ».

Altenberg de Bergheim situé sur une avancée, sur un sol argilo-calcaire d’un beau rouge ferrugineux, orienté Sud riche en cailloux calcaire, à pente moyenne. C’est un terroir dit solaire.

Clos Windsbuhl : au fond d’un vallon, orienté Est-Sud-Est, à pente douce et sur des calcaires, c’est « la petite sibérie » alsacienne dont les vins sont recherché depuis le moyen âge.

vue sur Hunawihr depuis le fond du vallon du Windsbuhl

Au fond à gauche, on aperçoit nettement l’avancée sur la plaine de la colline de l’Altenberg de Bergheim, terroir « solaire ».

Conclusion de cette partie culturelle

Voilà, et après, bien des amateurs de vin mais aussi des vignerons viennent nous expliquer que tous les vins sont pareils, qu’il n’y a que le goût de chacun qui compte…  Bien entendu, le travail du vigneron est primordial, mais on comprend bien, quand on se balade ainsi que le potentiel climatique et géographique est très variable. On comprend aussi pourquoi les anciens ont planté ici et pas en plaine, et on pige que depuis le moyen âge, c’est bien le vin des grands crus qui était recherché.

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Domaine Paul Gaschy – Eguisheim

Nous nous rendons ensuite à Eguisheim. Ce village compte une très belle palette de vignerons de qualité, et son aspect médiéval est préservé.

La maison Gaschy fait partie des domaines de confiance en Alsace. La philosophie est celle d’une viticulture en bonne intelligence avec la vigne, avec la recherche de l’excellence. Ici, on ne court pas après le rendement tout en parlant de qualité, on préfère s’atteler à la traduire dans le verre quitte à savoir remettre en cause ce qu’on a pratiqué autrefois. Je remarque une fois de plus que la marque de la qualité réside souvent dans la capacité de remise en cause...le doute n’est pas un défaut mais une qualité, vous le trouverez chez tous ceux qui pratiquent l’excellence…

La Carte :

Elle passe en revue les cépages alsaciens, y compris le rare Chasselas.

Parmi les vins de terroir, on trouve les Grand cru Hengst, Eichberg, et Pfersigberg. Remarquable, la maison a visiblement arraché les cépages inadaptés même sur les grand cru.

Les millésimes présents à la carte s’étalent sur 7 années, avec probablement un resserrement de la gamme d’ici quelques temps.

Les vins

Bien entendu on goute l’Edel, repère pour l’amateur : si l’Edel est bon, le reste le sera probablement aussi, L’Edel est l’étalon du savoir-faire du vigneron.

Et ici, il est à la hauteur des belles notes qu’obtient le domaine dans les guides les plus sélectifs.

Les vins Gachy présentent des nez francs et aux arômes variés, jamais entêtants ce qui implique de l’élégance.

En bouche, on trouve de belles concentrations, et par exemple dès le Riesling générique, on trouve une bouche pleine. Les vins élevés sur le Grand Cru Hengst portent l’identité du terroir, avec cette finale toute en élégante largeur qui sied si bien à ce terroir d’exception.

Coups de Coeur :

Edelzwicker : Rappelons le sens du mot Edelzwicker : Assemblage NOBLE ! après avoir été sali par la profession dans les années 80, ce vin qui représente le vin d’Alsace dans sa noblesse, dans sa diversité et son savoir faire est ici remis à l’honneur !

Avec un rapport qualité /prix simplement confondant, c’est ici un vin varié, presque concentré, qui surpassent beaucoup de vins mono-cépages en terme de complexité aromatique. C’est simplement un constat !

Riesling (générique) 2010

Concentration, et la formidable palette des 2010 qui, s’ils sont mûrs, surpassent largement les 2008 selon moi, par une ampleur incroyable. A 6,40 Euros, c’est simplement magnifique.

Gewurztraminer Cuvée Réserve 2011

On était prévenus, 2011 n’a pas produit que des perles, et les acidités sont moyennes voire faibles, mais quand c’est réussi, c’est chouette; C’est le cas sur un des meilleurs Gewurz qui m’ait été donné à déguster depuis très très longtemps, et dans cette catégorie, je n’ai pas souvenir d’une aussi belle et complète harmonie…et pourtant ce vin est trop jeune encore. le prix est ridicule : 8,50 € … un vin à achter, à boire, et à offrir, un vrai vin de plaisir !

