ALSACE : LE MILLESIME 2011 SUR LE TERRAIN

(reprise d’un article de mon ancien blog)

ALSACE 2011 MILLESIME PRECOCE, MILLESIME DIFFICILE ?

 

« le gros problème du millésime, c’est le vinaigre » disait récemment un oenologue. L’acétate d’éthyle conduit à l’aigreur du vin. On estimait à « un quart la proportion de caves avec de l’acidité volatile » (odeur de colle)

 

2011 millésime difficile, millésime de vigneron ?

 

 Altenberg de Bergheim, 9 Octobre 2011

Poussé par un printemps précoce, le raisin a démarré tôt, et en assez forte quantité. Les pluies d’été n’ont pas vraiment gâché le vin (tant que le raisin n’est pas mûr, il ne pourrit pas).

Cependant, comme cette année était précoce, le raisin a mûri plus tôt qu’une année classique. Les degrés ont monté un peu plus tôt. Le botrytis s’est développé à partir de la mi-août, surtout sur les pinots.

Ensuite, et ce qui fut probablement le tournant du millésime, nous avons eu des pluies relativement « chaudes » mais surtout des nocturnes relativement élevées de la fin du mois d’août et jusqu’au 12 Septembre.

La pourriture grise est apparue, formant vite la porte d’entrée aux bactéries responsables de la pourriture acétique.

De fortes odeurs de vinaigre régnaient dans biens des coins du vignoble. Le chaleurs de Septembre ont accéléré les maturations déjà élevées, et certains secteurs étaient faibles en acidité. Et dans les quatre coins du vignoble, les vignerons me disaient « euh non pas dans notre coin, chez les autres, oui ! »

 

 Pourriture acétique (en résumé) : Il s’agit d’une maladie qui intervient par l’association de la mouche du vin ou mouche des fruits, la drosophile cette toute petite mouche présente sur les fruits. Elle se fait vecteur des bactéries responsables de la pourriture acétique (Acetobacer). Sur le raisin, la porte d’entrée de ces bactéries est la présence de sucre sur les baies, qui attire les drosophiles, et des blessures provoquées par le botrytis qui vire en pourriture grise par météo très humide et tiède.

Les cépages à peaux fines sont les premiers touchés, ainsi que les cépages aromatiques comme Muscat de Gewurztraminer. Un entassement des baies sur la grappe, un désherbage ainsi qu’une végétation forte augmentent sensiblement le phénomène. La présence de cette pourriture est dénommée « piqûre acétique ».

 

*****

 De fait, on trouve de larges contrastes : entre ceux qui conduisent la vigne en intelligence avec la plante et son environnement, qui ont été relativement épargnés, et ceux qui poussent les rendements et concentrent les facteurs de risques évoqués plus haut; Entre ceux qui vendangent à la main et qui peuvent trier, et ceux qui ramassent tout avec les machines à vendanger; Contrastes aussi entre les coteaux plus ou moins exposés aux températures nocturnes « élevées »; Contrastes entre les sols; Contrastes entre les cépages, plus ou moins sensibles.

 Les vendanges ont régulièrement fait l’objet de tri, parfois sévère. Cette année, par endroit, un quart de le production a été perdue. C’est la raison pour laquelle tant de grappes jonchent le sol des vignes.

 

  Débuts de vinifications difficiles

 Autre phénomène du millésime 2011, le forte concentration d’azote dans les moûts, libéré tardivement du fait du printemps sec. Selon les vigueurs et la maturité, on en a mesuré de 150 à 200 mg/l par endroits ! L’azote élevé a pour effet de pousser les fermentations, et dans les caveaux, les « groupes froids » ont donc tourné à plein régime, et les sulfitages ont parfois été costauds pour tenter de limiter la casse. Et du fait que les raisins étaient « chauds », des débourbages ont parfois été longs.

 Millésime précoce, millésime à risque

Après un démarrage précoce, et après les conditions météo défavorables au développement d’un botrytis sain, les Pinots et les Gewurz ont été plus touchés par la piqûre acétique. La chaleur en fin de maturité aurait conduit à des acidités sont parfois faibles, les fermentations sont difficiles à contrôler. Autant dire que rien n’est gagné d’avance pour la grande masse du vin d’Alsace.

 Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit svp. Le climat chaotique donne logiquement raison à ceux qui mènent la vigne en bonne intelligence. Les vignerons qui ont mené leur vigne avec attention ont été pas ou peu touchés par ces phénomènes. J’ai vu – entre autres – chez Florian Hartweg des botiches et des rangées de vigne de Pinots, Auxerrois, Pinot Noir, Gewurz et Riesling absolument indemnes de pourriture tout court. J’ai vu encore ce 9 Octobre une parcelle de Riesling orientée Sud près de Bergheim totalement saine. Voir aussi le journal des vendanges de la maison Louis Sipp à Ribeauvillé : clic

 A priori mais on a encore le temps, on s’orientera donc visiblement – une fois de plus – vers certains vins dans la catégorie des vignerons les plus attentifs, lesquels sont de plus en plus les seuls à présenter une régularité. Les différences se creusent. Mais attendons d’abord que les vins se fassent doucement dans les foudres, pendant ce temps nous goûterons aux 2010.

 Notes en Avril 2013 : En effet, 2011 ne restera pas comme le meilleur des millésimes. Même si on trouve de belles réussites, ils seront alors moins des vins de garde. Et on n’oubliera pas d’ajouter que les grands terroirs gomment l’effet millésime.

 Note d’Avril 2017 : on confirme que 2011 n’est pas un grand millésime, même si on trouve dans ce pays béni de Dieu qu’est l’Alsace toujours des bons vins.

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