Riesling Grand Cru Hengst 2005 : C’est bon, le cheval !!!

Les 2005 sont un mystère : très abordables jeunes, ils se sont refermés et semblent ne jamais vouloir se rouvrir. Ce vin a 8 ans et commence à mûrir et alors, autant le boire, non ? Là aussi, à 13 euros la quille, on ne sera que gagnant.

Riesling Grand Cru Eichberg 2009 : Revival

Les 2009, qui étaient franchement « mou du genoux » à leur sortie, sortent du bois pour se découvrir une fraicheur sortie d’on ne sait z’où. On n’est pas sur un Riesling sec, mais compte tenue de la personnalité de l’Eichberg, le Riesling trouve en 2009 un profil très harmonieux alors qu’habituellement, je ne sais pas quoi faire des Riesling sur ce terroir.

Conclusion des vins Gaschy suite à cette visite :

Un des meilleurs rapports qualité / prix, une philosophie saine et bien orientée, et un résultat à la hauteur de ce que recherchent les amateurs les plus exigeants.

Adresse :16 Grand Rue  68420 Eguisheim

Tel : 09 89 41 67 34

Site internet :   www.vinspaulgaschy.fr

Domaine Hebinger – Eguisheim

Dans la maison voisine à Paul Gaschy, Christian et Veronique Hébinger, et leur fils Denis produisent des vins qui respectent l’esprit du vin d’Alsace dans une viticulture biologique assumée mais sans se moquer de la clientèle.

La Carte :

La aussi les vins sont classés par cépages. beaucoup de vin dits « génériques » à ne pas négliger ici non plus, les « cuvée spéciale » remplaçant les « vin de Réserve », purs, francs et bien construits.

On trouve les grands crus Hengst, Pfersigberg et Eichberg dans différentes livrées (cépages).

Là aussi, l’Edel, étalon, est de très bon niveau, et la suite est à l’avenant. Que dire, sinon que tout est bien foutu ! Mentions spéciales à

Edelzwicker

eh bien voilà un Edel qui est à la hauteur du vin d’Alsace ! Edel, veut dire noble, est un vin d’assemblage, et comme le dit Véronique Hébinger, on donne à chaque enfant la même chance, sous-entendu on ne verse pas les rebus dans une cuvée-poubelle ! Si seulement la profession comprenait même le sens de cette idée, elle n’en serait pas à se poser des questions existentielles…commentaire perso, bien entendu… à 4,10 la bouteille, une perle !

Riesling Cuvée Spéciale 2011

Encore une fois superbe,avec un peu moins d’ampluer que le 2010 mais ceci est normal, mias auprix où il est vendu il continue d’être parmi les meilleurs Riesling dans sa catégorie. 6,70 € / bouteille !

Pinot Noir 2010 et 2011

Tous deux beaux, et tous deux représentatifs des millésimes : plus frais pour 2010, plus soyeux pour le 2011.Plus fruité sur 2010 et plus épais sur 2011.

Conclusion sur les vins Hébinger : J’aime toujours revenir chez les Hébinger, leurs vins reflètent tellement leurs personnalités, à la fois ambitieux et humbles, avec des vins beaux, un bon accueil et des vins qui tiennent la route, ils nous offrent des perles très largement dignes de figurer dans le TOP50 établi récemment.

Adresse : 14 Grand Rue  68420 Eguisheim – 03 89 41 19 90

—   FIN    —

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4 commentaires pour Sortie dans le vignoble : Un peu de Culture, puis visites aux Domaines Paul Gaschy et Hebinger à Eguisheim

  1. Mathieu dit :

    Salut Eric,

    Entre deux rendez-vous professionnels, je me suis retrouvé aujourd’hui à Eguisheim pour toquer à la porte (de manière improviste) du domaine Gaschy.

    J’ai été accueilli par Mme Gaschy mère.

    Comme j’avais un quart d’heure à tuer, je n’ai pas eu le temps de faire une dégustation plus pro mais je peux te l’avouer, j’étais obnubilé par ton commentaire sur le GW 2011.

    Grand moment de suspens quand je demande le Gewurz à déguster, Mme GASCHY me répond :

    « Désolé, mais on a épuisé le stock »…

    (silence)

    « Mais, on a une cuvée GW Réservée 2011 » (oui, c’est le bien le vocable Réservée et non Réserve, je ne me suis pas étendu sur cette sémantique particulière).

    Et là, une lueur renaît dans mes yeux 😉

    J’ai effectivement eu la même hallu que la tienne sur ce GW qui m’a franchement désarçonné. Je n’ai jamais ressenti une telle amplitude sur un GW d’entrée de gamme. Parfait, pour un bon moment de gastronomie. Je rejoins tes commentaires sur cette dégustation, ne pouvant ajouter rien de plus. Et effectivement, 8.50 EUR pour une telle bouteille, c’est une belle affaire. Oui, ce Gewurztraminer est une tuerie.

    Non content de ma découverte, je demande à « upgrader » sur un GW Grand Cru Pfersigberg 2009. Dans le commentaire de dégustation qu’Hervé Gaschy a établi, il insiste sur le caractère de garde. Je peux t’assurer que ce millésime tel qu’il est conçu par le domaine Gaschy est arrivé déjà à une bonne matûrité. Ce GW 09 est bien ouvert, le boire maintenant est à mon humble avis, fortement conseillé.

    Mme GASCHY n’a pas trop su me répondre à différentes questions (nombre de cols produits, par exemple) mais elle m’a invité à faire une dégustation en règle avec la présence de MM GASCHY.

    Donc Mr Riesling, merci de m’avoir aiguillé sur cette tuerie 🙂

    Bien à toi,

    Mathieu.

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    • Merci Mathieu pour le commentaire argumenté.
      hélas j’ai entretemps ouvert une de ces bouteilles chez et le résultat n’était pas du tout à la hauteur, donc soit je suis passé à côté du détail sémantique soit je suis tombé sur une bouteille moins performante, à vérifier par la suite.

      Tiens, tu avais bien aimé le vins Jérôme Meyer l’an passé, le bougre a encore progressé sur ses vinifs en sec (il est plus doué sur les secs que sur les pas secs mais vas donc lui expliquer…), et il a réussi à moitié par hasard un Pinot Noir du tomerre réellement saisissant…à partir d’un raisin à tout petit rendement….décidément, le rendement est un facteur essentiel et décidément les vitis alsaciens partagent une obstination sans faille à essayer de faire croire que le rendement n’est pas très important….

      J'aime

  2. Mathieu dit :

    Ouh la… Bon, je verrais à l’occasion que ce Gaschy ne soit pas un gâchis… Mais mon avis sur le GW Pfersigberg est plus pertinent : je ne pense pas que je me sois égaré.

    J’ai vu Jérôme MEYER le lundi de Pentecôte pour lui prendre (vite, vite) des Muscats 2012 parce que ce cépage sera particulièrement discret sur ce millésime. J’ai complété mon colis avec du Gewurz…. décidément (ben oui, l’hiver traînant jusqu’à fin Mai, je fais le plein de réconfort). Le Pinot Noir dont tu me parles est-il le Tom le Rouge 2012 ? Je crois qu’il l’avait mis en avant lors de la journée des doubles saveurs du 8 Mai (je n’y étais pas, malheureusement) avec une verrine à base de tête de cochon. Elle était réalisée par le chef de l’Escale aux quais à Strasbourg près des facs de médecine. La-bas, il y a 10-11 ans, je me souviens avoir mangé… du kangourou…

    Mais revenons à nos cochons, effectivement, avec l’association d’un PN, ça doit être goûtu…

    Et erreur : je n’ai pas demandé à déguster son Pinot Noir… Amateur, je suis, Amateur, je resterai… Mais, ce n’est que partie remise… Jérôme est devenu un des domaines où j’aime bien allé.

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    • Tu es amateur, oui peut-être, mais les vitis alsaciens proposent beaucoup trop de vins, c’est d’abord ça le problème. Et Jérôme Meyer a l’intelligence d’en proposer assez peu, mais il est « petit » c’est un avantage. Pour proposer une longue liste de vins, il faut vraiment en avoir sous le pied côté talent, car le premier inducteur c’est l’identité, elle se noie complètement du moment que deux vins se ressemblent trop. Il faut savoir maitriser l’offre pour susciter la curiosité et l’envie.

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